Vol des toilettes en or de Cattelan : deux hommes jugés coupables


Elles s’intitulent America. Ces toilettes en or massif 18 carats en parfait état de fonctionnement, imaginées en 2016 par l’artiste conceptuel italien Maurizio Cattelan (auteur de la fameuse banane scotchée Comedian) qui les avait fait fabriquer dans une fonderie florentine, avaient été installées dans l’un des lieux d’aisance du Solomon R. Guggenheim Museum de New York, où les visiteurs pouvaient réellement les utiliser.

Mais l’œuvre de 103 kilos, estimée à six millions de dollars, n’a jamais été retrouvée depuis son vol en 2019 dans un château anglais. Ce mardi 18 mars 2025, deux hommes ont été reconnus coupables de l’avoir dérobée et d’en avoir revendu l’or.

Le casse « le plus bizarre » du siècle

Filmés par les caméras de surveillance, les malfaiteurs font rouler au sol leur lourd (et absurde) butin jusqu’à leur véhicule avant de disparaître.

L’affaire commence en 2019, lorsque le Guggenheim prête le précieux siège au palais de Blenheim, à Woodstock, en Angleterre, pour une exposition temporaire d’œuvres de Cattelan. Là encore, les visiteurs sont autorisés à se soulager dans la rutilante cuvette. Le cadre cossu est à la hauteur de la démesure de l’objet : il s’agit en effet du monumental château baroque où naquit Winston Churchill (membre de la famille des ducs de Marlborough) et qui servit de lieu de tournage à de nombreux films, dont Barry Lyndon de Stanley Kubrick, Haute Voltige avec Sean Connery, Harry Potter et l’Ordre du Phénix, ou encore le James Bond Spectre de Sam Mendes.

Maurizio Cattelan, Amérique

Maurizio Cattelan, Amérique, 2016

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Toilettes en or 18 carats • Sculpture anciennement installée au Guggenheim Museum, New York • © Alamy / hémis

Mais le 14 septembre 2019, peu avant 5h du matin, un groupe de malfaiteurs, encapuchonnés et tout de noir vêtus, pénètre par effraction dans le palais en utilisant une voiture comme bélier pour défoncer la grille d’entrée, ainsi que des marteaux et des barres à mine pour briser l’une des fenêtres du bâtiment. À l’intérieur, les intrus démontent soigneusement le siège en or du système de plomberie, causant au passage une petite inondation. Filmés par les caméras de surveillance, ils font rouler au sol leur lourd (et absurde) butin jusqu’à leur véhicule avant de disparaître.

Jugés coupables du vol et d’avoir revendu l’or

En novembre 2023, quatre hommes sont inculpés pour le vol par le Service des poursuites judiciaires de la Couronne. En avril 2024, l’un d’eux, James Sheen, 40 ans, qui purgeait déjà une peine de 17 ans de prison pour divers vols, plaide coupable. Son ADN avait en effet été retrouvé sur un marteau abandonné sur les lieux du crime, ainsi que dans un véhicule volé utilisé pour l’opération, tandis que des centaines de fragments d’or avaient été détectés sur l’un de ses pantalons de jogging.

Mais il a fallu attendre le 18 mars 2025 pour que s’achèvent les trois semaines de procès de ses complices présumés. Si l’un des trois – un bijoutier londonien du nom de Bora Guccuk – a été acquitté, les deux autres, Michael Jones et Frederick Sines, dit Fred Doe, âgés respectivement de 39 et 36 ans, ont été jugés coupables. Le premier d’avoir participé au vol et à sa planification ; le second d’avoir œuvré à revendre l’or – qui, selon les autorités, a très probablement été fondu pour le disperser en plusieurs morceaux et rendre intraçable son origine frauduleuse.

Une satire des excès des ultra-riches comme Trump

Maurizio Cattelan

Maurizio Cattelan a qualifié ce casse de « l’un des plus bizarres » du siècle. L’artiste avait d’ailleurs été soupçonné par des amis et connaissances d’avoir orchestré lui-même ce vol, telle une performance qui aurait ajouté une dimension absurde à l’objet. « Espérons que ce verdict lave enfin mon nom », a-t-il plaisanté.

Souvent comparée au fameux urinoir de Marcel Duchamp (Fontaine, 1917), l’œuvre est surtout vue comme une satire des excès des ultra-riches, qui offre au « peuple » l’occasion de « souiller » en retour ce symbole de despotisme vulgaire. Selon le Guggenheim, ce « trône » rappelle la démesure des propriétés de Donald Trump, saturées d’objets et de robinetteries en or. Si bien qu’en 2018, lorsque la Maison-Blanche s’était vue refuser par le musée un prêt d’une peinture de Van Gogh, la curatrice Nancy Spector avait alors ingénument proposé au président, en guise de lot de consolation, de lui prêter America. Offre qui était restée sans réponse.





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