Reportage – Depuis 2018, C. Lexteriat (36) a choisi le semis direct sous couvert – Grandes cultures


Au détour d’un tour de plaine entre agriculteurs, Cédric Lexteriat nous présente son exploitation et sa transition vers le semis direct sous couvert. La chimie reste un levier important mais le producteur de l’Indre travaille à la construction d’un système plus résilient pour limiter son usage.

Après son installation en hors cadre familial en 2012, Cédric Lexteriat a choisi d’engager en 2018 une transition vers le semis direct sous couvert« par conviction », « pour donner du sens à son métier », comme il l’explique.

L’agriculteur qui a également repris l’exploitation familiale derrière son père située à Thizay (Indre), est aujourd’hui à la tête de 670 ha, dont 620 en grandes cultures et le reste en fourrages. Il travaille seul mais et peut compter sur l’aide de son père retraité et son frère maraîcher notamment à la moisson. La ferme est composée de quatre sites différents, autour du corps de ferme, deux autres à une dizaine de kilomètres et le plus éloigné à environ 40 km, néanmoins sur chacun, le parcellaire est assez bien regroupé.

Un assolement diversifié et un parc matériel efficient

Blé, orge, avoine, colza, tournesol, ainsi que plusieurs cultures porte-graines (luzerne, trèfle d’Alexandrie, persil, fenugrec, coriandre) composent un assolement diversifié, « permettant notamment d’étaler les pics de travail sur la campagne ».

Même si le parc matériel est « assez restreint » du fait de ses pratiques, Cédric Lextériat a également choisi « d’investir dans ce qui était nécessaire pour assurer de bons débits de chantier, notamment l’automoteur, le tracteur de tête (220 ch) et la moissonneuse-batteuse ». Auparavant équipé d’un semoir Sprinter (Horsch), l’agriculteur s’est tourné l’année passée vers un semoir Vicsem de la marque Sème z’y bien. Car l’idée à terme est « d’être équipé de deux rampes de semis différentes ».

Le semoir Vicsem fait partie de la gamme de la marque Sème z’y bien, lancée par Victor Cointe, lui-même agriculteur dans la Nièvre. (© Terre-net Média)

Le Vicsem est « un semoir à dents de 7,2 m (15 cm d’écartement), très simple d’utilisation. Pour l’investissement, comptez 5 000 €/m environ, plus la trémie frontale, ici d’une capacité de 2 000 l », détaille Cédric Lexteriat. Si « le semoir à dents reste le plus polyvalent dans ce type de terres » pour l’agriculteur, il craint seulement un manque de rappui parfois pour les petites graines avec ce modèle.

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Changement global du système

Malgré son passage au semis direct, l’agriculteur conserve aussi du matériel de travail du sol sur l’exploitation, dont un fissurateur Actisol et un déchaumeur Compil (Duro). « Je ne veux pas être dogmatique. Je m’autorise un travail du sol si j’estime que c’est nécessaire (souci de structure du sol, enherbement trop important…) ».

En ce qui concerne le risque limaces, s’il est important cette année compte-tenu des conditions météo, Cédric Lexteriat estime que « la pression reste globalement moindre en semis direct qu’auparavant ». Il fait part en revanche d’une forte problématique mulots dans les parcelles en couverts permanents, ainsi que des soucis de taupins sur les zones sans gros couverts.

« Le passage au semis direct sous couvert implique aussi un changement global du système, j’utilise encore la chimie mais j’essaye de construire un système plus résilient pour limiter son usage », précise le producteur. Dans cet objectif, il a notamment « abandonné le recours aux traitements de semences depuis 6 ans ». Il observe cependant un peu de charbon nu cette année dans les orges d’hiver.

Si « la transition n’a ni résolu, ni accentué le salissement des parcelles selon Cédric Lexteriat, le recours aux herbicides reste nécessaire. Il évite en revanche l’utilisation des fongicides au maximum. « Sauf cette année, en lien avec la forte pression maladies de ce printemps, j’ai réalisé 1 à 2 passages à demi-dose selon les parcelles en blé tendre par exemple. »

L’agriculteur limite également l’utilisation des insecticides en général. Reste là aussi quelques exceptions, exemple sur céréales à l’automne : « je ne prends pas ce risque en raison du fort impact potentiel de la virose sur céréales à paille et du faible coût de l’insecticide. Le jeu n’en vaut pas la chandelle ! ».  Pour accompagner la réduction des phytos, le producteur travaille notamment avec des macérations de plante (ortie, consoude, prêle…), ainsi que des micro-organismes efficaces (EM) et des complexes d’oligo-éléments.

« Pourquoi une parcelle « fonctionne correctement » ou pas ? »

Cet hiver, Cedric Lexteriat a réalisé des analyses de sol avec Celesta-Lab. « Elles permettent d’identifier pourquoi une parcelle fonctionne correctement ou pas  », explique Astrid Cassaz, conseillère indépendante en agronomie (Astrid Agri Conseil). Exemple avec la comparaison de deux parcelles voisines, dans des argiles limoneuses du Berry :

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– Pour le champ « Villefavant », en luzerne porte-graines avec export de fourrages, « l’analyse ne soulève pas de déséquilibre apparent au niveau chimique. Le taux de MO est de 3 %, avec un bon équilibre entre MO libre et liée, même si on est plutôt sur la moyenne basse. Ces matières sont disponibles pour le fonctionnement de la vie du sol (C/N corrects). Mais le compartiment microbien est très peu développé (biomasse microbienne : 305 mgC/kg de terre sèche). Cela joue sur la minéralisation du carbone et de l’azote, globalement faible ».

D’après l’experte, « la parcelle manque de matière facilement dégradable pour faire en sorte que ce compartiment microbien se développe et que la minéralisation du carbone et de l’azote soit efficace ».

– Le contexte est différent dans la parcelle voisine nommée « L’allée » : elle est en semis direct depuis 5 ans, avec restitution de paille depuis 3 ans et a reçu un trèfle avant l’analyse (entre le 15 juin et le 10 octobre 2023). « Le taux de MO s’élève à 5,3 %, les niveaux de matière organique libre (0,9 %) et liée (4,5 %) sont élevés, mais il y a un déséquilibre entre les deux en faveur de la matière libre (court terme), note Astrid Cassaz. Ces matières sont disponibles pour le fonctionnement de la vie du sol (C/N correct). Le compartiment microbien est bien développé et en proportion (biomasse microbienne : 718 mgC/kg), la minéralisation du carbone est correcte. Toutefois, rapportée au total de matières organiques, celle-ci est faible. Cela serait dû à une trop grande stabilité des matières organiques. Côté azote, la minéralisation est bonne ».

Le tour de plaine organisé par Astrid Cassaz a réuni des agriculteurs de l’Indre et de la Vienne notamment, une occasion d’échanger sur des problématiques communes. (© Terre-net Média)

Ainsi pour cette parcelle, l’experte recommande de « conserver la restitution des pailles et l’apport par les couverts. Il faut aider les micro-organismes à dégrader les matières trop stables afin d’améliorer le fonctionnement de la minéralisation de la parcelle. Cela passe par des apports de fientes sur les couverts et aussi du travail du sol si besoin. Les apports de compost sont à proscrire dans cette parcelle. Idéalement, il faut pouvoir trouver du BRF ou du fumier à apporter pour donner plus de carbone minéralisable. Au niveau chimique, continuer à localiser du phosphore dans la ligne de semis ».

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Pour la parcelle Villefavant, Astrid Cassaz insiste sur le besoin de « restituer les pailles et faire des couverts afin d’apporter du carbone minéralisable pour la vie microbienne, le tout peut être accéléré avec des apports de fiente sur les couverts à hauteur de 2 t/ha. À plus long terme, il conviendra également d’envisager de trouver un produit pour remonter les niveaux de MO liée et libre. Idéalement un produit avec un Ismo1 équilibré pour remonter les taux de MO libre et liée en même temps. Environ 150 t/ha fumier sont nécessaire pour ramener la parcelle à un taux de 3 % de MO liée. Cela équivaut aussi à un compost à hauteur de 61 t/ha. Si le choix s’oriente vers un compost, il faut veiller à utiliser un produit assez grossier dans lequel il reste encore de la matière organique non évoluée ».

Pour identifier si la minéralisation en azote est déficitaire comme l’annonce le laboratoire, la conseillère a également proposé de faire une bande de + 30 unités par rapport aux 154 prévues. Au niveau chimique, « il faut surveiller le niveau de pH des ronds limoneux qui peuvent avoir tendance à s’acidifier, et continuer à localiser du phosphore dans la ligne de semis », précise-t-elle.

Si ces analyses permettent d’identifier des blocages, Astrid Cassaz rappelle que « l’importance de bien connaître l’historique de la parcelle et des pratiques agricoles est fondamental pour émettre le bon diagnostic ».

1. Ismo : Indice de stabilité des matières organiques.



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