Eva Gonzalès en 2 minutes


En bref

Eva Gonzalès (1847–1883) est la peintre des femmes, des enfants et de la vie mondaine dans le Paris des impressionnistes. Disparue trop tôt, elle fut immortalisée dans un grand portrait peint par Édouard Manet, son mentor, la représentant devant son chevalet, en artiste accomplie. Exposant au Salon, elle cultiva un réalisme innovant pour l’époque. Salué par Octave Mirbeau, son œuvre révèle le talent d’une artiste libre, vaillante, indifférente à la critique et la misogynie de son époque.

Portrait d’Eva Gonzalès

Portrait d’Eva Gonzalès, 1870

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Album de portraits cartes de visite ayant appartenu à Édouard Manet • © BNF – Gallica

On lui a dit

« Quel malheur que vous ne soyez pas recommandée de quelque Bonnat ou de quelque Cabanel. Vous avez eu trop de courage et cela comme la vertu, c’est rarement récompensé. » Édouard Manet à Eva Gonzalès, 1880

Sa vie

Un milieu parisien privilégié et cultivé
Née à Paris en 1847 (certaines biographies mentionnent 1849), dans un milieu bourgeois et privilégié, d’un père homme de lettres (qui compte Émile Zola parmi ses amis) et d’une mère musicienne, Eva Gonzalès n’a pas de peine à se lancer dans le milieu artistique. Bonne pianiste, elle a le visage illuminé par de grands yeux pleins de curiosité. Mais ses goûts la portent vers la peinture plus que vers la littérature ou la musique, à une époque où les femmes ne sont pas admises à l’École des beaux-arts et ne peuvent se former que dans des ateliers privés.

Un atelier réservé aux femmes
En 1866, Eva Gonzalès devient l’élève de Charles Chaplin, peintre mondain, spécialiste des scènes de genre et des portraits qui a les faveurs de l’impératrice Eugénie. Son atelier, tout juste ouvert, est réservé aux femmes, au-dessus de son appartement de la rue de Lisbonne.

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La rencontre avec Manet
Le peintre Alfred Stevens, qui appartient à son cercle amical, lui présente Édouard Manet en 1869. Ce dernier est à cette époque une véritable célébrité, ayant défrayé la chronique aux Salons de 1863 et de 1865 avec Le Déjeuner sur l’Herbe et Olympia. Eva est séduite par l’artiste dandy, très cultivé et immensément doué. L’affection est réciproque, ce qui ne manque par de susciter la jalousie de Berthe Morisot, autre grande amie de Manet.

Édouard Manet, Portrait d’Eva Gonzalès

Édouard Manet, Portrait d’Eva Gonzalès, 1870

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huile sur toile • 191 × 133 cm • © Photo: The National Gallery, London

Ses portraits par Manet et Stevens
Eva fut célébrée par ses amis. En 1872, le poète et dramaturge Théodore de Banville lui dédie le dernier de ses Camées parisiens. Alfred Stevens la représente au piano. Surtout, Manet livre d’elle un magnifique portrait en pied, assise devant son chevalet et en train de poser les dernières touches à une nature morte, un opulent bouquet. Elle regarde sur le côté, sans doute vers son modèle. L’ambiance est à la fois théâtralisée et intime.

Refusée au salon de 1874
Manet et Gonzalès ont entretenu des rapports d’amitié (certains ont prétendu qu’ils auraient eu une histoire d’amour, mais rien ne le prouve). Lorsqu’elle expose au Salon, elle se présente à la fois comme l’élève de Chaplin et de Manet, une recommandation qui prend un peu l’expression d’un défi tant l’œuvre du peintre est débattue. D’ailleurs, il n’est pas impossible qu’Eva fasse les frais de ce patronage car elle se voit refuser Une loge aux Italiens au Salon de 1874. L’œuvre n’a rien de proprement inconvenant mais revendique la filiation avec l’esthétique de Manet. Comme son mentor et ami, Eva ne participe pas aux expositions du groupe des impressionnistes, bien que sa peinture présente des caractéristiques propres à ce style.

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Une mort prématurée à l’âge de 36 ans
Mariée en 1879 à Henri Guérard, le graveur de Manet, elle donne naissance à un fils en 1883 mais la jeune femme, à peine âgée de 36 ans, décède quelques semaines plus tard d’une embolie, trois jours après le décès de Manet. L’enfant d’Eva est élevé par sa sœur cadette, peintre également, qui épouse Henri Guérard en 1888.

Ses œuvres clés

Eva Gonzalez, La matinée rose

Eva Gonzalez, La matinée rose, 1874

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Pastel sur papier et châssis entoilé • 93,8 × 74,3 cm • Coll. musée d’Orsay • © Musée d’Orsay, Dist. RMN Grand Palais / Hervé Lewandowski

La Matinée rose, 1874
Eva Gonzalès peint ici une douce scène d’intérieur, représentant une jeune femme en négligé rose devant sa coiffeuse. Elle est absorbée dans la contemplation d’un panier posé à ses pieds dans lequel dorment trois chiots. Peut-être est-ce l’éveil d’un sentiment maternel qui l’anime ? L’atmosphère comme le médium renvoient à l’art feutré du XVIIIe siècle, un style dans lequel Chaplin (qui fut le premier professeur d’Eva) était passé maître.

Eva Gonzalès, La Modiste

Eva Gonzalès, La Modiste, vers 1877

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pastel et aquarelle sur toile • 45 × 37 cm • Coll. Art Institute of Chicago • © Photo : Art Institute of Chicago

La Modiste, 1877
Figure associée à la vie moderne, la modiste est un thème affectionné par les peintres réalistes des années 1870, tels que Edgar Degas. Dans un intérieur renvoyant à l’univers féminin et bourgeois, la jeune modiste tient dans sa main des fleurs dont elle s’apprête peut-être à garnir un chapeau, à l’image de ceux qui se trouvent à l’arrière-plan. Elle regarde devant elle, comme si une cliente venait d’entrer. La scène, très vivante, tient à la fois du portrait et de la scène de genre.

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Eva Gonzalès, Une loge aux Italiens

Eva Gonzalès, Une loge aux Italiens, vers 1874

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huile sur toile • 97,7 × 130 cm • Coll. musée d’Orsay • © Musée d’Orsay, Dist. RMN Grand Palais / Patrice Schmidt

Une loge aux Italiens, 1874
Eva Gonzalès représente un couple dans une loge de théâtre parisien, sujet moderne qui est aussi traité par les peintres réalistes et impressionnistes de son temps (Auguste Renoir, Manet). C’est un lieu pour voir et être vu. La composition est en frise et compte deux personnages, posés par sa sœur Jeanne et Henri Guérard, qui deviendra l’époux d’Eva. L’artiste se serait inspirée d’un pastel de Manet et le bouquet est peut-être un hommage à l’Olympia. Comme Manet, Eva met en scène les personnages dans un moment de suspension, peu explicite, créant une interrogation dans l’esprit du spectateur. L’œuvre aurait été refusée au Salon de 1874, mais acceptée dans l’édition de 1879 après quelques modifications.



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