Aux Rencontres d’Arles, Harry Gruyaert flâne à travers le monde


C’est jour de fête à Boom, en Belgique. Devant le pas de porte des maisons, les femmes se rassemblent avec les petits dans leur landau. Le soleil brille, de gros ballons flottent dans l’air chaud. On croirait presque entendre le joyeux murmure d’une fanfare. Harry Gruyaert est là pour immortaliser cet instant d’insouciance populaire.

Cette scène familiale, teintée de surréalisme avec ses grands parapluies qui ne sont évidemment pas sans évoquer Magritte, est l’une des étapes du voyage auquel nous convie le photographe à la chapelle du Méjan, à Arles. Avec la commissaire Géraldine Lay, il y revisite 60 ans de carrière dans le cadre des Rencontres de la photographie.

Harry Gruyaert, Carnaval, Anvers, Belgique

Harry Gruyaert, Carnaval, Anvers, Belgique, 1992

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© Courtesy de Harry Gruyaert et de la galerie Fifty One, Anvers

Il était temps, aurait-on envie de s’exclamer. Car si les occasions de découvrir son travail ont été relativement nombreuses – en 2019 à l’hôtel des Arts de Toulon, puis en 2023 au Bal –, le photographe, membre de l’agence Magnum depuis 1982, n’avait encore jamais bénéficié d’une exposition d’envergure dans le « in » du prestigieux festival arlésien.

Déambulation dans les villes

« Si on a souvent célébré les compositions d’Harry Gruyaert et sa maîtrise de la couleur, on a moins souligné la place que ses déambulations accordent au citoyen anonyme. »

Géraldine Lay

De ses Flandres natales à Tokyo, en passant par Moscou, Ouarzazate, Las Vegas ou Paris, Harry Gruyaert a passé sa vie sur les routes, au point qu’on pourrait aisément le surnommer le « photographe aux semelles de vent ». Mais c’est un autre poète qu’il convoque en ouverture du catalogue de l’exposition, publié chez Textuel : Baudelaire qui, dans Le Peintre de la vie moderne (1863), esquissait en ces mots le portrait du flâneur : « Pour le parfait flâneur, pour l’observateur passionné, c’est une immense jouissance que d’élire domicile dans le nombre, dans l’ondoyant, dans le mouvement, dans le fugitif et l’infini. Être hors de chez soi, et pourtant se sentir partout chez soi ; voir le monde, être au centre du monde et rester caché au monde, tels sont quelques-uns des moindres plaisirs de ces esprits indépendants, passionnés, impartiaux, que la langue ne peut que maladroitement définir. »

Harry Gruyaert, Waterloo, Belgique

Harry Gruyaert, Waterloo, Belgique, 1981

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© Courtesy de Harry Gruyaert et de la galerie Fifty One, Anvers

Les mots de Baudelaire donnent le ton de cette monographie, intitulée « A Sense of Place ». Car, comme le souligne Géraldine Lay en introduction, « si on a souvent célébré les compositions d’Harry Gruyaert et sa maîtrise de la couleur, on a moins souligné la place que ses déambulations accordent au citoyen anonyme ». C’est donc à une véritable promenade méditative à travers les villes des quatre coins du globe que nous embarque cet infatigable voyageur de 84 ans. Sur les cimaises colorées, les scènes urbaines se succèdent comme autant de plans d’un film muet et le photographe s’impose en chroniqueur inspiré de la vie moderne.

Influences bigarrées du cinéma et de la peinture

À mille lieues du sensationnalisme de ses confrères photojournalistes, son objectif s’attarde sur la banalité du quotidien, qu’il magnifie grâce à un sens de la composition parfaitement maîtrisé et à ce goût de la couleur qui deviendra sa signature. Influencé par le pop art découvert aux États-Unis, il tourne définitivement le dos au sacro-saint noir et blanc dès la fin des années 1960. Longtemps cantonnée à la publicité, la photographie en couleur avait alors mauvaise presse auprès des grands noms du médium. Harry Gruyaert a largement contribué à lui rendre ses lettres de noblesse, dans le sillage des grands coloristes américains comme William Eggleston, Joel Meyerowitz et, bien sûr, Saul Leiter, autre magicien du cadre.

Harry Gruyaert, Old Dehli, Inde

Harry Gruyaert, Old Dehli, Inde, 1985

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© Courtesy de Harry Gruyaert et de la galerie Fifty One, Anvers

Si le cinéma a profondément façonné son regard, les références à la peinture sont tout aussi nombreuses : ici, des silhouettes solitaires dignes d’Edward Hopper ; là, une foule d’anonymes comme surgie d’une fête flamande à la Brueghel ; plus loin, de grandes enseignes colorées au graphisme pop qui auraient sans doute inspiré Andy Warhol… Dans les cafés comme dans les aéroports, sur un trottoir ou dans un train, le monde devient un immense théâtre où se tissent mille et une histoires qui ne demandent qu’à être inventées.

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Harry Gruyaert. A sense of place

Du 6 juillet 2026 au 4 octobre 2026

www.rencontres-arles.com

Harry Gruyaert. A Sense of Place

Catalogue de l’exposition
Éd. Textuel. • 112 p. • 39 €





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