Londres : 6 musées insolites à ne pas manquer


De passage à Londres, vous ne souhaitez pas vous contenter des incontournables National Gallery, Tate Modern et autre British Museum. Nous avons sélectionné pour vous six lieux méconnus à découvrir absolument dans la capitale britannique pour leur charme unique ou leur collection insolite.

De l’ancienne maison d’un architecte devenue caverne d’Ali Baba à celle au style orientalisant d’un peintre victorien, en passant par le cabinet du docteur Freud, une collection de restes humains ou une autre de chefs-d’œuvre de la peinture ancienne, et même un musée pour les enfants, il y en a pour tous les goûts. Let’s go !

1. Le plus troublant : le Hunterian Museum à Lincoln’s Inn Field

Les vitrines du Hunterian Museum

Les vitrines du Hunterian Museum

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Après cinq ans de fermeture, le Hunterian Museum, consacré à l’histoire de la chirurgie, a rouvert ses portes en mai 2023 avec un parcours renouvelé. Objectif : s’éloigner de l’image de musée des petites horreurs qui lui collait à la peau, et traiter les spécimens humains et animaux de ses collections avec les égards qui leur sont dus. L’exposition permanente plonge aux origines de la chirurgie, depuis les textes de l’Antiquité grecque et égyptienne. Les planches d’Evelyn – les plus anciennes planches anatomiques connues – sont particulièrement impressionnantes : confectionnées en Italie dans les années 1640 et acquises par le mémorialiste anglais John Evelyn, elles représentent à taille humaine les systèmes nerveux et circulatoires. Le musée nous rappelle également l’évolution extraordinaire des moyens chirurgicaux, depuis les conditions sanitaires douteuses de leurs débuts jusqu’à nos jours. Mais c’est surtout l’immense collection de restes humains et animaux, initiée par le chirurgien et anatomiste John Hunter (1728–1793) et étendue par le Royal College of Surgeons, qui fascine autant qu’elle dérange. Les spécimens furent acquis à l’époque selon des méthodes aujourd’hui impensables – certains éléments de la collection ne sont d’ailleurs plus exposés, comme le squelette de Charles Byrne, le « géant irlandais » dont Hunter avait récupéré le corps contre la volonté du défunt qui voulait qu’il soit jeté en mer. Y a-t-il une manière acceptable de montrer ce types de fonds aujourd’hui ? Cette question éthique est au cœur de la refonte du parcours du musée – à vous de juger.

2. Le plus foisonnant : le Sir John Soane’s Museum à Lincoln’s Inn Field

Salle des peintures du Sir John Soane’s museum à Londres

Salle des peintures du Sir John Soane’s museum à Londres

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John Soane (1753–1837) fut un architecte majeur en son temps. Membre de la prestigieuse Royal Academy de Londres où il étudia avant d’y enseigner, il fut mandaté pour la construction de plusieurs grands bâtiments publics, notamment la Banque d’Angleterre, chef-d’œuvre néoclassique détruit dans les années 1920. En 1792, il acheta une maison au cœur de Londres pour y abriter son incroyable et éclectique collection, accessible au public depuis sa mort. Le résultat est fascinant : au rez-de-chaussée, la « Picture Room », ou salle des tableaux, rassemble dans quinze mètres carrés pas moins de 118 œuvres exposées du sol au plafond et au-delà grâce à un ingénieux système de panneaux mobiles en bois. Les murs sont couverts de toiles de maîtres, de Canaletto à Turner, en passant par les dessins offerts à Soane par Piranèse.

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Salle du sarcophage de Séthi I<sup>er</sup> au Sir John Soane’s museum

Salle du sarcophage de Séthi Ier au Sir John Soane’s museum

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Un peu plus loin, l’espace pourtant exigu se fait musée de l’Antiquité : des morceaux de colonnes grecques côtoient des bouts de frontispices, des bronzes et des statues sous un dôme lumineux. Au milieu de ce dédale inattendu, se découvre, en contrebas depuis un balcon, le sarcophage du pharaon Séthi Ier ! John Soane a aussi imaginé une pièce envahie de vitraux, gargouilles et autres artefacts du Moyen Âge, tandis que son ancien bureau, caché dans une mezzanine, rassemble des maquettes d’architecture, réelles et imaginaires… Une visite riche en surprises !

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Sir John Soane’s museum

Ouvert du mercredi au dimanche de 10h à 17h
Londres, Royaume-Uni

3. Le plus psychanalytique : le Freud Museum à Hampstead

La façade du Freud Museum à Londres

La façade du Freud Museum à Londres

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Saviez-vous que Sigmund Freud (1856–1939) avait terminé sa vie à Londres, et que l’on peut aujourd’hui visiter sa maison devenue musée ? En mars 1938, quand Hitler annexe l’Autriche, Freud et sa famille s’exilent à Londres, contraints de fuir Vienne et la persécution nazie. En septembre, le médecin s’installe, avec sa femme Martha et sa fille cadette Anna, dans une maison de Hampstead, au nord de Londres. Contre toute attente, tous les meubles, livres et effets personnels de la famille sont apportés en Angleterre, permettant à Sigmund de reconstituer son cabinet viennois.

L’atelier de Lucian Freud au Freud Museum

L’atelier de Lucian Freud au Freud Museum

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© Freud Museum / Photo K. Urbaniak

Fasciné par l’Antiquité, il a amassé une impressionnante collection de plus de 2 000 statues et autres artefacts, exposés dans son bureau. Le mythique divan dans lequel s’allongeaient les patients du psychanalyste, de Vienne à Londres, est toujours là. Après sa mort, c’est sa fille, Anna, pionnière de la psychanalyse pour enfants, qui y vivra jusqu’à la fin de sa vie en 1982. On peut donc aussi découvrir son univers à travers son cabinet où figure notamment un dessin au pastel offert par son neveu, un certain Lucian Freud… Ce n’est pas le seul artiste représenté : Salvador Dalí, grand fan de Freud père, rencontra ce dernier à Londres par l’entremise de Stefan Zweig, et réalisa plusieurs portraits de son idole dont un est visible dans le musée. Le dernier étage est d’ailleurs dévolu à des expositions temporaires. Jusqu’au 14 juillet 2024, c’est l’influence de Freud en Amérique latine qui y est analysée.

4. Le plus chic : la Wallace Collection à Marylebone

Dans les salles de peintures de The Wallace Collection

Dans les salles de peintures de The Wallace Collection

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Située au cœur de Londres, dans le quartier cossu de Marylebone, la Wallace Collection abrite un des plus beaux éventails de peintures anciennes et d’arts décoratifs en Europe. Démarrée vers 1760 par Francis Seymour-Conway (1719–1794), premier marquis de Hertford, la collection fut largement alimentée ensuite par ses descendants. À la mort de Sir Richard Wallace (1818–1890), fils du quatrième marquis, sa veuve légua la maison familiale et son riche contenu à la nation britannique. Cet incroyable musée, ouvert au public depuis 1900, rassemble plus de 5 500 œuvres : on y trouve des peintures remarquables de maître tels Titien, Frans Hals (notamment son célèbre Cavalier Riant, 1624), Rembrandt, Vélasquez ou Canaletto, mais aussi des dessins, estampes, sculptures, meubles, céramiques, œuvres d’orfèvrerie, et même des armes ! Richard Wallace et son père étant francophiles, l’art français du XVIIIe siècle y est particulièrement bien représenté : Poussin, Watteau, Boucher, Fragonard… Parmi les chefs-d’œuvre de ce dernier, ne manquez pas Les Hasards heureux de l’escarpolette (1767–1769). Vous l’aurez compris, la Wallace Collection est exceptionnelle ; seule la National Gallery peut s’enorgueillir d’une plus belle sélection de peintures anciennes en Angleterre. Foncez-y !

5. Le plus envoûtant : la Leighton House à Holland Park

Arab Hall de la Leighton House

Arab Hall de la Leighton House

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© RBKC, Leighton House / Courtesy Dirk Lindner

Entrer dans l’ancienne maison du peintre anglais Frederic Leighton (1830–1896), c’est perdre ses repères : difficile de croire que l’on est en plein Londres, au bord du très élégant Holland Park, quand on découvre l’intérieur luxuriant de cette demeure aux airs de palais oriental ! Leighton, artiste prolifique reconnu de son temps, lança en 1865, sous l’égide de son ami architecte George Aitchison, la construction de sa « House Beautiful », qui tient plus du conte des mille et une nuits que du roman victorien. Il y réalisa de nombreuses extensions, dont un saisissant « Arab Hall » aux murs recouverts de carreaux syriens du XVIe siècle et de mosaïques inspirées de la grande mosquée des Omeyyades de Damas. Dans le « Narcissus Hall » voisin, Leighton fit poser de sublimes carreaux bleu turquoise créés par un contemporain, le céramiste William de Morgan. La maison, reconstituée grâce à des documents d’époque, abrite donc une foule de trésors chinés au gré des multiples voyages de Leighton, et de nombreuses peintures ; les siennes bien sûr, mais aussi celles de ses pairs.

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Escalier de la Leighton House

Escalier de la Leighton House

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© RBKC, Leighton House / Courtesy Dirk Lindner

On ne se lasse pas d’admirer son studio-cathédrale immense, ouvert sur le jardin. La maison, où il vécut jusqu’à sa mort en 1896, est désormais la propriété du Council de Kensington, qui organise au sous-sol des expositions d’artistes contemporains. Ne ratez pas en partant la fresque spectaculaire de onze mètres de haut, réalisée par l’artiste iranienne Shahrzad Ghaffari sur les murs du nouvel escalier hélicoïdal qui mène aux salles d’exposition. L’œuvre s’inspire d’un poème persan de Rûmî du XIIIe siècle, mêlant une fois encore les influences orientale et occidentale… La boucle est bouclée.

6. Le plus ludique : le Young V&A à Bethnal Green

Young V&A, le café Town Square et les escaliers

Young V&A, le café Town Square et les escaliers

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© Luke Hayes / Courtesy Victoria And Albert Museum, Londres

Après trois ans de travaux, l’annexe du Victoria & Albert Museum dédiée aux enfants a rouvert à Londres, en juin dernier. Le directeur du V&A, Tristram Hunt, s’enorgueillit de ce projet, pensé pour et avec les enfants et dont la mission est « d’inspirer la nouvelle génération grâce au pouvoir de la créativité ». Le musée, installé dans un immense bâtiment au hall d’entrée lumineux, s’ouvre sur un escalier hélicoïdal bardé de miroirs et s’organise autour de trois thèmes : le jeu, l’imagination et le design. Plus de 1 500 objets de la riche collection du V&A sont exposés, provenant du monde entier et couvrant une large chronologie ; le plus ancien (un hochet syrien) date de 2 300 avant J.-C. ! Le musée donne à voir le travail de nombreux artistes et activistes, comme David Hockney, Keith Haring, Chris Ofili, Olafur Eliasson, Issey Miyake ou Greta Thunberg, exposé aux côtés d’un théâtre de marionnettes italien du XVIIIe siècle, du balai magique d’Harry Potter ou encore de personnages mythiques de la pop culture, des Tortues Ninja à Superman en passant par Barbie. Chaque galerie propose des expériences interactives pour permettre aux enfants de s’immerger dans l’univers de l’institution en stimulant leur créativité. À ne pas rater si vous visitez Londres en famille.



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