Marché du blé – Les prix du blé sont, plus que jamais, en équilibre instable


Entre hausse de la population mondiale, environnement politique et économique mouvant, risques climatiques et conflits internationaux, les fluctuations devraient s’accroître sur le marché du blé, juge l’analyste Clément Gautier. Dans un contexte de charges élevées, il alerte sur le risque d’effet ciseau pour les agriculteurs et incite à sécuriser d’ores et déjà une marge.

L’équilibre sur les marchés du blé est plus fragile que jamais, et cela devrait continuer. C’est ce qu’a expliqué Clément Gautier, analyste des marchés des matières premières chez Horizon soft Commodities, le 7 octobre. Il était invité à une matinée d’échanges organisée par Agir-agri, regroupant des cabinets d’expertise comptable et d’avocats.

Pour lui, trois grands facteurs amplifient la tension et les fluctuations sur les marchés des matières premières. D’abord, la hausse de la population mondiale : « plus on est nombreux, plus on consomme et plus il faut produire. Cela rend les marchés plus nerveux ».

Ensuite, la hausse de la consommation mondiale de viande, qui implique une hausse de la consommation de céréales. Depuis 1991, elle a grimpé de 102,9 % toutes viandes cumulées, portée par la consommation chinoise de volaille.

Et enfin, la multiplication des accidents climatiques, qui affectent les rendements. « Il y a des inquiétudes sur la sécheresse au sud de la Chine, de grosses pluies sont attendues en Inde… De mauvaises conditions vont tendre les bilans ».

Plusieurs hausses graduelles depuis fin 2020

Le prix du blé a grimpé fin 2020 en raison « des craintes climatiques en Mer noire et d’achats massifs de la Chine ». Nouvelle hausse mi-2021, avec la dégradation des perspectives de production des huit exportateurs majeurs (liée surtout à la sécheresse au Canada) et de craintes inflationnistes.

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Cours du blé tendre Rouen Fob en €/t depuis mi-2020.ù (©TNC)

L’invasion de l’Ukraine par la Russie fin février 2022 a propulsé les prix sur des sommets. Au printemps, « la sécheresse en Europe, la lenteur des semis aux USA et le ban indien aux exports » sont venus apporter de nouvelles tensions.

Puis pendant l’été, les cours ont décru « en raison de la mise en place du corridor d’export ukrainien, et de craintes sur la demande ». Dès lors, à quelles tendances peut-on s’attendre pour les mois à venir ?

Difficile à dire. Ce qui est sûr, c’est que la production mondiale est l’une des plus importantes de l’histoire. Pour Clément Gautier, « cela devrait calmer le marché ».

« De moins en moins de blé chez ceux qui en vendent »

Mais des facteurs de tensions demeurent : « en face, ça consomme ! ». Et cette consommation dynamique devrait faire dégringoler le ratio stocks/consommation. « Il y a de moins en moins de blé chez ceux qui en vendent, résume l’expert. Si les huit principaux exportateurs mondiaux restent à ce niveau de tension, les prix vont rester hauts en 2023/24 ».

À plus court terme, la possibilité d’une fermeture du corridor maritime d’export des grains ukrainiens serait aussi de nature à faire remonter les prix.

Pour Clément Gautier, la situation actuelle des marchés du blé pose à l’échelle globale un risque de pression inflationniste et de pénuries. Plus que jamais, le blé se pose en arme géopolitique : forte d’un potentiel d’export énorme, « la Russie peut refuser de livrer à un pays jugé non ami ».

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Cette situation met aussi en avant le sujet de l’indépendance alimentaire. « La Chine et la Russie semblent avoir de vraies politiques pour assurer la subsistance de leur population », remarque un participant à cette matinée d’échanges, « en face, l’Union européenne s’est désengagée sur le sujet. Ce manque de stratégie, crée aussi de l’incertitude sur les marchés mondiaux ! ».

Avec la hausse des charges en agriculture, gare à l’effet ciseau

Pour la filière agricole, l’état des marchés du blé va notamment induire des fluctuations des prix et des bases, et des encours. « Au vu des fluctuations entre le marché à terme et Rouen, les organismes stockeurs risquent de marger pour prendre le moins de risques possibles », prévoit l’expert.

Côté agriculteurs, il alerte sur la hausse des charges et la possibilité d’un effet ciseau : « par exemple, vous achetez de l’azote cher, et entre le moment où vous utilisez l’azote et celui où vous récoltez le blé, les prix de vente du blé se mettent à baisser ».

S’il le pense « inévitable, cette année ou l’an prochain » au vu des niveaux de prix actuels, il préconise d’anticiper cet effet ciseau en sécurisant un revenu : « quand on a acheté de l’azote, il faut considérer une avancée de la commercialisation pour sécuriser cette marge qui existe, bonne ou pas ».

« Dans le cas où on pose des ventes, il faut chercher le point zéro pour supporter une potentielle forte chute des prix », conseillent les professionnels d’AgirAgri : « C’est important de préparer le moment où on sera moins bien ! ».





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