À Deauville, une passionnante réflexion sur le japonisme


Pour commencer, un peu de contexte : il y a plus de 150 ans, après des siècles d’isolement, le Japon s’ouvre au commerce avec l’Occident, sous les menaces des États-Unis. L’Europe découvre alors l’imagerie d’une culture lointaine et exotique qui bouscule ses codes traditionnels. Les estampes de l’ukiyo-e (« image du monde flottant ») gravées sur bois dévoilent des compositions originales et asymétriques, des couleurs vives, des sujets tirés de la nature et du quotidien…

Vincent van Gogh, Claude Monet ou Eugène Boudin commencent à en collectionner et nombreux sont les friands de kimonos, paravents ou masques de théâtre vendus, entre autres, dans la fameuse galerie du marchand Siegfried Bing (1838–1905). Le japonisme est né.

Une fascination née au milieu du XIXe siècle

Leur regard s’élargit ainsi aux villes frétillantes qui vibrent sous la lueur des candélabres, aux cadrages zoomés sur la nature, aux femmes figurées dans leur intimité. En France, les voilà qui prennent la pose, se parent de kimono en s’admirant dans un miroir, agitent leur éventail exotique comme sur la toile verticale de Jacques-Émile Blanche (1861–1942). C’est donc la fascination des impressionnistes pour cette nouvelle iconographie qu’illustre cette exposition-événement aux Franciscaines, grâce à des prêts exceptionnels de la Bibliothèque Nationale de France ou du musée d’Orsay, mais aussi du Mori Art Museum de Tokyo, un musée d’art contemporain japonais de renommée internationale dont la quarantaine d’œuvres présente dans le parcours « nourrissent des réflexions sur la modernité, le paysage, la place de la femme… » nous explique Annie Madet-Vache, la directrice du musée.

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Jacques-Emile BLANCHE, La Dame à l’éventail

Jacques-Emile BLANCHE, La Dame à l’éventail, Vers 1885

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Parmi elles, les paysages capturés par Naoya Hatakeyama (la série « Rikuzentakata ») après le tsunami de 2011 (rappelons-nous La Grande Vague de Kanagawa, iconique estampe du début des années 1830 d’Hokusai). Désolés, ils illustrent parfaitement l’importance du vide dans l’art japonais – cette absence, cet autre « plein », qui provoque une véritable révolution visuelle pour les artistes du XIXe siècle… En témoigne la tentative d’épure d’Auguste Renoir (1841–1919), un coucher de soleil à Guernesey brossé vers 1893 de couleurs pastel.

Le témoignage d’un dialogue interculturel foisonnant

Les cadrages, les formats, les sujets, les contrastes… Tout est source d’inspiration : Claude Monet construit même son propre jardin japonais à Giverny, le sculpteur Auguste Rodin (1840–1917) s’inspire des masques féminins du théâtre nô, envoûté par leurs sourires et leurs joues rebondies… L’infinie richesse de l’art nippon se célèbre ici, d’Hiroshige (1797–1858) à Mari Katayama (née en 1987), en passant par Yayoi Kusama (née en 1929) dont une œuvre immanquable complète le parcours : Dots Obsession (1998), une pièce recouverte de miroirs où flottent des ballons couverts de pois blancs évoquant la touche fragmentée de Vincent van Gogh. On s’y sent en effet comme dans une version pop et hallucinatoire de La Nuit étoilée (1889)…

Morimura YASUMASA, Une Moderne Olympia, détail

Morimura YASUMASA, Une Moderne Olympia, détail, 2018

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© Tokyo, Mori Art Museum Collecton, photo Muto Shigeo

À l’instar de ce symbole d’un dialogue interculturel foisonnant, on retiendra aussi cette Moderne Olympia de Yasumasa Morimura (né en 1951), détournée de la toile d’Édouard Manet : « La véritable synthèse de l’exposition », selon la directrice. Cette étonnante revisitation fait l’affiche du parcours en plus de l’ouvrir : travestie, provocatrice et éternelle, elle tourne en dérision les clichés réducteurs qui découlèrent du japonisme. Brillant.

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Mondes flottants, du Japonisme à l’art contemporain

Du 22 juin 2024 au 22 septembre 2024

www.indeauville.fr



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