L’intelligence artificielle au service de la santé mentale


Publié le
12/12/2024|Modifié le 19/11/2024

Alors que les outils d’intelligence artificielle se multiplient dans le domaine de la santé mentale, quels sont leurs véritables apports et les précautions à prendre ? Pour mieux comprendre, nous avons échangé avec le professeur Philip, expert en santé mentale et en innovation technologique, qui nous dévoile les perspectives offertes par ces nouvelles technologies, mais aussi leurs risques et les défis éthiques qu’elles posent.

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L’intelligence artificielle (IA) transforme de nombreux domaines, y compris celui de la santé mentale.

Rencontre avec le professeur Philip, spécialiste en santé mentale et responsable coordinateur du projet eD-PROPSY, pour comprendre les opportunités et les défis associés à ces innovations.
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L’IA et les outils en santé mentale

L’IA est désormais employée pour enrichir les soins en santé mentale, notamment à travers des dispositifs comme les objets connectés, les chatbots et les agents conversationnels.

Ces outils recueillent des données telles que l’activité physique, la qualité du sommeil et la fréquence cardiaque, voire l’ECG, offrant aux professionnels de santé des informations précieuses pour suivre l’état clinique de leurs patients.

Grâce à l’informatique émotionnelle ou « affective computing », les recherches ont permis de développer des interfaces hommes-machines qui peuvent interpréter et répondre de manière empathique aux émotions de l’utilisateur, rendant l’interaction plus humaine et personnelle.

Ce champ vise à permettre aux chatbots et autres agents conversationnels de détecter et répondre aux émotions humaines.

Le professeur Philip prend l’exemple de l’application Kanopee, déjà disponible et téléchargée par plus de 60 000 utilisateurs, qui aide gratuitement les individus à gérer des problématiques courantes telles que le stress, l’anxiété et les troubles du sommeil.

Pour les spécialistes de la santé mentale, ces applications qui mobilisent de l’IA peuvent apporter aux patients un soutien en complément de leurs consultations.

Autre usage possible de l’IA : en utilisant le « data mining », l’IA aide au repérage des patients susceptibles de nécessiter un suivi, en analysant des données issues de dossiers médicaux.

L’intelligence artificielle offre des perspectives prometteuses dans le domaine de l’exploration de données, ou « data mining ». Appliquée aux données hospitalières, elle permet d’identifier des patients présentant des symptômes ou profils qui pourraient être liés à des troubles mentaux. Dans un contexte où les ressources en psychiatrie sont insuffisantes face aux besoins croissants, l’IA pourrait ainsi faciliter le repérage des cas en analysant automatiquement les dossiers et déclarations médicales. Cette approche ouvre la voie à des avancées significatives dans la détection et le suivi des troubles de santé mentale.

Pierre Philip

  • Professeur de médecine du sommeil

Les avantages et les limites de l’IA en santé mentale

Selon le professeur Philip, les modèles de langage large (LLM) représentent une avancée significative en intelligence artificielle.

Ces LLM peuvent générer des dialogues naturels et simuler des échanges empathiques et pertinents, ouvrant ainsi la voie à une offre autonome diagnostique et thérapeutique à grande échelle, en particulier pour les personnes isolées.

L’idée, c’est d’injecter des LLM dans nos agents conversationnels pour qu’on puisse se déboucher sur des programmes qui auront un langage naturel, avec qui vous pourrez dire « Bonjour, en ce moment, je ne dors pas très bien ». Et que nos LLM vont pouvoir créer un entretien clinique complètement ouvert en vous posant des questions tout en enrichissant le dialogue.

Pierre Philip

  • Professeur de médecine du sommeil

Ces LLM représenteraient un soutien thérapeutique à grande échelle, apporteraient une réponse à de nombreuses personnes aujourd’hui non repérées, voire permettraient de repérer et d’orienter vers des spécialistes de la santé mentale les cas les plus complexes.

Toutefois, l’utilisation de ces modèles comporte certains risques, notamment la possibilité de générer des « hallucinations » — des réponses inappropriées ou dangereuses pouvant mettre en danger des utilisateurs vulnérables.

Les défis éthiques et la confidentialité

La collecte de données sensibles en santé mentale soulève d’importants enjeux éthiques, notamment en matière de protection et de confidentialité des informations personnelles.

La France est très en pointe sur le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD). On ne peut pas prendre des données cliniques humaines et les bazarder dans le web. Ça peut être extrêmement intrusif et entraver le principe de secret médical.

Pierre Philip

  • Professeur de médecine du sommeil

Dans ce domaine, et parce que les modèles de langage large (LLM) fonctionnent souvent à partir de vastes bases de données globales, l’utilisation de l’IA exige un cadre strict, qui amplifie les dispositions prises pour limiter au maximum le risque de fuites de données et de manquements à la confidentialité.

L’avenir de l’IA en santé mentale

Selon le professeur Philip, l’avenir de l’IA en santé mentale s’annonce prometteur, avec un potentiel immense pour le suivi proactif et la prévention des comportements à risque.

Le professeur Philip estime que cette technologie pourrait jouer un rôle central dans la détection précoce de signes d’aggravation des symptômes et dans le soutien aux patients souffrant de maladies chroniques.

En surmontant les défis liés à la protection des données et à la fiabilité des modèles, l’IA pourrait pallier le manque de psychiatres et répondre aux besoins croissants en psychiatrie. Avec un accompagnement continu, abordable et personnalisé, l’IA apparaît ainsi comme une solution innovante pour l’avenir de la santé mentale.

Si on arrive à résoudre les défis, en particulier les conflits de « privacy » et les éléments de type hallucinations, je pense que ce sont des outils qui peuvent être incroyablement intéressants. Parce qu’on a une prévalence de malades qui est telle qu’on sait qu’on ne peut pas mettre un humain en face de chaque malade qui a un problème psychiatrique. Techniquement, ce n’est pas possible, en particulier sur le suivi chronique. Donc il y a une première voie, qui est une voie sur laquelle nous, on travaille beaucoup, qui est la voie de la prévention en santé mentale. Là, on pense que l’IA générative et les agents conversationnels vont beaucoup aider, c’est-à-dire vous apprendre à repérer les comportements à risque et les premiers symptômes pour corriger le tir. Et après, il y a un deuxième champ où l’IA représente une opportunité : dans l’accompagnement, en particulier en suivi des maladies chroniques psychiatriques, il y a une énorme place à venir pour l’IA générative. Elle pourrait apporter un soutien continu et adapté aux besoins spécifiques de chaque patient.

Pierre Philip

  • Professeur de médecine du sommeil

Le livre « Antidéprime » du professeur Philip

« La vie est de plus en plus dure », « Je n’arrive plus à faire face »… Vous reconnaissez-vous dans ces constatations ? Depuis quelques années, la déprime touche de plus en plus de monde. Pourtant, la santé mentale n’a jamais été autant au centre de nos préoccupations qu’aujourd’hui : thérapies, méditations, retraites, programmes de réalignement se multiplient… Ces thérapies s’avèrent souvent difficiles à commencer, ou impossibles à poursuivre, car il vous faut d’abord consolider les fondamentaux de votre santé mentale. C’est ce que le professeur Philip vous propose de faire dans ce livre, grâce à un programme personnalisé, afin de lutter efficacement contre la déprime.

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