À Antibes, l’amitié entre le couple Hartung-Bergman et Terry Haass racontée


C’est une belle histoire, faite de rencontres amoureuses et d’amitié, comme seule la vie sait en écrire. Comment ? Miracle du coup de foudre. D’abord deux protagonistes : Hans Hartung (1904–1989) et Anna-Eva Bergman (1909–1987), un Allemand né à Leipzig et une Norvégienne de Stockholm, qui se tapent mutuellement dans l’œil dans un bal à Paris en 1929. Trois mois plus tard, suit le mariage, puis un grand voyage à Minorque en 1933. Cinq ans après cette lune de miel, les passionnés divorcent.

Chacun se remarie, trace sa route à part. Jusqu’à ce que les chemins se croisent de nouveau… Re-coup de foudre et remariage en 1957. Dans les années 1960, nos deux artistes décident de s’établir sur les hauteurs d’Antibes, dans un champ d’oliviers où niche leur atelier… C’était encore un coup de cœur.

Une maison-atelier à l’architecture moderne

L’atelier de l’artiste Hans Hartung conservé en l’état et visitable à la Fondation Hartung-Bergman

L’atelier de l’artiste Hans Hartung conservé en l’état et visitable à la Fondation Hartung-Bergman

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© Fondation Hartung-Bergman / Photo Stanislas Valroff

Aujourd’hui, cette maison-atelier de rêve, dont l’architecture moderne a été pensée par les maîtres des lieux, se visite librement. Depuis maintenant deux ans, la fondation Hartung-Bergman dévoile l’œuvre des artistes qui vécurent ici heureux (mais n’eurent pas d’enfant) jusqu’à ce que la mort les sépare à la fin des années 1980. Le clou du parcours réside dans l’atelier d’Hartung, qu’il faut absolument voir : une œuvre abstraite totale restée dans son jus, avec ses balais, ses branchages en guise de pinceaux, et ses murs maculés de couleurs que le maître projetait sur la toile à la sulfateuse.

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Durant tout l’été, sous l’impulsion de son directeur Thomas Schlesser, (également auteur à succès du roman Les Yeux de Mona), la fondation ouvre aussi une nouvelle porte dans l’intimité du couple Hartung-Bergman en invitant leur amie Terry Haass.

Le foisonnant dialogue de trois artistes

Car Terry Haass permet d’envisager « le partage du sensible », pour reprendre le titre de l’exposition emprunté au philosophe Jacques Rancière. Comme Hartung, Terry Haass, née Thérésa Goldman en 1923 en Tchécoslovaquie, a subi en tant que juive les tragédies du XXe siècle : son père a été assassiné par les nazis. Comme Bergman, rencontrée en 1951 en Norvège, l’artiste qui exerça le métier d’archéologue a souffert de la solitude d’être femme au milieu d’hommes.

Terry Haass, Fragments de Spitzberg (Fragments of Spitsbergen)

Terry Haass, Fragments de Spitzberg (Fragments of Spitsbergen), 2007

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Lithographie en couleur en hommage à Anna-Eva Bergman, Revue K, Paris • 22 × 31 cm • Coll. Fondation Hartung-Bergman, Antibes • © Fondation Hartung-Bergman

À la mort d’Anna-Eva, Terry Haass est d’ailleurs des rares à lui rendre hommage dans des collages, en lui érigeant un monument au Centre d’art Henie-Onstad d’Høvikodden près d’Oslo. Plusieurs photographies, extraits de catalogues et lettres témoignent des affinités du trio.

D’un point de vue technique, ou dans le choix des motifs, chacun s’inspire. De gestes affirmés en grattages affûtés avec des branchages, les estampes d’Hartung et de Haass paraissent se confondre. Dans une première salle, Bergman fait luire les feuilles de métal, avant de laisser les paysages fragmentés de Haass affleurer à la lumière. C’est un foisonnant échange amical qui nous est donné en partage.



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