Salon de l’agriculture – Emmanuel Marcon au bord du fiasco avec son grand débat – Politique et syndicats, Salons agricoles 


Emmanuel Macron, qui espérait apaiser la colère du monde agricole autour d’un grand débat samedi au salon de l’Agriculture, s’est pris comme un boomerang un couac de communication, signe que son exercice favori par temps de crise commence peut-être à s’user.

L’image était déjà dans toutes les têtes : comme au temps des Gilets jaunes, le chef de l’Etat allait monter sur le « ring » pour échanger « sans filtre », des heures durant, avec tous les acteurs de la crise et en ressortir fort d’un cap nouveau.

Même colère, même méthode : organiser un grand « déballage » collectif, en forme de catharsis, où chacun puisse prendre la parole, interpeller le président et participer, in fine, à la recherche de la solution.

Patratras, l’annonce de l’invitation du collectif écologiste Soulèvements de la Terre, connus pour leurs actions violentes sur des enjeux agricoles mais dont la présence pouvait symboliser la pluralité du débat à l’heure où l’exécutif essuie des critiques autour de l’écologie, a tourné au psychodrame.

Suscitant l’incompréhension jusqu’au gouvernement – qui entendait encore il y a quelques mois dissoudre les Soulèvements – le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau qualifiant l’invitation « d’inopportune ».

La FNSEA, syndicat agricole majoritaire, a aussitôt vu rouge, refusant de s’asseoir à la même table que ceux dont le « cocktail Molotov est le mode d’expression » – selon les mots de M. Fesneau – et fustigeant un président qui n’a « rien compris aux problématiques » des agriculteurs.

L’Elysée, qui avait cité jeudi ce collectif parmi les associations environnementales invitées, au côté des agriculteurs, industriels et de la grande distribution, a tenté d’éteindre l’incendie en plaidant « l’erreur » de communication.

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Une « erreur » attribuée par plusieurs sources aux conseillers de l’Elysée suivant le dossier, Benoît Faraco, ancien porte-parole de la Fondation Hulot et ancien conseiller de l’eurodéputé Renaissance Pascal Canfin, et Mathias Ginet, ce dernier étant également conseiller agriculture du Premier ministre.

« Lapin sorti du chapeau » 

« Le mal est fait. Notre réseau est en ébullition. La Salon de l’agriculture, c’est notre salon à nous. On invite dans notre salon des gens qui veulent détruire l’agriculture familiale que nous représentons. On marche sur la tête », a déclaré Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA, à l’AFP.

D’autres, comme la Coordination rurale, ont confirmé leur venue pour « donner la parole à la base ».

Le ricochet a été tout aussi cinglant du côté de la grande distribution. Michel-Edouard Leclerc, médiatique représentant du leader du secteur E.Leclerc, a dénoncé une « annonce foireuse » et décliné l’invitation avant même de l’avoir reçue.

Cette idée de grand débat, élargie à toute la filière, suscite aussi nombre d’interrogations alors que les agriculteurs ont déjà beaucoup échangé avec le Premier ministre Gabriel Attal et attendaient avant tout des actes du président.

« J’ai dit qu’on avait déjà débattu, qu’un nouveau débat, pendant des heures, avec des représentants nationaux des syndicats ne servirait à rien », a indiqué Véronique Le Floc’h, présidente de la Coordination rurale à l’AFP.

« Il y avait un dialogue qui s’était établi, un semblant de confiance, et on était au stade où il y avait des attentes sur la concrétisation des annonces qui avaient été faites », renchérit le politologue Eddy Fougier, déplorant un « lapin qu’on sort du chapeau » à chaque crise via un grand débat ou une convention citoyenne. Cette fois, Emmanuel Macron « s’est pris un mur », juge-t-il.

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« Un peu usé »

Pour Benjamin Morel, maître de conférence en droit public à l’université Paris 2 Panthéon-Assas, le chef de l’Etat est pourtant « plutôt bon dans ce type d’exercice », « dans l’interaction » avec le public.

Très attendu au Salon, il entendait monter à son tour en première ligne et dénouer la crise après avoir laissé son Premier ministre poser les jalons de la désescalade ces dernières semaines.

Mais le grand débat c’est un outil « plutôt adapté » en l’absence « d’interlocuteur » bien identifié, « structuré », comme les gilets jaunes, pas pour le monde agricole, analyse Benjamin Morel.

« Cette méthode de sortie de crise apparaît comme étant un peu usée », estime-t-il aussi. Elle a véhiculé « l’idée qu’on aurait jeté du sable pour endormir les gilets jaunes, une image pas forcément positive », selon lui.

Dans la majorité au contraire, certains y voient une méthode éprouvée qui peut encore faire ses preuves, eu égard à toute la « solennité » de l’exercice et au « charisme » du chef de l’Etat.

« Le président de la République va entendre les demandes, prendre l’opinion publique à témoin (de ce qu’il est possible de faire, ndlr) et tracer la route de la souveraineté », veut croire un cadre de la majorité.



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