Steve Keene, « le Picasso des fans de musique » ou le peintre le plus prolifique au monde


Personne ne peut se douter que derrière les vitres opaques d’une bâtisse ordinaire de Greenpoint à Brooklyn, se cache le secret le mieux gardé des États-Unis. Et pourtant, c’est bien d’ici que Steve Keene inonde, depuis 1993, le marché de ses milliers de tableaux. Rebaptisé « le Picasso des fans de musique », le peintre n’a que faire de sa popularité croissante tout absorbé qu’il est par sa tâche.

Portrait de Steve Keene à son studio

Portrait de Steve Keene à son studio

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Levé 4h du matin, couché 20h, Steve travaille 6 jours sur 7, et ne prend que rarement des vacances. Est-ce la raison pour laquelle il a dépassé les 300 000 tableaux originaux peints ? Pas tout à fait. Pour atteindre ce chiffre stratosphérique, l’Américain a d’abord mis en place un procédé bien huilé. Dans son atelier se dresse ce qu’il appelle sa « cage », une structure circulaire grillagée de plusieurs mètres de haut, sur laquelle il accroche des panneaux de bois suspendus les uns aux autres. Pinceau à la main, il effectue ensuite les mêmes gestes avec la même couleur sur chacun d’entre eux. Le tour terminé, il change de couleur et reprend son manège en ajoutant des éléments à sa composition et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il décide que l’œuvre est terminée. Fascinante est sa façon mécanique de se déplacer d’une peinture à l’autre, sans jamais s’arrêter pour s’attarder sur les résultats. « J’aime l’idée de faire soixante peintures par jour et de les terminer, plus que l’idée d’essayer d’en faire une que je trouve parfaite », déclare-t-il.

Né en 1957, ce fan de musique reproduit essentiellement des pochettes d’albums emblématiques, de John Coltrane à Kraftwerk en passant par Patti Smith, David Bowie ou Nirvana, bien qu’il puisse peindre à peu près n’importe quoi, des reproductions d’Edward Hopper, les Clinton, ou John Wayne. Si son travail par superposition de couleurs successives rappelle le procédé de l’impression, c’est que Steve a obtenu son diplôme dans cette matière à la prestigieuse Université de Yale aux États-Unis. Mais s’il a côtoyé les meilleurs professeurs et connaît son histoire de l’art sur le bout des doigts, c’est plutôt du côté des artistes de l’art brut ou de la culture pop américaine qu’il identifie ses influences.

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Steve Keene, Pochette de l’album de Pavement : ‘Wowee Zowee’

Steve Keene, Pochette de l’album de Pavement : ‘Wowee Zowee’, 1995

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29,9 × 29,9 cm • © Photo de Daniel Efram – SKartBook

Morris Katz, un de ses héros, détient par exemple deux Guinness World Record, celui de l’artiste le plus productif au monde avec ses 280 000 peintures originales, devant Picasso (auteur de « seulement » 13 500 tableaux), et celui de l’artiste le plus rapide – il a réalisé un portrait d’enfant en moins de 30 secondes. Si Steve ne figure pas dans la liste c’est qu’il a été disqualifié par son procédé répétitif.

Un maître : le « facteur Cheval américain “

Mais le véritable maître à peindre de Steve, c’est le révérend Howard Finster, le « facteur Cheval américain  » qui a créé plus de 46 000 œuvres dictées par Dieu. Cet artiste de l’art hors norme s’est également fait un nom dans la pop culture en peignant des pochettes d’albums pour R.E.M. ou les Talking Heads.

Devenu un vrai marqueur de hype, Steve n’a pourtant pas succombé aux sirènes du marché.

Outsider par choix, Steve a lui aussi séduit les groupes de rock qui lui ont commandé des pochettes d’album originales comme Pavement [ill. plus haut], Silver Jews ou The Apples in Stereo. On retrouve aussi son travail dans la série télévisée High Fidelity (Hulu) avec Zoë Kravitz, ou lors de performances comme au Brooklyn Museum. Devenu un vrai marqueur de hype, Steve n’a pourtant pas succombé aux sirènes du marché et vend toujours ses peintures au prix imbattable de 9 € environ. « L’art doit rester accessible à tous. Je me base sur le prix d’une part de pizza ou d’un sandwich, c’est pour moi la juste valeur », explique-t-il.

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Portrait de Steve Keene dans son studio

Portrait de Steve Keene dans son studio

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S’il était possible jusque-là de commander ses peintures directement sur son site internet (par lot de six choisies au hasard), la forte demande lui a fait prendre du retard et il faut désormais s’inscrire sur liste d’attente. Pas question pour autant de se faire aider. Dans le pur esprit DIY, Steve veut continuer à tout faire tout seul : de la découpe de ses panneaux de bois à la vente, l’emballage et l’expédition de son travail.

The Steve Keen Art Book

The Steve Keen Art Book, 2022

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Relié, 265 pages • 29,9 × 29,9 cm • © Photo de Daniel Efram – SKartBook

En 2022, l’ensemble de son œuvre a été rassemblé dans le superbe ouvrage The Steve Keene Art Book, qui regroupe une collection tentaculaire de photos haute résolution des tableaux de l’artiste. De quoi consoler les plus impatients.

« The Steve Keene Art Book » de Daniel Efram

Éd. Hat & Beard • 265 p. • 90 $



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