Résultats d’essais – Plateforme Champfriand : combiner les leviers pour un désherbage durable – Grandes cultures


Décalage de la date de semis, travail du sol, allongement de la rotation, utilisation des plantes compagnes, désherbage mécanique… Étudier les effets de ces différents leviers agronomiques pour la gestion des adventices sur un système de cultures pluriannuel, telle est la mission que s’est donnée l’Alliance BFC avec la mise en place de la plateforme d’essais Champfriand il y a plus de 10 ans et dont BASF est partenaire depuis 2021. Ils nous partagent leurs enseignements.

Sur la première quinzaine d’avril, Alliance BFC (union des coopératives Bourgogne du Sud, Dijon Céréales et Terre Comtoise) et BASF France – Division Agro ont réuni de nombreux distributeurs pour présenter les résultats de la plateforme d’essais Champfriand, située à Fromenteau (Côte-d’Or) sur sols argilo-calcaires et dans un systèmecolza-blé-orge.

Ce dispositif unique de 8 systèmes de cultures pluriannuels en grandes bandes (13 x 80 m) a été mis en place par l’Alliance BFC il y a plus de 10 ans. Son objectif : étudier au long cours les effets de différents leviers agronomiques pouvant contribuer à gérer la pression des adventices, notamment vulpins et ray-grass, dans un contexte herbicide de plus en plus restreint.

Pour cette campagne 2023/24, la plateforme est implantée en blé tendre (variété Némo), l’occasion aussi de mettre à l’épreuve un nouvel herbicide racinaire de post-levée précoce qui sera homologué dans les prochaines années.

Huit systèmes de cultures à la loupe

Sur la plateforme, « les herbicides à l’automne offrent une efficacité comprise entre 75 et 95 % selon les conditions », explique Dominique Jonville, responsable filières grandes cultures et carbone au sein de BASF France. D’où « l’importance de trouver les bonnes combinaisons de leviers à adopter », étant donné le développement de résistances à certains herbicides foliaires.

Retrouvez l’itinéraire détaillé pour chacun des 8 systèmes de cultures étudiés :

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(© Alliance BFC/BASF)

Le décalage de la date de semis évolue avec le changement climatique

Parmi les leviers agronomiques déjà connus, les partenaires mettent notamment en avant le décalage de la date de semis, qui permet d’implanter la céréale dans une période de levée moins préférentielle pour les adventices et de cumuler un faux-semis au préalable.

Entre 2015 et 2023, « les essais ont montré une réduction en moyenne de 50 % de la pression graminées entre un système avec une date de semis classique et un autre avec une date de semis décalée ».

Cette année, 3 options sont comparées sur la plateforme : un semis de blé précoce au 26 septembre 2023, un premier décalage au 18 octobre et un second au 11 novembre, compte tenu de la forte pluviométrie automnale.

Sur ce point, « nos conseils agronomiques ont évolué depuis le début de la plateforme avec les effets du changement climatique, fait remarquer Vincent Vaccari, responsable technique de la plateforme et animateur du Club AgroEcos pour l’Alliance BFC. Au départ, les implantations tardives étaient difficilement envisageables dans le secteur. Quand on parlait de décalage de la date de semis, on pensait au 15 octobre, aujourd’hui on est plutôt autour du 25 octobre-1er novembre ».

« Afin d’anticiper les effets du climat sur les cultures, nous utilisons la modélisation mais cela reste très compliqué. Depuis 10 ans, on observe de fortes fluctuations. Chaque année est en réalité un enseignement », souligne Frédéric Imbert, directeur R & D de l’Alliance BFC.

Concernant le décalage de la date de semis, les équipes rappellent la préconisation d’augmenter la densité de semis pour « compenser les éventuelles pertes à la levée, même si avec le réchauffement climatique et des périodes de gel quasi inexistantes en octobre-novembre, cela n’est plus synonyme de perte de rendement, même sur le plateau Fromenteau situé à 550 m d’altitude ».

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Labour et allongement de la rotation

Autre levier évoqué : le labour qui, « pratiqué de manière périodique, peut être un rempart important face aux résistances et aux fortes pressions de graminées. L’enfouissement de leurs graines dans le sol permet d’activer le levier TAD (taux annuel de décroissance). Les graminées, ont, selon les espèces, une espérance de vie en dormance (stade graine) de 3 — 4 ans », précisent les équipes.

Taux annuels de décroissance des adventices en grandes cultures. (© BASF)

Sur Champfriand, « le labour occasionnel se montre efficace pour diminuer les pressions en brome stérile et dans une moindre mesure en vulpins ».

En lien avec le travail du sol, est aussi testé l’allongement de la rotation de référence colza-blé-orge, avec des cultures de printemps (tournesol, maïs et orge de printemps) pour casser le cycle des adventices et cela fait ses preuves :

(© BASF)

Quelque soit le levier mis en œuvre, les essais rappellent la nécessité d’un raisonnement à la parcelle. Exemple avec les plantes compagnes utilisées dans le cadre d’une stratégie de colza robuste (ici la féverole) : « elles ne permettent pas de réduire la pression des graminées de manière directe. L’association permet de faciliter la concurrence des adventices avec une fermeture de l’inter-rang plus rapide. BASF déconseille néanmoins cette pratique dans les situations de fortes ou très pressions adventices ».

Des stratégies à raisonner à la parcelle

Sur la plateforme, le désherbage mécanique a montré des bénéfices comme complément au désherbage chimique. Parmi les options testées, « c’est le passage de herse étrille à l’aveugle, quelques jours après le semis ou le binage de sortie hiver qui fonctionnent le mieux. À condition que ce dernier soit suivi d’une période sèche pour éviter tout risque de repiquage. La herse étrille a aussi l’avantage de permettre un débit de chantier élevé et de casser la croûte de battance si besoin ». Ces pratiques restent toutefois très dépendantes des conditions pédoclimatiques : sur cette campagne, aucun passage n’a été réalisé étant donné les semis tardifs et les conditions pluvieuses du printemps ».

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« Selon J-dispo, algorithme développé par Arvalis et permettant de calculer le nombre de jours disponibles pour le désherbage mécanique sur une échelle de temps donnée (météo x année), les équipes disposent en moyenne de 15 jours sur le site de Champfriand pour désherber mécaniquement les cultures. »

Outre les leviers agronomiques, BASF insiste aussi sur l’importance d’alterner les modes d’actions des herbicides pour préserver leur efficacité. « Face à la résistance des graminées à certains herbicides de la famille chimique des ACCases (groupe HRAC 1), il paraît indispensable de gérer les graminées à l’échelle de la rotation en utilisant des substances actives racinaires comme les chloroacétamides. Leur action racinaire permet un contrôle des graminées dès le début de leur cycle et évite toute compétition avec la culture ».

Champfriand est concerné par une population de vulpins sensibles. Sur le système de référence locale, colza-blé-orge en TCS et avec une date de semis classique, « on a volontairement exercé une pression de sélection sur les groupes HRAC 1 et 2. C’est l’exemple de tout ce qu’il ne faut pas faire », indique Vincent Vaccari. « Tout cela a provoqué l’apparition de vulpins résistants dès 2021 sur ce système… ».



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