Le gouvernement va orienter 70 millions d’euros pour soutenir les secteurs les plus affectés par la hausse des prix de l’énergie liée au conflit au Moyen-Orient. Une réponse d’urgence, calibrée pour éviter d’aggraver un déficit public déjà sous pression.
Comment maintenir à flot des pans entiers de notre économie sans creuser davantage le trou béant du déficit public ? C’est l’exercice d’équilibriste auquel s’est livré ce vendredi soir le gouvernement, qui a annoncé lors d’une conférence de presse un «plan de soutien immédiat» aux secteurs les plus touchés par la flambée des prix du carburant, conséquence de la guerre qui fait rage au Moyen-Orient depuis un mois. Pêcheurs, agriculteurs mais aussi professionnels du transport routier : tous bénéficieront, pour l’instant pour le mois d’avril uniquement, «d’aides ciblées sectoriellement et mensuellement renouvelables», pour une enveloppe totale estimée à près de 70 millions d’euros. Une somme relativement modeste par rapport aux moyens déployés par nos voisins européens, et que les ministères piocheront dans leurs budgets respectifs.
Premiers concernés par ce dispositif d’aide d’urgence : les transporteurs routiers. Particulièrement fragilisées par la remontée des prix à la pompe, les TPE et PME du secteur se verront allouer une enveloppe de 50 millions d’euros. Concrètement, une remise de 20 centimes par litre de carburant sera accordée aux professionnels du secteur le mois prochain. Ils devront en faire la demande via un guichet, mis en place dans les prochains jours, le dispositif n’étant pas automatique. Objectif, selon Bercy : préserver la continuité du fret routier et lisser l’effet de la flambée des prix sur la trésorerie des transporteurs.
Les réactions ne se sont pas fait attendre de la part de plusieurs organisations de transporteurs routiers, qui étaient déjà déterminées à manifester leur mécontentement par des actions régionales à partir de ce week-end. «Les annonces gouvernementales ne sont ni à la hauteur, ni opérationnelles», a toutefois réagi dans la soirée Florence Berthelot, déléguée générale de la FNTR, plus ancienne organisation de routiers, dénonçant «une usine à gaz». L’Union des entreprises de transport et de logistique (TLF) a quant à elle regretté une «nouvelle politique du chèque» qui n’apporte qu’une «réponse strictement conjoncturelle».
Au secours des pêcheurs et des agriculteurs
Une aide de 5 millions d’euros sera par ailleurs dédiée aux pêcheurs, autres victimes collatérales du conflit au Moyen-Orient. Une enveloppe qui permettra aux professionnels du secteur halieutique d’obtenir un remboursement de 20 centimes par litre de carburant. La mesure est très attendue, alors que le prix du gazole maritime a augmenté de 80% en un mois. Là encore, le dispositif ne s’appliquera dans un premier temps que sur les factures du mois d’avril, et pourra être prolongé en fonction de la durée du conflit au Moyen-Orient.
C’est «un premier signal positif» et «une bouffée d’oxygène pour une partie de la flotte», ont commenté vendredi l’Association nationale des organisations de producteurs (ANOP) et l’Union des armateurs à la pêche de France (UAPF).
Pour les agriculteurs, enfin, le gouvernement activera cette fois un levier fiscal : le gazole non routier (GNR), un type de carburant utilisé notamment par les engins agricoles, sera exonéré de la totalité du droit d’accise, toujours sur le mois d’avril, pour un montant estimé à 14 millions d’euros. La suppression de cette taxe correspond à une baisse de 4 centimes par litre, selon le gouvernement, et permettra de «maintenir la compétitivité face aux concurrents européens». En parallèle, Paris compte demander, lors du Conseil européen du 30 mars, la suspension immédiate du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) sur les engrais, cette taxe qui s’applique aux produits importés très émetteurs de CO2.
Une mesure que les représentants du secteur n’estiment, là encore, pas à la hauteur des enjeux. «Donner à peine 4 centimes alors qu’on a eu une hausse de plus de 60 centimes par litre de GNR… c’est des miettes. Si j’étais moins poli, je dirais que c’est du foutage de gueule», a déclaré Luc Smessaert, un des vice-présidents de la FNSEA sur RTL. Le représentant du syndicat agricole a même a promis «des actions» si les agriculteurs n’étaient pas entendus par gouvernement.
Maîtriser le déficit public
Pas question, toutefois, de rouvrir grand les vannes de la dépense publique. Depuis Bercy, où il s’est exprimé ce vendredi soir en compagnie d’une demi-douzaine de ministres, le ministre de l’Économie Roland Lescure l’a répété : l’objectif est de «préserver la croissance tout en étant soucieux de chaque euro public dépensé». Le matin même, l’Insee publiait ses chiffres du déficit public français en 2025 : à 5,1% du produit intérieur brut, il s’avère moins élevé que prévu, le gouvernement tablant jusqu’ici sur 5,4%. Mais «quand on est à 5,1% de déficit, il n’y a pas de cagnotte», avait mis en garde le ministre dans la foulée, appelant à poursuivre, «quoi qu’il arrive», l’effort de maîtrise des finances publiques.
Lundi, le gouvernement avait annoncé de premières mesures de soutien à la trésorerie des secteurs des transports, de la pêche et de l’agriculture, mais sans aide directe à la pompe. Parmi ces mesures, figuraient des reports de cotisations sociales et un «étalement des échéances fiscales» pour les entreprises qui le demandent, ainsi que des prêts par Bpifrance, la banque publique d’investissement. L’Association nationale des organisations de producteurs (Anop) et l’Union des armateurs à la pêche de France (UAPF) avaient toutefois dénoncé «des mesurettes» et réclamé des actes «à la hauteur de la situation». La nouvelle salve de mesures annoncées vendredi vient compléter ce dispositif, en attendant une sortie de crise – pour l’instant plus qu’incertaine – au Moyen-Orient.
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