
Que nous raconteraient les chefs-d’œuvre de la peinture s’ils pouvaient parler ? Lancée en 2018, la websérie À musée vous, À musée moi, créée par Fouzia Kechkech, imagine la petite vie des grands tableaux à travers de truculentes pastilles vidéo à l’humour irrésistible et décalé. L’ambition : revisiter l’histoire de l’art de manière décomplexée et sans prise de tête, en s’amusant de situations à l’anachronisme assumé, le tout en seulement 2 minutes 30.
Coproduite par le Centre Pompidou et l’agence Dada Media, cette nouvelle saison se concentre sur l’une des œuvres les plus célèbres du musée, peinte il y a tout juste cent ans. Ce portrait incontournable de la Nouvelle Objectivité, mouvement majeur de l’entre-deux-guerres en Allemagne, met en scène une figure fameuse de la scène des avant-gardes dont le nom est relativement tombé dans l’oubli : la journaliste et poétesse Sylvia von Harden. Femme libre et noctambule, elle avait ses habitudes au Romanisches Café, haut lieu de l’intelligentsia berlinoise, où le peintre Otto Dix la rencontre au milieu des années 1920. Fasciné par sa silhouette androgyne et sa nonchalance, il décide de la peindre, l’érigeant ainsi en icône de la Neue Frau, la « femme moderne » des Années folles.
L’histoire d’un tableau emblématique
Monocle vissé à l’œil, Sylvia enchaîne les verres et les cigarettes tout en racontant comment elle s’est retrouvée à poser pour Otto Dix.
Diffusés tous les quinze jours sur les réseaux sociaux du Centre Pompidou, les épisodes sont déjà tous disponibles sur la chaîne YouTube du musée. Interprétée par la comédienne Isabelle Desplantes, Sylvia von Harden prend vie dans un décor et des costumes parfaitement semblables au chef-d’œuvre d’Otto Dix. Ici, pas d’effets spéciaux, et encore moins d’intelligence artificielle ! Outre cette prouesse, on retrouve tout ce qui fait le sel de la websérie : un parfait dosage entre clins d’œil anachroniques et contenus didactiques.
Un modèle qui ne mâche pas ses mots
Le premier épisode au rythme survolté, qui n’est pas sans rappeler la série Bref, donne le ton : monocle vissé à l’œil, Sylvia enchaîne les verres et les cigarettes tout en racontant comment elle s’est retrouvée à poser pour Otto Dix. Dans les suivants, la journaliste au caractère bien trempé s’agace de n’avoir jamais été rémunérée pour ses longues séances de pose, ou affronte les commentaires acerbes de haters moquant sur les réseaux sociaux son physique jugé disgracieux… « De quoi j’ai l’air avec mes bas qui plissent et mes dents toutes pourries ? », s’indigne-t-elle auprès du peintre. À voir et revoir sans modération !
Sylvia von Harden sort du cadre. À Musée Vous, À Musée Moi
Websérie réalisée par Fouzia Kechkech et Emmanuel Patron
Coproduite par le Centre Pompidou et Dada Media
Cinq épisodes disponibles sur la chaîne YouTube du Centre Pompidou
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