le syndicat des commissaires de la police nationale «écœuré» par le courrier de Gérald Darmanin


Dans un document adressé à Laurent Nuñez le 29 juillet, le ministre de la Justice dénonce notamment l’existence d’un gigantesque «stock fantôme» de procédures non transmises par la police et la gendarmerie.

Après avoir suscité la colère de la magistrature, dont il avait pointé les «dysfonctionnements» et les «erreurs individuelles»  en plein cœur de l’affaire Lyhanna, Gérald Darmanin s’attire désormais les foudres de la police nationale.

Dans un document de douze pages, adressé le 29 juillet à Laurent Nuñez et révélé samedi par Le Monde, le garde des Sceaux détaille de graves défaillances dans la prise en compte des violences sexuelles faites aux enfants. Au milieu d’une litanie de dysfonctionnements, il dévoile l’existence d’un gigantesque «stock fantôme», des dossiers non répertoriés par la justice faute de lui avoir été transmis par les services de police et de gendarmerie, d’après les informations de nos confrères.


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À Nîmes, par exemple, les procureurs auraient découvert 1275 procédures «fantômes». À Caen, elles seraient 905, tandis qu’à Agen, «un nombre important de procédures en cours» n’a «donné lieu à aucune information du parquet». Ailleurs, à Bourges par exemple, une quinzaine de procédures auraient été «purement et simplement perdues», souligne encore le document.

«Ce courrier est reçu comme un uppercut»

Un étalage qui a fortement déplu au Syndicat des commissaires de la Police nationale (SCPN), qui a dénoncé samedi 8 août par la voix de son secrétaire général Frédéric Lauze une «trahison». Sur France Info, ce dernier a fait part d’un «sentiment de colère, de révolte, d’injustice partagé par tous les policiers, un sentiment de trahison vis-à-vis de Gérald Darmanin» ainsi qu’«un sentiment d’écœurement» face à un ministre de la Justice qui s’est lui-même occupé de la priorisation des dossiers pendant quatre ans et chercherait aujourd’hui à se «dédouaner» de toute responsabilité. «Le comble du cynisme», a cinglé ce commissaire général de la police nationale.

«Simplifiez la procédure pénale, créez des places de prison, arrêtez de faire de la communication. Les logiques de communication, de politique et de cynisme l’emportent, et ce courrier est reçu comme une insulte, un uppercut par les enquêteurs qui font leur travail et qui s’aperçoivent que la justice et les politiques ouvrent grand le parapluie en se dédouanant de toute responsabilité», a encore déclaré Frédéric Lauze.

Selon lui, cette synthèse proposée par Gérald Darmanin, résultat des remontées d’informations établies par les parquets généraux, «a tendance à dédouaner la justice», contrairement à ce qu’aurait pu faire un «rapport de l’inspection des services judiciaires». «On aurait pu voir éventuellement que depuis de nombreuses années, nous avons 3 millions de procédures en stock. On a fabriqué un véritable déni de justice, les policiers n’arrêtent pas de le hurler. Les policiers ne font plus d’investigation, ils font des procédures au détriment des victimes, car les politiques comme Monsieur Darmanin l’ont voulu», affirme-t-il, se disant une nouvelle fois «très en colère».



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