Reportage – La France championne du monde de la production de lin fibre – Grandes cultures, Économie et gestion


Grâce à son terroir et son savoir-faire, la France détient le titre de premier producteur de lin au monde. Une fibre textile naturelle, locale et traçable en plein essor, qui nécessite par ailleurs une grande technicité. Rencontre avec Jacques Fauvel, producteur de lin fibre en Normandie.

Si les fibres de lin ne représentent aujourd’hui que 0,5 % de la production mondiale de fibres textiles, elles n’ont pas à rougir face à leurs concurrentes. Peu gourmande en intrants et en eau, zéro déchet… la plante cultivée en Europe de l’Ouest, sur une large bande côtière entre Caen et Amsterdam, a des atouts à faire valoir au regard des exigences sociétales et environnementales. Même au niveau du teillage, l’extraction de la fibre, réalisée localement, se fait par un procédé mécanique, sans aucun solvant.

Les surfaces européennes de lin fibre ont atteint un record lors de cette campagne : elles sont estimées à près de 180 000 ha (dont 85 % environ en France) par l’Observatoire économique du lin. « C’est largement au-dessus de l’année 2023 (+ 20 %), et même du record de la récolte 2020 et ses 160 000 ha (+ 10 %) », détaille l’Alliance du lin et du chanvre européens.

Cela vient « en réponse à la demande du marché, qui a souffert de quatre récoltes consécutives décevantes, de 2020 à 2023, et en conséquence d’un manque de matière ainsi que d’une attractivité de la rémunération pour les agriculteurs. En effet, le prix moyen – toutes qualités et toutes régions de production confondues – de la fibre European Flax produite dans les teillages européens s’élevait à 9,08 €/kg en mars dernier, soit une hausse de 55 % sur un an ».

Outre un marché porteur, la plante peut également compter sur le savoir-faire de toute une filière et son adaptation constante.

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Technicité et savoir-faire

Sur son exploitation, « le lin fibre a toujours eu une place importante », explique Jacques Fauvel, installé depuis 1987 à Ormes, dans l’Eure, et également vice-président de l’APGL1. Il faut dire que tous les ingrédients sont plutôt réunis pour : la Coopérative de teillage de lin du plateau du Neubourg (CTLN) se situe à une dizaine de kilomètres du corps de ferme et le contexte pédo-climatique est propice.. 

Jacques Fauvel devant sa parcelle de lin de printemps fin mai. (© Terre-net Média)

L’agriculteur s’est équipé en conséquence, il dispose d’une retourneuse, d’une souleveuse et d’une enrouleuse sur l’exploitation, ainsi que d’une arracheuse en Cuma avec ses collègues voisins. Car outre le semoir, le lin fibre nécessite plusieurs équipements spécifiques, notamment pour les différentes étapes de récolte

« C’est une culture très exigeante sur la qualité du sol et le travail, on dit souvent qu’elle « a de la mémoire ». Sur la ferme, le lin vient généralement derrière un blé et la préparation de sol doit s’anticiper. Il faut faire attention au choix et à la conduite des couverts en amont pour éviter les résidus, surtout qu’on ne laboure plus depuis plusieurs années », indique le producteur. Il cherche aussi à décaler les semis de printemps vers fin mars/début avril afin « d’accélérer la levée de la culture et ainsi réduire le risque altise ». Avec les conditions climatiques du dernier printemps, les semis ont, de fait, été plus tardifs (autour du 20 avril). Pour le moment, les parcelles se portent bien et Jacques Fauvel songe à un arrachage vers début juillet.

Déploiement du lin d’hiver

Généralement, en lin d’hiver, les semis sont réalisés début octobre. Ce dernier a l’avantage de se développer sur un cycle plus long, pouvant permettre de mieux supporter les épisodes climatiques trop intenses (sécheresse, fortes pluies et tempêtes) ayant caractérisé les derniers printemps notamment. Les surfaces dédiées au lin d’hiver ont ainsi triplé en deux ans, il représente aujourd’hui 30 % de la sole française.

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Une tendance qui se vérifie sur l’exploitation de Jacques Fauvel. Après un essai convaincant de 5 ha sur 25 l’an dernier, il a inversé les proportions pour cette campagne : 13 ha de lin d’hiver et 7 de lin de printemps. « Attention, prévient-il cependant, chaque espèce a ses atouts et ses contraintes. Le lin d’hiver peut entre autres être soumis au risque de gel. »

« Plus et mieux », le leitmotiv de la filière

Recherche variétale, développement d’outils d’aide à la décision, adaptation de la conduite culturale… La filière se mobilise pour arriver à produire plus, tout en s’adaptant au changement climatique. Le Cipalin, l’interprofession agricole française du lin fibre, a d’ailleurs annoncé en début d’année le doublement du budget R&D lin fibre de l’institut technique Arvalis. « L’augmentation des surfaces ne doit pas se faire au détriment de la qualité de la production », soutient l’AGPL. Jacques Fauvel met notamment en avant « le lien fort entre liniculteurs et teillages » afin de répondre au mieux aux demandes du marché, car « toutes les étapes au champ peuvent avoir un impact sur la suite du processus, lors du teillage, etc. ». À ce sujet, l’association propose notamment une formation, entièrement prise en charge financièrement, sur la conduite des machines de récolte dans une démarche d’amélioration continue et pour des récoltes de qualité.

« Toutes les étapes au champ peuvent avoir un impact sur la suite du processus, lors du teillage, etc. », rappelle Jacques Fauvel. (© Terre-net Média)

Autre enjeu majeur pour la filière : la sécurisation de la production de semences, qui a subi aussi, ces dernières années, les affres du climat. L’AGPL a créé un groupe de travail sur le sujet réunissant des agriculteurs dont des producteurs multiplicateurs. Parmi les pistes de réflexion évoquées : l’élargissement du panel des moyens de récolte de la semence. L’écapsulage est aujourd’hui le mode de récolte dominant, mais il nécessite du matériel cher et peu disponible, en plus de rester très dépendant des conditions météorologiques. Au sein de la filière, d’autres propositions ont émergé et restent à creuser comme « l’embauche dans les teillages de techniciens dédiés à la gestion des semences et la localisation de la production de semences sur certains territoires ».

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Pour assurer la pérennité de la filière et répondre à la demande de textiles made in France ou made in EU, l’Alliance du lin et du chanvre européens développe la certification « European Flax », qui garantit l’origine de la fibre cultivée en Europe de l’Ouest et issue d’une agriculture aux pratiques raisonnées, sans OGM, ni irrigation. Dans cette lignée, la filière salue les initiatives de relocalisation de la filature en France et en Europe, la plupart étant situées dans le Sud-Est asiatique. Deux filatures ont d’ailleurs été inaugurées ces dernières années, Safilin dans le Nord et la French Filature dans l’Eure. Un troisième projet devrait prochainement voir le jour en Bretagne.

1. AGPL : Association générale des producteurs de lin.



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