Pour elle, comme pour la Villa Belleville, c’est une première. D’ordinaire, les artistes sont reçus en résidence dans des ateliers d’artiste traditionnels, clairs et hauts de plafond. Mais, au profil si particulier de Naomi Feigelson (née en 1998), la Villa a choisi de proposer sa cuisine, d’ordinaire prêtée aux associations du coin. La jeune femme y passera six mois, comme les autres artistes. À la différence près que l’usage de cette cuisine semi-professionnelle l’engage à animer des ateliers pour le public et les habitants du quartier – moments pour lesquels elle crée de singuliers fascicules, qui forment ensuite comme de petites œuvres à emporter.
« Mi-résidente, mi-coordinatrice », nous explique-t-elle réjouie, un lundi de décembre. « Ça tombe bien, j’avais justement envie de faire des ateliers, des initiations à l’expérimentation culinaire. » Ceux-ci lui permettent de faire tomber un mur, très solidement bâti dans le monde de la restauration : seuls les plus privilégiés ont accès à de la cuisine qui pense, recherche, réfléchit, innove. Gastronomique ou expérimentale, celle-ci peut pourtant se faire à partir de produits accessibles, et s’imaginer comme une expérience esthétique ouverte à tous ; c’est du moins ce qu’induit la pratique de Naomi Feigelson, 26 ans tout juste, et déjà riche de nombreuses réflexions sur la nourriture.
Au commencement, des voyages
Son histoire commence par des voyages avec son père universitaire, un peu partout dans le monde. Elle goûte alors tout. Et nous raconte aujourd’hui quelques souvenirs fondamentaux : un riz gluant frit, servi avec un tofu de pois chiches et une sauce à la cacahuète, avalé « après dix-sept heures de car » en Birmanie, une soupe sublime préparée par « une toute jeune fille dans un village de pêcheurs au Japon »…

Naomi Feigelson dans son atelier en résidence à la villa Belleville, 2024
© Timothée Chambovet pour BeauxArts.com
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