Rapport gouvernemental – Une souveraineté agricole française établie, mais fragilisée – Politique et syndicats


Alors que le projet de loi d’avenir agricole présenté en conseil des ministres le 3 avril vise à affirmer la nécessité de renforcer la souveraineté agricole et alimentaire de la France, cette dernière fait également l’objet d’un rapport gouvernemental qui met en avant les atouts, mais aussi les fragilités de notre taux d’autosuffisance alimentaire.

Dotée de la plus grande surface agricole d’Europe et de rendements encore bons, stabilisés depuis le début des années 2000, la France reste souveraine en matière alimentaire et agricole, constate un rapport du Gouvernement daté du 31 mars 2024.

Pas d’impact des interdictions de produits phytosanitaires

Le rapport souligne l’absence de corrélation, à ce stade, entre évolution des rendements et interdictions de produits phytosanitaires. « La France compte par ailleurs parmi les pays qui autorisent le plus de substances actives au niveau européen : elle se situe au 4e rang avec 284 substances actives pour lesquelles au moins un produit est autorisé », précise le texte, ajoutant que les différences avec d’autres pays européens s’expliquent principalement par « l’absence de demande d’homologation de certains produits par les entreprises », les surtranspositions françaises ne concernant que certains néonicotinoïdes.

En revanche, les rendements souffrent de l’évolution des températures, et s’avèrent « de plus en plus soumis aux aléas climatiques, que ce soit le gel, la grêle, la sécheresse ou les inondations. Les projections scientifiques indiquent que la situation va se dégrader dans les prochaines années, avec un impact global sur les rendements variables selon les cultures ». Face à ce risque, plusieurs leviers seront déterminants, notamment l’accès à l’eau et le maintien de la fertilité des sols.

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L’excédent commercial cache certaines dépendances

Au cours des dix dernières années, « la balance commerciale agricole (produits bruts et transformés) est restée excédentaire et globalement stable entre + 7 et + 9 milliards d’euros », précise le rapport. Cependant, ces bons résultats sont liés à certaines filières (produits bruts, vins et spiritueux).

« Certaines filières conservent un taux d’auto-approvisionnement largement positif : blé, orge, colza, sucre ; à l’inverse certaines souffrent d’un taux d’auto-approvisionnement structurellement négatif : fruits & légumes, riz, soja ; pour d’autres enfin elles se dégradent : volailles, viande bovine, colza », résume le texte. En outre, certaines exportations sont dépendantes d’un seul pays tiers, en particulier la Chine pour ce qui est de l’orge, du lactosérum et de la crème. En parallèle, la balance en protéines végétales reste déficitaire.

Ainsi, « la France est autosuffisante (taux d’auto-approvisionnement supérieur à 95 %) pour 19 filières qui représentent 76 % de sa consommation totale en volume ; 6 filières ont un bon taux d’auto-approvisionnement (compris entre 75 % et 95 %) ; 6 filières souffrent d’une situation de dépendance aux importations (taux d’auto-approvisionnement inférieur à 75 %). Cette répartition est globalement stable sur la période 2010-2020 : le nombre de filières « dépendantes » étant passé de 5 à 6 en 10 ans » indique le rapport.

L’enjeu de la résilience économique des exploitations

Au final, maintenir cette souveraineté alimentaire reposera en partie sur la capacité des exploitations agricoles à générer du revenu afin de « renouveler les générations, en permettant d’investir pour innover, et en facilitant la prise de risque inhérente aux transitions agro-écologiques », rappelle le rapport.

Certaines filières souffrent également d’un défaut de compétitivité qui peut être lié aux charges sociales importantes, à la pression de la guerre des prix entre les enseignes, mais aussi à l’évolution à la hausse des intrants, massivement importés et dont il faudrait s’autonomiser, préconise le rapport.

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