Utagawa Kuniyoshi en 2 minutes


En bref

Contemporain d’Hokusai, Utagawa Kuniyoshi (1797–1861) est l’un des derniers grands maîtres de l’estampe japonaise traditionnelle. Son œuvre monumentale, forte de 10 000 estampes, est consacrée aux acteurs du théâtre kabuki, aux femmes, aux divertissements, aux héros et personnages légendaires mais aussi aux paysages pittoresques d’Edo. Remarqué par les frères Goncourt, Claude Monet et Auguste Rodin au temps de la folie japoniste en France, l’œuvre d’Utagawa Kuniyoshi se caractérise par ses cadrages audacieux, sa fantaisie et son ironie. Son graphisme inspire à la fois l’univers du tatouage et celui du manga contemporain.

Utagawa Yoshiiku, En mémoire de l’artiste Utagawa Kuniyoshi

Utagawa Yoshiiku, En mémoire de l’artiste Utagawa Kuniyoshi, 1861

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Impression sur bois en couleur • 36,8 × 25,6 cm • Coll. Art Institute Chicago

On a dit de lui

« Parmi les artistes de l’ukiyo-e qui se livrent alors une compétition acharnée, il se distingue par l’audace et la puissance de ses compositions, par la sûreté de son dessin, par la liberté et la créativité dont il fait preuve » Yuriko Iwakiri

Sa vie

Un élève talentueux de l’école d’Utagawa
Utagawa Kuniyoshi, dont le nom usuel était Magosaburo, est né à Edo (actuelle ville de Tokyo) en 1797 (la date de 1798 est parfois mentionnée). Il est le fils d’un teinturier sur soie. Dans sa jeunesse, il assiste son père dans la création de modèles. En 1811, montrant de grandes dispositions pour le dessin, le jeune garçon est admis dans l’atelier de Toyokuni I. Il intègre donc l’école dite d’Utagawa spécialisée dans les « images du monde flottant » (ukiyo-e), soit des estampes gravées sur bois dont les thèmes sont associés aux divertissements, aux créatures fantastiques et aux spectacles remarquables de la nature. Louant le travail de cet élève talentueux qui excelle dans les portraits d’acteurs et de belles femmes, Toyokuni invente son nom d’artiste : Utagawa Kuniyoshi.

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Un artiste audacieux inquiété par la censure
En 1814, Utagawa Kuniyoshi quitte l’école pour mener sa propre carrière. Au départ, ses œuvres demeurent dans la lignée de celles de son professeur et il ne se démarque guère. En 1818, Kuniyoshi réalise son premier triptyque héroïque, Le Fantôme de Tomomori. Mais la célébrité lui vient en 1827, grâce à la série « 108 Héros des Suikoden », une suite inspirée d’un conte chinois (Au bord de l’eau) mêlant l’amour et la mort. Il se consacre également à la réalisation de portraits d’acteurs et de courtisanes. Mais l’artiste est marqué par le durcissement des lois sur la moralité publique. Il doit déjouer les interdictions, trouver des pis-aller. En 1843, Kuniyoshi réalise un triptyque polémique, tournant en dérision le conseiller en chef du Shogun et responsable de la censure. Cela lui vaut d’être inquiété par les autorités. Malade depuis 1855, l’artiste décède en 1861 d’un accident vasculaire cérébral.

Utagawa Kuniyoshi, Mitsukini défiant le spectre du squelette

Utagawa Kuniyoshi, Mitsukini défiant le spectre du squelette, vers 1845

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Gravure sur bois colorée à la main • 36,8 × 76 cm • Coll. Victoria & Albert Museum, Londres • © Bridgeman Images/Leemage

Le style d’Utagawa Kuniyoshi
Les estampes de Kuniyoshi sont des images du monde flottant, genre populaire apparu à la fin du XVIIe siècle au Japon. Techniquement, ces images sont polychromes à partir de 1765 et sont qualifiées d’»estampes de brocart » (nishiki-e). Elles se vendent à des prix modiques. Kuniyoshi possède un talent d’illustrateur bien spécifique : il sait magistralement adapter un roman en images. Son style est reconnu comme original, subversif, ironique et moderne. Kuniyoshi aime les cadrages spectaculaires et se serait inspiré, partiellement, de gravures de paysagistes hollandais de la fin du XVIIe siècle, renouvelant l’esthétique de l’estampe. Son œuvre est également connue pour son réalisme et la représentation du mouvement.

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Ses œuvres clés

Utagawa Kuniyoshi, Kuyumonryo Shinshin, Série « Un des cent huit héros de la version populaire du roman Au Bord de l’eau »

Utagawa Kuniyoshi, Kuyumonryo Shinshin, Série « Un des cent huit héros de la version populaire du roman Au Bord de l’eau », vers 1827

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Nishiki-e • © Bridgeman Images

Kuyumonryo Shinshin, série « 108 Héros des Suikoden », vers 1827
74 estampes étaient, jusqu’à présent, identifiées comme appartenant à cette série qui rendit Kuniyoshi très célèbre. Populaire, cette série est constamment rééditée entre 1827 et 1836. Cette planche se concentre sur la figure d’un héros, à la peau tatouée, maniant le bâton de combat. La puissance de la couleur souligne celle du légendaire combattant. Très appréciées, ces figures de guerriers ont inspiré les tatoueurs du temps de Kuniyoshi à nos jours, mais également les mangakas.

Utagawa Kuniyoshi, Capitale de l’Est, les pins de la fortune

Utagawa Kuniyoshi, Capitale de l’Est, les pins de la fortune, vers 1831–1832

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Nishiki-e • 26,5 × 39 cm

Capitale de l’est, les pins de la fortune, vers 1831–1832
Les spécialistes des estampes japonaises reconnaissent la grande modernité des vues paysagères de Kuniyoshi. L’artiste adopte souvent des cadrages audacieux, photographiques. L’un de ses thèmes privilégiés est le fleuve Sumida, à l’est d’Edo (actuelle Tokyo). Ses berges offrent un cadre de promenade idéal, entre cerisiers en fleurs et pins de la fortune. Ces arbres n’apparaissent qu’au second plan de l’image, dominée par une falaise de pierre et un curieux rocher. Kuniyoshi, dans une quête quasi encyclopédique, n’oublie pas la présence des animaux et des végétaux.

Utagawa Kuniyoshi, Jeune fille jouant avec un chat, Série « sans titre » de « Beautés au miroir »

Utagawa Kuniyoshi, Jeune fille jouant avec un chat, Série « sans titre » de « Beautés au miroir », vers 1845

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Nishiki-e • 22 × 29 cm • © Bridgeman Images

Jeune fille jouant avec un chat, série « sans titre », vers 1845
Une part importante de l’œuvre de Kuniyoshi est consacrée à la représentation du monde du divertissement, des plaisirs et de l’univers féminin (les geishas, les soins du corps, la coiffure, la maternité, les jeux avec les enfants…). Il n’est pas rare qu’apparaisse un chat, animal pour lequel Kuniyoshi avait une nette prédilection ! Des estampes telles que celle-ci pouvaient être découpées puis collées sur des armatures de bambous afin de devenir des éventails populaires et à la mode.

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