La fabuleuse renaissance de Maxim’s, merveille de l’Art nouveau


C’est l’histoire d’une résurrection. Celle d’une adresse mythique où, depuis la Belle Époque, a défilé tout un cortège de personnalités de légende : artistes, têtes couronnées, demi-mondaines. Avec le nom de Maxim’s résonnent ceux de Marcel Proust, Liane de Pougy, Serge Gainsbourg et Jane Birkin… Sans oublier Jean Cocteau qui aurait lancé un jour : « Paris sera foutu seulement le jour où Maxim’s disparaîtra ». 

Un peu endormi depuis le décès en 2020 de son dernier propriétaire, Pierre Cardin, voilà le célèbre restaurant réveillé par le groupe Paris Society, omniprésent dans le paysage de la restauration parisienne et qui pilote notamment nombre de restaurants de musées (Loulou au MAD, Girafe à la Cité de l’architecture & du patrimoine, Monsieur Bleu au Palais de Tokyo, Dar Mima à l’Institut du monde arabe…). Une renaissance digne de celle d’un phénix qui entend bien renouer avec le faste d’antan.

La naissance d’un mythe parisien

La saga Maxim’s commence en 1893, lorsqu’un modeste garçon de café nommé Maxime Gaillard décide d’ouvrir avec son ami Georges Everaert, un café-glacier au 3 rue Royale, à deux pas de la place de la Concorde. Avec son nom à l’anglaise, « Maxim’s et Georg’s » ne tarde pas à séduire une clientèle chic, venue dans le sillage d’une certaine Irma de Montigny, jeune mondaine fortunée qui avait promis à l’ambitieux restaurateur : « Je vais lancer votre bouchon ! » Racheté en 1900 par le maître d’hôtel des lieux, Eugène Cornuché (le fondateur du futur casino de Deauville), le bistrot change de visage.

Lire aussi article :  Polémiques sur les violences policières : Olivier Marchal apporte son soutien aux forces de l'ordre - Actus Ciné
Escalier chez Maxim’s

Escalier chez Maxim’s, 2024

i

À la veille de l’Exposition universelle de 1900, le nouveau propriétaire, qui a le flair infaillible de l’entrepreneur, fait appel aux meilleurs artistes de l’École de Nancy (Hector Guimard, Émile Gallé…) qui, sous la supervision de l’architecte-décorateur Louis Marnez, façonnent le restaurant en véritable bijou Art nouveau. L’endroit devient le repère du Tout-Paris de la Belle Époque, qui vient s’encanailler sur ses banquettes de velours carmin et déguster les plats nommés en l’honneur des plus grandes cocottes d’alors, telle la selle d’agneau Belle Otero… La légende de Maxim’s est née !

Un majestueux décor classé

Salon chez Maxim’s

Salon chez Maxim’s, 2024

i

Inscrit à l’inventaire des monuments historiques, son flamboyant décor n’a aujourd’hui rien perdu de sa superbe, à commencer par sa mythique devanture coiffée d’un tapageur auvent rouge sur lequel scintille, de jour comme de nuit, le nom de l’enseigne inscrit en lettres d’or.

À l’intérieur, place à une luxueuse orgie d’arabesques qui épousent la forme de fleurs, de lianes et autres feuillages : bois d’acajou sculpté, majestueux miroirs, ferronneries délirantes, grandes fresques marouflées… Une incroyable folie Art nouveau à laquelle Pierre Cardin avait lui aussi, discrètement, ajouté sa touche, à l’image de la moquette aux motifs de fleurs de pavot. Le couturier et grand collectionneur avait également été à l’initiative de la création du musée Maxim’s, hélas aujourd’hui fermé au public, qui abrite ses trésors signés Louis Majorelle, Émile Gallé ou encore Toulouse-Lautrec.

Le bar chez Maxim’s

Le bar chez Maxim’s, 2024

i

Il faut donc ouvrir grand les yeux pour remarquer les discrets mais non moins élégants changements opérés par Cordélia de Castellane. De petites lampes sont ainsi venues, sur les tables, remplacer les anciens abat-jours, tandis que de coquets poufs frangés ont été disséminés ça et là. La décoratrice a aussi conçu la nouvelle vaisselle, fabriquée par la maison Bernardaud. C’est finalement dans le fumoir – un ajout des années 1990 – que son intervention est la plus visible : moquette tigré, banquette fleurie et boule à facette rappellent que Maxim’s, temple du chic, a aussi été un lieu de joyeuses impertinences et de liberté.

Lire aussi article :  Developpeur Calcul Scientifique & HPC H/F - 91300 Massy

Et au menu ? On retrouve bien sûr à la carte, ornée de dessins de Sem, les classiques qui ont fait la réputation du restaurant : la fameuse sole Albert, le poulet rôti Henri IV, sans oublier la soupe VGE… Côté cuisine, pas de toque star, sauf pour les desserts signés Yann Couvreur. À l’étage, les cocktails du bar ont été baptisés en hommage à celles et ceux qui ont contribué à forger la légende du lieu, de Mistinguett à la Callas en passant par Sacha Guitry. À siroter au son du piano ou, le week-end venu, de DJ sets. À 130 ans passés, Maxim’s, c’est sûr, n’a pas dit son dernier mot.



Source link