Armé de son nettoyeur haute pression, un influenceur mène la guerre aux tags dans les rues de Rome


Salarié d’une entreprise privée de nettoyage, l’homme de 28 ans s’emploie bénévolement, mais avec l’autorisation de la municipalité, à faire disparaître les graffitis qui parsèment la capitale.

Centimètre par centimètre, le jet à haute pression fait disparaître l’énorme tag aux couleurs criardes : c’est la seconde fois en deux semaines que Valerio Tuveri, pistolet en main, nettoie ce mur d’enceinte d’un parc historique de Rome, ville envahie par les graffitis. En combinaison blanche intégrale, casque sur les oreilles et masque de travaux protégeant son visage, le bénévole pulvérise du sable sur l’inscription en grosses lettres apparue il y a quelques jours.

Il s’emploie à faire disparaître le slogan tagué sur une portion du mur d’enceinte, tout juste rénové, du jardin public de la Villa Sciarra, situé entre Monteverde et le très touristique quartier de Trastevere. On peut lire « ACAB  », acronyme de « All cops are bastards », « Tous les flics sont des salauds ». « J’en suis à ma deuxième intervention» sur ce mur, explique à l’AFP Valerio Tuveri, qui attribue à des antifascistes du quartier ce graffiti apparu depuis le décès d’Abderrahim Fakir, ressortissant marocain de 42 ans, mort au cours d’une arrestation en juillet à Bologne (Émilie-Romagne). Les circonstances de son décès sont l’objet d’une enquête judiciaire et ont provoqué une vague de colère après la diffusion d’images tournées par des témoins.


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Ludovic, l’éboueur parisien star des réseaux sociaux

Valerio Tuveri, jeune homme de 28 ans connu sur les réseaux sociaux comme « le gars qui nettoie Rome » alias « Mr Tuvs », poste depuis plusieurs mois des vidéos de ses interventions, réalisées à titre gracieux, en accord avec la ville de Rome. À l’instar de Ludovic Franceschet, 50 ans, l’éboueur star de la ville de Paris qui diffuse ses conseils et ses interventions sur les RS, Valerio Tuvari a commencé à publier ses vidéos à l’été 2024, alors qu’il nettoyait les hauts murs des berges du Tibre, à l’occasion du Jubilé, « année sainte » de l’Église catholique. « J’ai nettoyé huit kilomètres de murs », affirme le jeune homme aux quelque 80 000 abonnés sur Instagram et 70 000 sur TikTok.

Depuis, cet employé d’une entreprise privée spécialisée dans le nettoyage et la restauration des monuments, statues et fontaines, a fait des émules, notamment à Brescia (Lombardie). « C’est la plus grande satisfaction, car on voit que le message se propage, se félicite-t-il. Depuis que je publie ces vidéos, les gens ont commencé à considérer les graffitis comme un problème. Avant, ils étaient tellement habitués à les voir (…) que c’était normal pour eux, mais quand ils ont découvert la beauté qui se cache derrière un mur tagué, ils ont commencé à réfléchir à mon travail et à les considérer d’un mauvais œil. » « En théorie, le graffiti devrait apporter de l’art à quelque chose qui n’en a pas. Mais si Rome est déjà de l’art, alors ça n’a aucun sens », conclut Valerio Tuveri.

« Des caméras, beaucoup de caméras »

Emilia Del Monte, guide touristique de 26 ans qui vit dans le quartier, est de cet avis. Les tags ? « Cela n’a aucun sens artistique ; beaucoup se cachent derrière l’excuse du message politique, alors qu’en réalité il n’y a rien de politique », tranche-t-elle. « Quand je travaille avec des touristes, ils me demandent pourquoi ce quartier est rempli de graffitis », ajoute-t-elle en déplorant que ces inscriptions soient devenues « une caractéristique » de Trastevere, quartier autrefois très populaire de Rome mais devenu très touristique et branché aujourd’hui.

Selon Valerio Tuveri, le phénomène des tags, qui recouvrent monuments, maisons, véhicules, trains ou encore rideaux métalliques de Rome, s’est amplifié ces dernières années. Outre les campagnes de sensibilisation, il faut des « peines sévères », des « amendes salées et des caméras, beaucoup de caméras », juge-t-il. De janvier à début juillet, selon la police municipale, plus de cinquante personnes ont été dénoncées dans la capitale italienne pour dégradation et destruction de bâtiments.

Le bénévolat ne peut pas et ne doit pas se substituer de manière permanente aux responsabilités des institutions

Stefano Marin, adjoint municipal à la ville de Rome

S’il salue l’engagement de Valerio Tuveri, qui montre que « la participation des citoyens peut représenter une ressource extraordinaire », Stefano Marin, adjoint municipal chargé des Politiques environnementales et des Relations avec les citoyens, estime que « le bénévolat ne peut pas et ne doit pas se substituer de manière permanente aux responsabilités des institutions ». « Rome doit faire face quotidiennement à des milliers d’interventions de maintenance, de nettoyage et de remise en état, avec des ressources économiques et opérationnelles nécessairement limitées par rapport à l’étendue du territoire et à la fréquence des actes de vandalisme », complète l’adjoint.


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Outre l’installation de caméras de vidéosurveillance dans les zones les plus touchées, l’adjoint propose la mise en place d’un crédit d’impôt national pour compenser les dépenses engagées par des citoyens, associations ou entreprises qui restaurent l’espace urbain.



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