Echanges mondiaux – L’agroalimentaire, un fleuron fragile du commerce extérieur français – Économie et gestion, Tendance des marchés


Avec leurs vins, leurs céréales et leurs fromages, l’agriculture et l’industrie alimentaire françaises restent un fleuron du commerce extérieur du pays mais cette puissance s’érode.

Après avoir bondi de 36 % en valeur en 2022 sous l’effet de la flambée des prix du blé après la guerre en Ukraine, les exportations de produits agricoles ont reculé de 15 % en 2023, ont dévoilé les Douanes mercredi. Les importations ont parallèlement progressé de 1 %.

Résultat : « le solde agricole reste excédentaire mais à un niveau près de quatre fois moindre qu’en 2022 (1,2 milliard d’euros contre 4,8 milliards en 2022) », notent les Douanes dans un communiqué.

Les exportations de l’industrie agroalimentaire ont, elles, progressé mais à un rythme ralenti (+ 2 %).

Au total, l’agroalimentaire continue en 2023 à dégager un excédent commercial, de 6,7 milliards d’euros, mais moindre que l’année précédente (10 milliards). Un repli à relativiser, estime Thierry Pouch, chargé des études économiques aux chambres d’agriculture.

« La France n’a plus connu de déficit (des échanges agroalimentaires) depuis 1977 », rappelle-t-il. On observe certes un « tassement » ces dernières années mais « la tendance reste entre 5 et 10 milliards d’euros par an d’excédent », ajoute-t-il.

Du 2e au 6e rang

L’agroalimentaire est le troisième poste d’excédent commercial pour la France, après l’aéronautique/spatial et le secteur chimie/parfums/cosmétique Le pays est le premier producteur agricole européen et profite de la réputation de ses produits.

Selon l’organisme public FranceAgriMer, la France était en 2022 le 1er exportateur mondial de vins et spiritueux, de semences et plants, d’animaux vivants et génétique animale, ainsi que le 4e exportateur de lait et produits laitiers, et de sucre.

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« Toutefois, ce qui inquiète, ce n’est pas tant que la France ne soit plus une puissance agricole; c’est qu’elle le soit de moins en moins », notait un rapport du Sénat sur la « compétitivité de la ferme France » en septembre 2022.

La France était cette année-là le sixième exportateur mondial de produits agricoles et agroalimentaires, avec 4,5 % de parts de marché, derrière les Etats-Unis, le Brésil, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Chine, selon FranceAgriMer. Elle était deuxième en 2000 avec près de 8 % des parts de marché.

Parmi les facteurs avancés par le rapport sénatorial pour expliquer le repli de la compétitivité : le coût du travail, le degré d’exigence des politiques environnementales, la taille des exploitations en moyenne plus petite que celle des concurrents, une productivité en berne. Et la stratégie de montée en gamme pour atteindre des marchés de niche plus rémunérateurs s’est avérée « être un mauvais calcul », selon les sénateurs qui militent pour que « l’agriculture française demeure accessible à tous ».

Les accords de libre-échange, particulièrement décriés lors de la récente fronde des agriculteurs, ne sont pas forcément en cause : entre l’entrée en vigueur du Ceta en 2017 et l’année 2022, les exportations agroalimentaires vers le Canada ont progressé de 47 % contre 35 % au total vers le monde hors UE. C’est surtout auprès des pays européens que la compétitivité de la France s’érode, notamment sous l’impulsion de l’élargissement de l’UE aux pays de l’Est, note Thierry Pouch.

Pour renverser la tendance, le Centre national pour la promotion des produits agricoles et alimentaires (CNPA) a lancé mardi lors d’un point presse une campagne de sensibilisation, sous le sceau du « Collectif export et souveraineté alimentaire ».

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Les exportations, affirme le CNPA, ouvrent de nouveaux débouchés et renforcent la compétitivité des productions. Si elles sont en hausse, alors la production l’est aussi, tout comme les investissements, permettant des économies d’échelle qui, in fine, bénéficient aux consommateurs français.

Les exportations permettent aussi d’écouler les pièces boudées par les consommateurs français, comme les pieds et têtes de cochons en Asie, a souligné Philippe Dumas, représentant de la fédération professionnelle de la viande Interbev au sein du CNPA.

Quant à de possibles représailles si la France exige des « mesures miroirs » imposant pour les produits importés les mêmes standards de production qu’en Europe, il balaie les inquiétudes. « Quand on fait de l’export, il faut des agréments » et certains pays comme la Chine « ont déjà des niveaux d’exigence très élevés », affirme-t-il.



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