Pénurie d’azote, arrêts de production – Les engrais et l’énergie, deux urgences pour la Coopération Métiers du grain


Si cette année, l’explosion des cours a permis de financer l’achat des intrants qui ont explosé, la conjoncture économique exceptionnelle liée à la guerre en Ukraine inquiète fortement la Coopération agricole Métiers du grain, qui redoute la fermeture d’entreprises et un manque de disponibilité en azote pour le printemps 2023.

« Les drivers, ce sont la géopolitique et Poutine, l’économie, mais les fondamentaux pèsent peu aujourd’hui sur les cours des céréales », constate Antoine Hacard, président de la Coopération agricole Métiers du grain. Si l’explosion des cours des céréales, après le 24 février 2022, a pu permettre de financer plus facilement des intrants dont le prix flambait, le contexte génère un certain nombre de difficultés pour les coopératives, a-t-il expliqué à l’occasion d’une conférence de presse le 11 octobre.

Ainsi, le fonctionnement du marché à terme « oblige à avoir accès à des liquidités importantes », indique-t-il. De plus, « nos adhérents ont pris de l’avance dans la commercialisation de leurs céréales et ont déjà couvert une partie de leur production 2023 pour éviter l’effet ciseaux », précise Antoine Hacard, qui ajoute que pour le moment, le matif 2023 est « à bon niveau pour financer nos coûts de production mais il ne faudrait pas qu’il baisse ».

Un risque : que les entreprises s‘arrêtent

En parallèle, la crise économique est source d’inquiétude vis-à-vis des transformateurs et des clients. « Est-ce que la demande va tenir le choc ? », s’interroge le président de la Coopération agricole Métiers du grain. Car avec des prix du gaz et de l’électricité multipliés par quatre, « la clientèle industrielle rationne déjà ses achats », poursuit-il. Sans compter que beaucoup d’entreprises voient leurs contrats d’énergie arriver à échéance fin décembre 2022 et vont devoir en négocier de nouveaux, alors que les prix sont au plus haut.

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Pour passer le cap, Antoine Hacard demande, comme la majorité des organisations des secteurs agricole et agroalimentaire, des mesures d’urgence : bouclier énergétique, et accessibilité plus effective aux aides de paiement des factures énergétiques des entreprises. « Le risque, c’est que ces dernières s’arrêtent faute de pouvoir passer les hausses de l’énergie », alerte le président de la Coopération agricole Métiers du grain, qui ne craint pas les coupures d’énergie mais bien des arrêts de production liés à un coût de fonctionnement trop élevé des entreprises.

Vers une pénurie d’azote au printemps 2023 ?

En parallèle, avec un coût des engrais qui a atteint 1 000 euros la tonne, et une disponibilité incertaine en lien, notamment, avec la flambée des coûts de l’énergie, l’organisation demande des mesures pour faciliter l’accès aux intrants. Ainsi, la Coopération agricole Métiers du grain souhaite que le gouvernement français autorise les entreprises hexagonales à reprendre le commerce avec l’usine EuroChem d’Anvers, usine dont le directeur et propriétaire est un millionnaire russe concerné par les sanctions européennes. Or, si les distributeurs français ne peuvent pas acheter à EuroChem, l’interdiction ne frappe pas tout le monde de façon équitable en Europe, dénonce Antoine Hacard. Or, « il y a un risque avéré de manque de disponibilité d’azote au printemps 2023 pour nos cultures, ce qui entraînerait une sous-fertilisation et une perte de rendement et de qualité, ou des changements d’assolements avec en face des problèmes de marchés et d’approvisionnement », prévient-il.

Dans ce contexte, les « tracasseries administratives » pour le stockage de l’ammonitrate haute densité apparaissent également malvenues. En effet, un renforcement de la législation pourrait rendre le stockage trop contraignant pour les agriculteurs et limiter davantage l’accès aux engrais. « Il n’y a pas eu d’incident significatif en France depuis plus de 20 ans et pourtant on nous complique la tâche sur le stockage de ce produit. Il n’y a pas d’urgence sur ce sujet, mais nous sommes disponibles pour y travailler », insiste Antoine Hacard.

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Un soutien indispensable pour accélérer la transition

La conjoncture n’empêche pas les coopératives de s’engager dans les transitions, qu’il s’agisse de réduire l’utilisation d’intrants et de produits phytosanitaires, de préserver la biodiversité, ou de réduire l’empreinte carbone. Néanmoins, l’accompagnement des pouvoirs publics reste nécessaire, explique Antoine Hacard, qui demande avant tout de la « cohérence » et du « pragmatisme » dans les politiques publiques. « On a failli perdre la filière betterave en un an et elle n’est pas sauvée », rappelle le président de la Coopération agricole Métiers du grain, également betteravier.

Les investissements seront par ailleurs nécessaires dans la production d’azote à base d’énergie renouvelable, puisque l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre des grandes cultures est lié à l’utilisation d’engrais. Enfin, « nous avons besoin d’investissements massifs dans la rénovation des outils logistiques », souligne Antoine Hacard, qui rappelle les problématiques récurrentes liées au manque de camions, de chauffeurs, de péniches, de trains.



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