Sophie Adenot, nouvelle star d’un tourisme spatial en plein décollage


Après sa sortie historique dans l’espace, la spationaute française incarne un nouvel imaginaire du voyage. Des séjours à Cap Canaveral aux projets d’hôtels en orbite, le secteur est sur une rampe de lancement.

Suspendue au-dessus de la Terre, Sophie Adenot a offert le 18 août une image de conquête spatiale aussi spectaculaire qu’intime. Deuxième Française à séjourner dans l’espace après Claudie Haigneré, elle est devenue, ce jour-là, la première à accomplir une sortie extravéhiculaire, et l’un des visages les plus populaires de l’aventure spatiale. La séquence avait la tension d’un direct : gestes millimétrés, calme apparent, souffle perceptible dans le scaphandre, toute de blanc vêtue, se confondant presque avec l’armature de l’ISS mais se détachant sur le ciel noir, au-dessus de l’atmosphère, notre planète Bleue dans le fond. L’image était parfois floue, les consignes restaient claires. Sophie Adenot devait, avec l’Américain Anil Menon, remplacer une antenne de communication défectueuse. La sortie a duré 6 h 23, en direct sur les chaînes de l’ESA et de la NASA, les agences spatiales européenne et américaine. Les astronautes ont achevé le démontage de l’antenne, sans pouvoir installer le nouvel équipement à cause d’un écrou récalcitrant. Mais Sophie Adenot doit effectuer une nouvelle sortie dans l’espace mardi 25 août pour installer l’antenne, offrant au public un nouveau rendez-vous.

En 2026, l’aventure spatiale a retrouvé une intensité rare, entre exploits habités, retour de la Lune et phénomènes célestes. Le 13 février, Sophie Adenot a décollé pour l’ISS. Dans le sillage de Thomas Pesquet, elle multiplie les échanges avec le public, via la télévision, la Cité de l’espace, les réseaux sociaux, nourrissant le désir d’ailleurs. Puis le 1er avril, au terme d’un suspense qui a duré plusieurs mois, la Nasa a donné son feu vert pour la mission Artemis 2, premier vol lunaire habité depuis 53 ans. Le lancement réussi à Cap Canaveral, en Floride, nous a donné la chair de poule et l’on a tremblé devant la chaîne de l’agence spatiale américaine en suivant le retour périlleux des quatre astronautes après leur grand huit autour de la Lune. Enfin, plus près de nous, l’éclipse solaire du 12 août a, elle aussi, déplacé les foules et ravivé le goût du spectacle céleste. Totale en Espagne et en Islande, elle n’a été visible en France que sous une forme partielle, mais spectaculaire. Leur forte exposition médiatique nourrit l’imaginaire dont se saisissent aujourd’hui les acteurs du tourisme spatial. Le secteur est en ébullition.

À Cocoa Beach, les gens se baignent les fusées décollent

Le 20 août, SpaceX a procédé à un lancement de satellites Starlink depuis Cap Canaveral en Floride, au moyen d’une fusée Falcon 9.
Sam Wolfe / REUTERS


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«À Cocoa Beach en Floride, les gens se baignent et les fusées décollent. J’ai vu cette vision futuriste de ce que serait l’espace», témoigne l’astronaute Michel Tognini lors d’une table ronde organisée dans les locaux de Nomade en Aventure, à Paris. Depuis 2019, cette agence de tourisme fondée en 1975 propose une gamme de voyages sur le thème de l’exploration spatiale, passion intime de son directeur, Fabrice del Taglia. Vingt-sept voyageurs français de tous âges, réunis par un même rêve pour le spatial, ont participé au dernier séjour organisé pour le lancement d’Artemis 2. Parmi eux, Aline Decadi, 45 ans, ingénieure à l’ESA où elle est responsable sûreté, fonctionnement et sécurité d’Ariane 6, est venue en simple passionnée. Sur le pas d’observation de Merritt Island, son émotion déborde. «Je viens pour être avec des gens comme moi, qui gardent cet esprit d’enfant », confie-t-elle au Figaro . Avant de poursuivre : «Le voyage de tourisme rend la science concrète et aiguise la curiosité. Tu veux des exemples concrets, on va te montrer des rovers, des robots, des morceaux de satellite, des navettes, des moteurs, comment ça se propulse dans le ciel, on te fait vibrer ». 

Au-delà de la technique, l’émotion permet de se laisser embarquer, comme au Kennedy Space Center, en Floride, le centre de lancement de la Nasa, aux multiples attractions immersives pour expliquer l’histoire et les enjeux de l’exploration spatiale. Mais passer de spectateur à voyageur reste l’exception : depuis Dennis Tito en 2001, une poignée d’ultrariches seulement ont atteint l’orbite. Parmi eux le cofondateur de Microsoft Charles Simonyi, qui a volé deux fois, l’ingénieure Américano-Iranienne Anousheh Ansari et Guy Laliberté, fondateur du Cirque du Soleil, parti à bord d’un Soyouz en 2009. L’offre s’est diversifiée avec SpaceX, Blue Origin — fondée par Jeff Bezos — et Virgin Galactic, même si leurs modèles et leurs destinations diffèrent.

L’espoir de commercialiser des vols orbitaux

Historique éclipse solaire le 12 août 2026 visible depuis l’Europe
NASA/Joel Kowsky / REUTERS

Alors, «le tourisme spatial, feu de paille ou horizon ultime du voyage ?». Nomade Aventure a organisé une table ronde pour en débattre avec les astronautes Michel Tognini et Jean-Pierre Haigneré, ainsi que Gilles Davidowicz, vice-président de la Société astronomique de France, qui assurait la modération. Leurs réflexions ont été consignées dans un livre de 21 contributions mêlant nouvelles de science-fiction, essais et interviews, Destination 2075 (Gingko éditeur), sous la direction de Fabrice del Taglia. Ce dernier raconte avoir longtemps caressé «l’espoir de pouvoir un jour commercialiser des vols orbitaux. Après tout, je n’étais pas le premier à y penser au sein du groupe auquel Nomade Aventure appartient, dit-il. En 2007, Voyageurs du Monde, premier agent agréé français de Virgin Galactic, avait lancé voyageursdanslespace.com afin de participer à cette aventure extraordinaire et offrir aux Français qui rêvent de devenir les prochains pionniers de l’espace, la possibilité de concrétiser leur rêve». Entre les retards de mise au point de l’appareil de Virgin Galactic et la prise de conscience des enjeux environnementaux liés à ces vols, le partenariat a fini par s’éteindre. Mais l’idée fait son chemin.

La fin programmée de l’ISS, autour de 2030, devrait accélérer l’émergence de stations commerciales appelées à prendre le relais, au moins en partie. Jean-Pierre Haigneré y voit «Une période de rupture :certaines compagnies sont en train de développer des stations spatiales conçues pour accueillir des touristes, avec des Hôtels de l’espace. Ils viendront là pour voir la Terre comme d’autres vont à Florence pour voir l’art de la Renaissance». Et d’évoquer les rêves les plus fous d’Elon Musk d’emmener des milliers de personnes sur Mars.

Cette projection se heurte toutefois à une objection décisive : l’empreinte environnementale du secteur. «C’est quand même complètement incompatible avec les préoccupations sur l’avenir de la planète», s’indigne l’éminent astronaute. Et à cette réserve environnementale s’ajoute un obstacle majeur : le prix. Depuis les 20 millions de dollars déboursés par Dennis Tito en 2001, la facture a certes baissé. Elle reste largement hors de portée. Selon Michel Tognini, les vols proposés par Virgin Galactic ou Blue Origin se situeraient aujourd’hui dans une fourchette de 300.000 à 500.000 euros. «On peut très bien envisager que quelqu’un veuille vendre sa maison pour faire un voyage dans l’espace, j’en connais qui l’ont fait pour faire le tour du monde en bateau», affirme-t-il. Avant de projeter un scénario lointain :


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«En 2050, on ira sur Mars. Ce qui fait que la Lune, en 2075, sera déjà un peu désuète et donc peut-être le terrain des touristes…». Mais l’astronaute rappelle aussitôt la limite du scénario : la propulsion actuelle, qu’il juge «polluante et très chère». Reste donc à savoir si le rêve d’orbite saura un jour surmonter ses trois pesanteurs : le prix, le risque et l’empreinte écologique.

Le tourisme spatial constitue pour beaucoup l’horizon ultime du voyage.
Mihail / ADOBE STOCK



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