Phytosanitaires – L’UE épinglée sur l’évaluation des risques phytosanitaires


Dans un rapport du 26 avril, l’agence européenne de l’environnement (AEE) dénonce les lacunes de l’évaluation des risques des phytosanitaires, et leur utilisation trop importante en Europe. L’agence appelle à accélérer la transition agroécologique de l’agriculture européenne.

Selon l’Agence européenne pour l’environnement, l’UE peine à réduire les effets des intrants agricoles sur les milieux naturels et la santé humaine. Des efforts considérables seraient requis pour atteindre l’objectif du plan «  zéro pollution ». L’organisation livre son analyse dans sa publication du 26 avril intitulée «  Comment les produits phytosanitaires affectent la santé humaine et les écosystèmes en Europe »

« Le secteur agricole européen repose toujours sur une utilisation massive de pesticides pour assurer les rendements agricoles », selon l’AEE. En effet, l’agence explique que le volume des ventes des phytosanitaires est resté stable depuis les dix dernières années. Entre 2011 et 2020, les ventes de ces produits en Europe se sont élevées à environ 350 000 tonnes par an. En conséquence, les intrants agricoles se retrouvent à des taux de concentration élevés dans l’environnement.

Forte concentration dans les sols et les organismes

En 2020, des prélèvements effectués sur des lacs et fleuves en Europe, montrent qu’au moins un produit phytosanitaire dépassait le seuil réglementaire associé à un risque sanitaire. Les pesticides en cause sont l’imidaclopride, de la famille des néonicotinoïdes et le métolachlore. Les prélèvements relèvent une concentration de ces produits à hauteur de 22 %. En outre, une étude de 2019 indique que 83 % des sols agricoles contiendraient des résidus de pesticides. Une large enquête réalisée entre 2014 et 2021, en Espagne, Lettonie, en Hongrie, en République Tchèque, au Portugal et au Danemark révèle la présence d’ au moins deux pesticides chez 84 % des participants.

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La pollution liée aux phytosanitaires représente l’un des principaux facteurs de recul de la biodiversité, selon l’AEE. Ces substances sont notamment impliquées dans le déclin de certaines populations d’insecte, au détriment de leur fonction de pollinisation.

L’agence rappelle les risques de santé publique connus à ce jour dus à l’exposition à ces produits. A savoir, des maladies chroniques telles que les cancers, les maladies cardiaques, respiratoires et neurologiques ainsi que le retard de développement chez les enfants.

Une évaluation du risque « fragmentée »

L’AEE regrette la limitation des méthodes des tests des substances actives des phytosanitaires, de la disponibilité des données et des obligations de communiquer leurs effets indésirables. Ces conséquences sont parfois uniquement reconnues plusieurs années plus tard, selon une étude du conseil scientifique du SAPEA de 2018.

En outre, les substances actives dont l’approbation est en cours de renouvellement restent sur le marché, le temps d’une nouvelle évaluation du risque. Ce processus a conduit à l’interdiction de substances telles que la dimoxystrobine, fongicide appliqué sur le colza et le tournesol, après une utilisation prolongée. Par ailleurs,  la majorité des substances retrouvées en quantité excessive dans l’eau et les sols ne seraient plus autorisées au sein de l’UE.

L’agence déplore une évaluation du risque ignorant l’exposition cumulée et combinée aux produits sanitaires sur la santé humaine et les écosystèmes. Enfin, elle pointe du doigt les dérogations accordées par certains Etats membres de substances actives non approuvées par l’UE. En 2020, ces autorisations d’urgence ont concerné 13 000 tonnes de produits vendus en Europe, selon les chiffres communiqués par Eurostat. L’AEE relève le cas des dérogations répétées accordées par certains Etats pour des néonicotinoïdes interdits en Europe en raison de leur toxicité pour les abeilles.

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L’importance de la transition agro écologique

La Commission européenne avait défini deux objectifs de diminution du recours aux phytosanitaires en 2020 dans sa stratégie « de la ferme à la fourchette ». Une réduction de l’utilisation de l’ordre de 50 % des produits phytosanitaires et de 50 % des pesticides les plus dangereux. Cette démarche s’inscrit dans le pacte vert européen destiné à promouvoir une agriculture équitable, saine et durable.

L’organisation a récemment proposé une nouvelle réglementation pour un usage durable des phytosanitaires impliquant la mise en place d’objectifs nationaux de réduction de leur emploi. Le développement de solutions alternatives de lutte contre les nuisibles fait également partie de ces recommandations. L’anticipation et la proposition de nouvelles options rejoint les préoccupations des agriculteurs français face à cette problématique de réduction des phytosanitaires.

Outre une taxation plus lourde sur les pesticides les plus dangereux, l’agence européenne encourage surtout à une transition accélérée vers d’autres pratiques agricoles agroécologiques, comme le développement de cultures intermédiaires, l’agriculture de conservation des sols et la diversification des cultures pour favoriser la lutte naturelle contre les ravageurs.





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