Raphaël Arnault sort du silence près de deux mois après la mort de Quentin Deranque


Après près de deux mois de silence, le député insoumis Raphaël Arnault reprend la parole, alors que l’enquête sur la mort de Quentin Deranque vise plusieurs de ses proches.

Près de deux mois après la mort de Quentin Deranque, militant identitaire mortellement agressé le 14 février dernier par des militants antifascistes, en marge d’une conférence de Rima Hassan à Sciences Po Lyon, Raphaël Arnault a choisi de sortir de près de deux mois de silence. Le député LFI du Vaucluse et fondateur du mouvement antifasciste La Jeune Garde a accordé ce mercredi matin à Blast sa première longue interview depuis le drame, dans un entretien présenté par le média comme un moment de «retour dans l’arène politique et médiatique».

Le choix du cadre n’est pas neutre. Blast, média «indépendant» revendiquant une ligne éditoriale tournée vers « l’investigation», «les luttes sociales», «l’égalité des genres» et «l’antiracisme», souligne lui-même qu’il donne rarement la parole à des responsables politiques. C’est pourtant dans ce format favorable que l’élu insoumis a décidé de livrer sa version, alors que son silence depuis la mi-février était devenu un sujet politique en soi.


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«Je n’étais pas présent, évidemment, sur les lieux»

Car depuis la mort de Quentin Deranque, l’affaire a largement dépassé le seul terrain judiciaire. Plusieurs proches de Raphaël Arnault ont été mis en cause dans l’enquête ouverte pour homicide volontaire, dont un collaborateur parlementaire poursuivi pour complicité par instigation. De quoi placer durablement le député au centre de la tempête, bien au-delà de ses brèves publications sur les réseaux sociaux. Dès le début de l’entretien, Raphaël Arnault tente de justifier cette longue absence médiatique par la nécessité de reprendre son activité d’élu. «Le fait qu’aujourd’hui je décide de prendre la parole, c’est très simple, c’est pour une raison évidente, c’est-à-dire de poursuivre mon mandat de député», avance-t-il. L’élu dit avoir reçu «énormément de messages», mais aussi des «menaces de mort», qu’il met en avant pour expliquer, au moins en partie, son retrait. Une manière, aussi, de se replacer dans la séquence comme cible d’une violence politique et médiatique qu’il estime avoir subie.

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Raphaël Arnault assure n’avoir pas totalement disparu. «Alors déjà ça n’a pas été un silence total, j’ai eu des prises de parole très brèves à travers mes réseaux sociaux», plaide-t-il, rappelant avoir évoqué «l’horreur de la mort d’un homme, d’un jeune homme». Reste que l’entretien marque bel et bien sa première prise de parole développée depuis le drame. Pour expliquer ce silence prolongé, le député invoque la crainte d’une escalade. «Je n’avais pas la sensation que de prendre la parole dans ce moment serait très opportun pour apaiser les choses», dit-il, affirmant avoir redouté «qu’il y ait une violence qui s’embrase dans le pays». Là encore, l’élu insiste longuement sur le climat de menaces et sur le risque d’embrasement, au risque de se présenter avant tout comme pris dans un engrenage qui le dépasse.

Mais le cœur de sa défense est ailleurs : Raphaël Arnault cherche surtout à renverser l’accusation politique portée contre lui depuis février. «À peine l’affaire avait éclaté, qu’on ne connaissait pas vraiment les circonstances, qu’ils reprenaient tous unanimement (…) la version donnée par des néonazis», affirme-t-il. Par cette formule, le député tente de délégitimer d’emblée le récit qui s’est imposé dans le débat public après la mort de Quentin Deranque. Il vise à la fois ses adversaires politiques, une partie des médias, et plus largement tous ceux qui ont établi un lien entre ce drame, l’antifascisme militant et son propre entourage.

Jacques-Élie Favrot n’«est pas quelqu’un qui souhaite la mort d’autres personnes»

Il insiste d’ailleurs sur le fait qu’il n’était pas sur place. «Je n’étais pas présent, évidemment, sur les lieux. Je n’étais pas au courant, évidemment, de ce qui allait se produire, de ce qui s’était produit», martèle-t-il, renvoyant à la justice le soin d’établir les responsabilités pénales. Dans le même mouvement, Raphaël Arnault prend la défense de Jacques-Élie Favrot, son collaborateur parlementaire mis en cause dans l’enquête. «Je me doute, évidemment, que ce n’est pas quelqu’un qui souhaite la mort d’autres personnes», affirme-t-il, sans s’attarder davantage sur les éléments du dossier.

L’entretien prend ensuite un tour plus politique et idéologique. L’élu dénonce «l’inversion des valeurs» et «la confusion» qu’entretient selon lui l’extrême droite, qu’il accuse d’imposer ses catégories et ses thèmes dans le débat public. «La confusion, c’est une stratégie même voulue par l’extrême droite», soutient-il. Raphaël Arnault ne se contente pas de défendre son silence ou son entourage. Il cherche aussi à replacer l’affaire dans un récit plus large, celui d’un antifascisme qu’il présente comme attaqué, caricaturé et assimilé à tort à la violence politique. Dans cette logique, il attaque frontalement le profil de Quentin Deranque, qu’il décrit comme un jeune homme qui «traînait dans les pires milieux néonazis», évoquant aussi «des propos ignobles sur Simone Veil, des propos antisémites, des propos islamophobes».



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