Qui est Vittore Carpaccio ? Sa vie et son œuvre en 2 minutes


Vittore Carpaccio en bref

Peintre vénitien, épris de vérité, Vittore Carpaccio (vers 1465 – vers 1525) est un artiste profondément singulier de la fin du XVe siècle. Loin de chercher ses modèles dans l’antiquité, l’auteur de nombreux grands cycles place volontiers saints et saintes dans le cadre de la vie et de l’architecture vénitienne. L’œuvre de Carpaccio, peintre d’une grande minutie, maîtrisant à la perfection la perspective, connut une période d’oubli avant d’être redécouvert par le XIXe siècle, en particulier par Théophile Gautier et John Ruskin.

Portrait présumé de Vittore Carpaccio

Portrait présumé de Vittore Carpaccio

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Estampe • 16,5 × 11,5 cm • Coll. Bibliothèque Saint Geneviève, Paris • © Bridgeman Images

On a dit de lui

« Vittore Carpaccio fut un maître très habile et soigneux. Quantités de tableaux, de portraits, qui sont de sa main à Venise sont très estimés et regardés comme des œuvres excellentes de cette époque. » Giorgio Vasari

La vie de Vittore Carpaccio

Des débuts mystérieux

Nous ne savons quasiment rien du peintre qui serait né à Venise en 1465, d’un père probablement marchand de peaux. De son nom véritable Scarpazza, il aurait préféré prendre celui de Carpaccio pour signer ses œuvres. Le premier document attestant de son existence est le testament d’un oncle, daté de 1486, qui ne donne aucun détail susceptible de nous éclairer. Il n’existe, par ailleurs, aucun portrait ni autoportrait attesté de l’artiste. On suppose, par ailleurs, que Carpaccio a pu être l’élève de Gentile Bellini. Son style est également rapproché de celui d’Antonello da Messina. La date et le lieu de sa mort ne sont pas précisément connus.

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Un artiste travaillant pour les Scuole

À Venise, nous sommes en plein humanisme. Carpaccio travaille principalement pour des Scuole, des confréries mi-laïques mi-religieuses. Dans le cadre de ces commandes, il est le premier à utiliser régulièrement le support de la toile, par préférence à l’art de la fresque, et à donner une place majeure à la représentation d’architectures.

Le cycle de la vie de sainte Ursule

Entre 1490 et 1496, Carpaccio peint neuf tableaux représentant la vie de sainte Ursule pour la Scuola di Sant’Orsola. L’artiste s’était fondé sur le récit de la vie de la sainte, telle que codifiée par Jacques de Voragine au XIIIe siècle.

D’importants ensembles picturaux

Au début du XVIe siècle, Carpaccio travaille à un cycle consacré à la vie de différents saints pour la Scuola degli Schiavoni, puis à des « Histoires de la Vierge » pour la Scuola di Santa Maria degli Albanesi. Entre 1512 et 1520, Carpaccio réalise un cycle sur la vie de saint Étienne pour la Scuola di Santo Stefano. Le peintre était probablement aidé d’assistants pour concevoir et réaliser ces importants ensembles picturaux.

Vittore Carpaccio, La Prédication de saint Étienne

Vittore Carpaccio, La Prédication de saint Étienne, vers 1514

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huile sur toile • 148 × 194 cm • Coll. musée du Louvre, Paris

En contact avec l’art flamand ?

Carpaccio est connu pour ses œuvres ambitieuses, formant ou appartenant à de grands cycles, par opposition aux petits tableaux de dévotion. L’une de ses particularités serait d’être entré en contact avec l’art flamand, son principe narratif étant comparable à l’art de la tapisserie flamande. Cela dit, rien ne peut le prouver, pas plus que la réalité de déplacements en Orient. Relativement à son goût pour les architectures complexes, les chercheurs ont toutefois mis à jour la source probable de sa documentation ; les gravures de Reuwich représentant certaines villes orientales emblématiques. Carpaccio est connu pour situer les épisodes religieux qu’il peints dans des environnements de son temps, généralement inspirés de Venise. L’artiste maîtrise pleinement la perspective, l’espace étant géométrisé et structuré grâce aux représentations architecturales. On suppose même qu’il put être proche d’un mathématicien, Luca Pacioli.

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À l’origine d’un fameux plat de viande

En visite à Venise, Théophile Gautier s’extasiera au XIXe siècle devant son cycle de la vie de sainte Ursule, au même titre que Charles Blanc qui admire les têtes de jeunes fille « ingénues, fines, blondes, remplies de charme », ce qui contribuera à sortir l’artiste de l’ombre. Son nom est également passé à la postérité dans le domaine culinaire depuis que le chef Giuseppe Cipriani, fondateur du Harry’s Bar à Venise, servit au milieu du XXe siècle à une cliente un plat de bœuf cru tranché finement dont la couleur rouge vif évoquait la palette caractéristique de l’artiste : le carpaccio était né.

Carpaccio en 3 œuvres clés

Vittore Carpaccio, Le Miracle de la relique de la Croix au pont du Rialto

Vittore Carpaccio, Le Miracle de la relique de la Croix au pont du Rialto, 1494

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Tempera sur toile • 371 × 392 cm • Coll. Gallerie dell’Accademia, Venise • © Bridgeman Images

Miracle de la relique de la Croix, 1494
Document célèbre sur la vie urbaine à Venise de la fin du XVe siècle, cette œuvre représente une vaste assemblée sur le pont du Rialto et à ses abords. Ce pont emblématique de Venise était, à cette époque, en bois. Une loggia pleine de personnages figure sur le côté gauche du tableau. L’artiste montre une maîtrise extrême de la perspective et des raccourcis. Cette œuvre fut réalisée pour la Scuola di San Giovanni Evangelista, dans le cadre d’un grand projet iconographique sur le thème de la sainte Croix, confié à Gentile Bellini et Carpaccio.

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Saint Georges et le Dragon, 1502
Pour la corporation des Dalmatiens, Carpaccio réalise un ensemble de sept peintures dont trois sont dédiées à la vie de saint Georges. Il est ici représenté dans un épisode célèbre, en duel contre un dragon dont il triomphe en le transperçant de sa lance. Le but ? Délivrer la princesse représentée sur la droite. La bravoure de saint Georges se manifeste d’autant plus que les lieux sont particulièrement hostiles, le sol étant jonché de cadavres et de créatures.

Vittore Carpaccio, Vision de saint Augustin

Vittore Carpaccio, Vision de saint Augustin, 1502

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Huile sur toile • 141 × 210 cm • Coll. Scuola degli Schiavoni, Venise • © Bridgeman Images

Vision de saint Augustin, 1502
Carpaccio représente ici un cabinet d’érudit à la Renaissance, rempli de livres et d’objets scientifiques, mais aussi le thème du songe du saint. Augustin, à sa table de travail en train d’écrire une lettre, tourne la tête vers une fenêtre d’où irradie une lumière surnaturelle. Il vient d’avoir une vision : saint Jérôme lui annonçant sa mort prochaine. Entre matérialité et immatérialité, saint Augustin symbolise les liens entre l’érudition sacrée et le christianisme.



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