Cours des céréales – Des cours céréaliers « neutres à baissiers » dans les semaines qui viennent – Tendance des marchés


Avec encore de gros volumes à exporter depuis l’hémisphère nord et des stocks de maïs qui s’annoncent massifs à l’échelle mondiale, Argus media envisage une évolution « neutre à baissière » des cours des céréales d’ici à la fin de la campagne de commercialisation 2023/24.

« D’ici à la fin de la campagne 2023/24, on table sur des cours céréaliers neutres à baissiers », estime Arthur Portier, analyste chez Agritel, à l’occasion d’un cycle de conférences organisées fin janvier par le groupe Argus media autour des marchés des grains.

Il souligne certes une situation « plutôt tendue » sur le marché mondial du blé, avec des stocks finaux attendus à 61 Mt chez les exportateurs majeurs – dont 20 % en Russie – et un ratio stocks/utilisations en baisse.

Mais c’est sans compter une « situation qui a changé en maïs » : là, les stocks s’annoncent massifs. Si on somme ceux du blé et du maïs à la fin de la campagne 2023/24 chez les grands exportateurs, on atteindrait selon Argus media un volume record sur quatre campagnes, 120 Mt, et un ratio stocks/utilisations en hausse, à 12 %.

« Il y a une interdépendance entre les produits, note l’analyste. C’est impossible que le blé s’envole avec une situation aussi confortable en maïs : c’est une question d’équilibre ».

Vu ce ratio de 12 %, Argus media a calculé par corrélation que le prix du blé Fob à Rouen devrait en théorie tourner autour de 270 $/t (259 €/t). Un chiffre qui tomberait à 240 $/t (222 €/t) voire à 220 $/t (203 €/t) dans les semaines qui viennent, « parce que beaucoup d’agriculteurs ont encore beaucoup de volumes à vendre ».

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Une forte concurrence entre exportateurs

L’intense activité d’export observée en Ukraine, notamment, « est une information baissière pour le marché » des céréales à moyen terme. Depuis la mi-septembre, les opérateurs du pays ont continué à expédier des produits agricoles par la mer Noire malgré l’arrêt du corridor sécurisé : 4,8 Mt en décembre, un record depuis le début de la guerre, et « le rythme devrait rester soutenu ».

Difficile d’envisager une hausse des cours, aussi, si l’on s’attarde sur les stocks de blé dans les fermes russes (22 Mt fin décembre contre 14 Mt fin 2021) : « les opérateurs russes ont besoin d’exporter ».

« Les opérateurs russes ont besoin d’être compétitifs et vont donc devoir baisser les prix par rapport à l’origine européenne », contraignant les opérateurs européens à s’ajuster eux aussi à la baisse pour écouler leurs grains.

Les perspectives sont donc neutres à baissières d’ici à mi-2024, même si des facteurs haussiers peuvent toujours survenir et réduire la pression sur les cours céréaliers : accident climatique, géopolitique…

Sans oublier les fonds, qui « jouent un rôle clé aujourd’hui sur les marchés internationaux ». Arthur Portier précise : « Avec le bond des taux d’intérêt il y a quelques mois, les fonds se sont détournés des marchés des grains. La question qui se pose maintenant, c’est « est-ce que la baisse probable des taux sera suffisante pour les faire revenir aux achats ? »».

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Sur 2024/25, des incertitudes sur la demande et sur la géopolitique

Quelle évolution des cours sur la campagne 2024/25 ? Elle dépendra de l’offre, qui risque d’être entamée côté européen après les pluies intenses qui sont tombées sur le Vieux continent pendant les semis. Argus media estime à 6 % la baisse des surfaces en blé tendre en Allemagne entre 2023 et 2024, – 9 % pour le Royaume-Uni, – 11 % pour la France.

D’où une situation qui resterait tendue sur le marché européen du blé sur 2024/25. Mais en face, il y a toujours la mer Noire, avec une offre ukrainienne « plus que correcte » qui tournerait autour de 22 Mt et une « énorme production en Russie », à 90 Mt.

Côté demande, les incertitudes sont nombreuses pour 2024/25. En Chine notamment, gros importateur de céréales ces dernières années, qui vient d’approuver l’utilisation de nouvelles variétés de maïs OGM et pourrait réduire ses achats internationaux. L’Inde devrait en revanche les augmenter : sévèrement touchée par El Niño en 2023, ses stocks de blé ont fondu depuis 2020/21.

Au-delà des fondamentaux (offre, demande), Arthur Portier pointe aussi les « nombreux facteurs externes » qui risquent d’influencer les cours céréaliers sur la prochaine campagne. Et plus particulièrement les incertitudes géopolitiques : en 2024, des élections nationales se tiendront dans soixante-seize pays englobant la moitié de la population mondiale.

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