En Corse, Bonifacio scrute la chute des empires avec une biennale d’art


Parfois, à travers une fenêtre depuis la caserne Montlaur, on aperçoit la mer, bleue, verte, et le soleil qui darde les falaises de calcaire. La vue est renversante, les nuages moutonnent l’azur. Cet ancien bâtiment militaire désaffecté depuis une trentaine d’années est le point culminant de De Renava #2, la deuxième édition de la biennale d’art contemporain qui investit plusieurs lieux au cœur de la citadelle de Bonifacio, des sites désertés emplis de poésie telle une vieille citerne où jaillit une vidéo chargée d’eau de Bill Viola.

À l’initiative de cette manifestation, on trouve des amis d’enfance, Prisca Meslier et Dumè Marcellesi, aidés de leur copain Basile Isitt, ayant à cœur de remettre la fière cité de la pointe sud de la Corse sur la carte du monde de l’art. Pari réussi dès la première édition en 2022, où De Renava a fait sensation auprès des touristes et des insulaires en dévoilant notamment un impressionnant vortex noir d’Anish Kapoor (Descension).

Ruine et décadence en 50 œuvres d’art

Youssef Nabil, In Love, Denver

Youssef Nabil, In Love, Denver, 2012

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Impression gélatino-argentique colorée à la main • 100.4 × 138.4 × 3.9 cm • Coll. particuli • Courtesy Galerie Nathalie Obadia / © Youssef Nabil

Les empires naissent, et ils meurent, avant de se refonder. Ainsi va le cycle de l’histoire depuis que le monde est monde. Bastion qui fut la cible convoitée de nombreuses puissances, les républiques de Pise, de Gênes, d’Aragon, la fière Bonifacio sait de quoi elle parle. Placée sous le titre le palindrome « Roma Amor » (à lire dans les deux sens donc), la jeune biennale a convié une vingtaine d’artistes internationaux pour scruter les mécanismes à l’œuvre dans la chute des empires avec quelque 50 pièces. On y croise notamment de fameux noms de la scène contemporaine tels Shirin Neshat, Blanca Li, Youssef Nabil, Kehinde Wiley, mais aussi des artistes corses.

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On passe d’une citerne à une chapelle ou une boîte de nuit

Laurent Grasso, Soleil Noir

Laurent Grasso, Soleil Noir, 2014

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Film 16mm en boucle • 11 minutes 40 secondes • Coll. particulière • © Adagp, Paris 2024

Le mollet ferme, prenez le temps, et dans le sens qu’il vous plaira, d’arpenter les ruelles étroites de la vieille ville pour découvrir ce parcours en six étapes. En conjuguant culture et patrimoine autour d’œuvres d’art contemporain, d’installations en vidéos, en passant par la sculpture et la peinture, de l’Antiquité à nos jours, De Renava offre une traversée dans le temps qu’il vaut le coup de se frayer cet été parmi les milliers de touristes. Par exemple, dans la chapelle Saint-Barthélémy, suivez le chien perdu dans les ruines de Pompéi comme Laurent Grasso et sa caméra dans Soleil Noir. Le même artiste a aussi installé une série de tempera version contemporaine dans les sous-sols d’une ancienne boîte de nuit, L’Agora.

Graffiti et fresque vidéo

La Caserne Montlaur à Bonifacio vue depuis la calanque de la Catena

La Caserne Montlaur à Bonifacio vue depuis la calanque de la Catena

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L’identité bonifacienne se joue aussi tout là-haut, face à la mer. Dans l’ancienne caserne Montlaur, un portrait de Napoléon Bonaparte, prêté par le palais Fesch d’Ajaccio, rappelle que l’île est bien sûr le berceau de l’empereur.

Ensuite, sur trois étages, et 5 000 m2, on glisse entre mythes antiques et art contemporain, entre décadence et émancipation, vandalisme et héroïsme, ruine et fondation, thèmes pensés en miroirs pour cette biennale. Ce qui amène à découvrir dans une impressionnante installation aux airs de fin de règne, les moulages antiques graffités par Alexandre Bavard, avant de déboucher sur les signes tagués par la jeune Eneri autour d’un « caprice » de ruines, et enfin sur un précieux collage de Jean-Michel Basquiat, passé maître vandale.

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Dans le noir, on se laisse transporter en contemplant la longue fresque vidéo décadente du groupe AES+F sur la Septième Symphonie de Beethoven (Allegretto), puis on ira regarder de près les colonnes ioniques de Sergio Roger recouvertes de coussin de lin usé. « Tout doit changer pour que tout reste comme avant », écrit Giuseppe Tomasi di Lampedusa dans son Guépard (1958) adapté au cinéma par Luchino Visconti. L’histoire en marche se joue aussi à rebours.

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De Renava – Biennale de Bonifacio #2

Du 10 mai 2024 au 2 novembre 2024

www.derenava-art.com



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