Porcs – En Bretagne, mouvement de fronde chez un poids lourd de la filière – Juridique, fiscal et social, Élevages porcins et avicoles


Poids lourd de la filière porcine française, Cooperl Arc Atlantique est traversé depuis quelques semaines par un vent de fronde : plus de 300 éleveurs entendaient réclamer la révocation du conseil d’administration lors de l’Assemblée générale de la coopérative vendredi à Saint-Brieuc.

Lors de cette AG, fermée à la presse, un groupe de 308 éleveurs frondeurs sur les 3 000 producteurs adhérents de la coopérative, doivent soumettre au vote une liste pour un nouveau conseil. Selon les statuts, 10 % des adhérents suffisent pour procéder à cette éventuelle révocation.

Les contestataires, qui se présentent sous la dénomination « Les nouveaux coopérateurs », demandent notamment, dans leur programme consulté par l’AFP, le « retour au Marché du porc breton » (MPB) à Plérin (Côtes-d’Armor). Ce marché bi-hebdomadaire sert de référence au plan national pour fixer le prix d’achat du kilo de porc aux producteurs par les abattoirs.

Depuis plusieurs années, la Cooperl fixe directement le prix d’achat du porc versé au producteur sans tenir compte de la cotation au MPB. Pendant longtemps, relève un adhérent ayant requis l’anonymat, le prix payé par la Coopérative était supérieur à celui du MPB mais il se situe désormais quelques centimes plus bas, ce que lui reprochent des adhérents.

Ils veulent également « remettre l’éleveur au centre du projet coopératif » et dénoncent « un manque criant de démocratie et de transparence ».

Changer de ligne ? 

La direction s’affiche sereine. « Un débat interne est en cours sur la stratégie à mener dans les années à venir. Les adhérents devront décider si la coopérative doit poursuivre sur sa ligne actuelle ou si elle doit en changer », a-t-elle fait savoir en début de semaine. Le débat « sera tranché démocratiquement à l’occasion de cette assemblée », ajoute-t-elle.

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Un des moments clés de cette AG doit être l’examen de la résolution numéro 6 de l’ordre du jour. Celle-ci prévoit de considérer comme adhérents 1 660 membres supplémentaires de la coopérative, ce qui priverait de fait les 308 frondeurs des 10 % de voix requises. La direction a fait état très récemment de ces nouveaux adhérents, après l’annonce publique de la contestation interne.

Selon l’éleveur de la Cooperl, ces « nouveaux adhérents » sont en fait essentiellement d’anciens producteurs de porcs, par exemple retraités aujourd’hui, qui ne livrent donc plus d’animaux à la coopérative « mais ont conservé des parts sociales ».

L’adhérent souligne qu’à ses yeux, « il y a encore moins de démocratie dans d’autres coopératives » car la démocratie n’y est pas directe, selon le principe « un membre, une voix » comme à la Cooperl, mais elle « passe par des grands électeurs ». « Il est donc très difficile dans ces cas de faire sauter le CA ».

Les contestataires appellent à voter contre cette résolution car elle « diluera la représentativité des éleveurs de porcs au sein de la coopérative ». Si elle était adoptée, les éleveurs « auront beaucoup de mal à se faire respecter dans les années à venir », assurent-ils.

Cette fronde se déroule dans une situation économique très favorable pour les producteurs car, depuis plus d’une année, le cours du porc est à un niveau « jamais atteint depuis très longtemps ». Mais des inquiétudes planent cependant sur de possibles rétorsions de la Chine, premier consommateur mondial, dans la perspective d’une hausse par l’Europe des droits de douane sur certains produits chinois.

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Contrairement à d’autres acteurs de la filière, la coopérative, basée à Lamballe (Côtes d’Armor), leader français de la production porcine en France, présente la particularité de traiter le porc depuis l’éleveur adhérent qui lui livre ses animaux jusqu’au produit fini, viande à la découpe ou charcuterie.

Outre ses 3 000 producteurs adhérents, la Cooperl compte 7 700 salariés sur 30 sites industriels, principalement dans le Grand Ouest. La coopérative « présente un résultat à l’équilibre », selon la direction, avec un chiffre d’affaires de 2,921 milliards d’euros en 2023 contre 2,79 en 2022.



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