Louise Abbéma en 2 minutes


En bref

Grande amie de Sarah Bernhardt, Louise Abbéma (1853–1927) est une peintre et sculptrice française. L’artiste est connue pour ses portraits et, sur le plan personnel, pour avoir été une femme libre au sein d’une époque fortement dominée par le patriarcat. Peintre des comédiennes, la « Sarah Bernhardt de la peinture », ainsi qu’elle est parfois surnommée de son temps, eut son heure de gloire, autant pour ses œuvres que par son style vestimentaire décoiffant car Louise Abbéma portait des tailleurs masculins ! Amoureuse de Paris et des bords de mer, elle est aussi une paysagiste sensible qui se découvre des affinités avec l’esthétique et la modernité impressionniste.

Louise Abbéma en 1914

Elle a dit

« Un jour au Salon – j’étais une toute jeune fille – je vis Sarah Bernhardt à côté de moi. Elle regardait un tableau. Je fus séduite par cette ligne exquise, cette silhouette souverainement fine qui firent partie intégrante de sa personnalité ! Je fus prise de l’immense désir de faire son portrait ».

Sa vie

Des origines aristocratiques

Née à Étampes le 30 octobre 1853 (certaines biographies mentionnent la date de 1858), Louise Abbéma est surnommée « Louisette ». Petite fille rêveuse, elle grandit dans une famille aristocratique où règne l’étiquette et l’art de la conversation, mais aussi passablement désargentée. Elle est l’arrière-petite-fille d’une sociétaire de la Comédie-Française et de Louis de Narbonne, qui fut ministre sous Louis XVI. Louise Abbéma commence à dessiner dès sa plus tendre enfance. Sa mère, qui l’encourage, l’emmène vivre en Italie à l’âge de huit ans. Son père y conduit alors des activités en lien avec l’industrie. Revenue à Paris, la famille s’installe modestement rue Laffitte où la jeune fille organise son atelier. Peintre et sculptrice, elle est aussi excellente musicienne et possède une belle voix. C’est une lectrice passionnée.

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L’une des rares femmes à bénéficier d’une exposition particulière

Louise Abbéma est l’élève de Charles Chaplin, Carolus-Duran et Jean-Jacques Henner, autant dire de peintres très en vogue sous le Second Empire, connus pour leurs portraits et leur idéalisme. Elle expose pour la première fois au Salon de 1874 en présentant un portrait de sa mère. Louise Abbéma poursuit une belle carrière au Salon des artistes français (dont elle est sociétaire), se faisant notamment remarquée par Les Quatre Saisons, composition exposée en 1882. La peintre choisit pour incarner ses allégories des artistes de son temps (Blanche Barretta, Jeanne Savary, Sarah Bernhardt, Suzanne Reichenberg). En 1891, elle est l’une des rares femmes à bénéficier d’une exposition particulière dans une galerie parisienne (Georges Petit). Les 34 numéros exposés révèlent la variété de son talent : les portraits, bien sûr, mais aussi des panneaux décoratifs, des pastels, des éventails et des dessins. Louise Abbéma fait partie de la délégation des femmes artistes françaises à l’Exposition universelle de Chicago en 1893.

Une complicité avec Sarah Bernhardt

Au début des années 1870, Louise Abbéma choisit la tragédienne Sarah Bernhardt, jeune gloire de la scène parisienne, pour modèle. La peintre devient alors une artiste demandée par le milieu du théâtre. Les deux jeunes femmes entretiennent une amitié sur le long terme (certains parlent d’une histoire d’amour, sans que l’on en soit sûr) et Louise Abbéma portraiture maintes fois la star. La comédienne montre d’ailleurs elle-même des talents de sculptrice. Les deux femmes, complices, fondent la Société du doigt dans l’œil, à laquelle appartient aussi le peintre Georges Clairin.

Son atelier fréquenté par le tout-Paris

L’artiste a son atelier rue Laffitte, où l’on parle d’art et de théâtre. Elle y peint des portraits de comédiens et comédiennes, d’amis, de femmes du monde. Louise Abbéma est connue pour son mode de vie non conventionnel. Elle s’habille en faisant fi de la mode (portant des cols d’hommes, un veston sanglé, des cheveux courts), fréquente le monde des artistes dramatiques. « Parisienne endurcie », comme elle se qualifie elle-même, elle quitte rarement la capitale, sauf pour se rendre en Normandie où elle peint des marines et bords de mer. C’est aussi une peintre des fleurs, qu’elle détaille sur des panneaux et des éventails, se procurant ses modèles au marché de la Madeleine.

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Une fin dans l’anonymat

Parmi les rares femmes à être décorée de la Légion d’honneur, Louise Abbéma reçoit cette distinction en 1906. Au cours des dernières années, elle ne sort plus guère de son atelier mais continue d’exposer au Salon. Morte quatre ans après Sarah Bernhardt, elle disparaît dans une certaine solitude et dans l’anonymat. Elle ne s’est, en effet, jamais mariée et n’a pas eu de descendance. Décédée le 26 juillet 1927, elle repose au cimetière du Montparnasse.

Ses œuvres clés

Louise Abbema, Le Déjeuner dans la serre

Louise Abbema, Le Déjeuner dans la serre, 1877

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huile sur toile • 194 × 308 cm • Coll. musée des Beaux-Arts, Pau

Le Déjeuner dans la serre, 1877
Cette œuvre ambitieuse représente une réunion amicale dans le jardin d’hiver de l’hôtel particulier (rue Fortuny) de Sarah Bernhardt, que l’on aperçoit en robe blanche. Figurent également le librettiste Émile de Najac, les parents de Louise et la peintre elle-même. Louise Abbéma témoigne de sa grande maîtrise de la scène de genre contemporaine, associant personnages, natures mortes et décors. Elle s’inscrit pleinement dans le courant réaliste incarné par Édouard Manet à cette époque.

Louise Abbema, Portrait de Sarah Bernhardt dans le rôle de Marie de Neubourg

Louise Abbema, Portrait de Sarah Bernhardt dans le rôle de Marie de Neubourg, vers 1883

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huile sur toile • 28 × 23 cm • Coll. musée Carnavalet – Histoire de Paris • CC0 Paris Musées

Portrait de Sarah Bernhardt (1844–1923), sociétaire de la Comédie-Française, dans le rôle de Marie de Neubourg (Ruy Blas), vers 1883
Louise Abbéma fait, en 1871, la rencontre de Sarah Bernhardt. En 1875–1876, elle livre un portrait de la « divine » qui la fait connaître. S’en suivront bien d’autres, à l’image de cette toile datée de 1883. Ici, la comédienne à la voix d’or est représentée de quasi profil, dans son costume de scène porté pour la pièce Ruy Blas de Victor Hugo, rôle qui lui assura un grand triomphe en 1872. Sur les planches comme dans la vie, Sarah Bernhardt se comporte en véritable reine. Rappelée à la Comédie-Française et nommée sociétaire, elle décide de fonder sa propre compagnie en 1880 et sillonne le monde, parfois accompagnée de Louise Abbéma.

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Louise Abbema, Portrait de Jeanne Samary

Louise Abbema, Portrait de Jeanne Samary, 1879

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huile sur toile • 124 × 84 cm • Coll. musée Carnavalet – Histoire de Paris • CC0 Paris Musées

Portrait de Jeanne Samary, 1879
Sociétaire de la Comédie-Française, Jeanne Samary s’est spécialisée dans les rôles de soubrettes et de servantes dans les pièces de Molière. Ici, Louise Abbéma la portraiture dans la vie civile, loin des planches. Elle se distingue par son élégance. La taille fine, les mains jointes, la jolie jeune femme regarde avec vivacité le spectateur, comme prête à prendre la parole. Jeanne Samary fut également l’un des modèles d’Auguste Renoir.



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