l’invraisemblable histoire du faussaire William Toye


Avant d’avoir été la victime d’un faussaire sans scrupules, l’artiste afro-américaine Clementine Hunter (1886–1988) fut d’abord l’héroïne d’une success-story tout aussi romanesque. Après avoir longtemps travaillé dans les champs pour récolter du coton et des noix de pécan, cette petite-fille d’esclaves a vu son destin basculer alors qu’elle était employée de maison et cuisinière à la plantation Melrose, près de Natchitoches en Louisiane – l’une des plus grandes des États-Unis à avoir été construite par et pour des Afro-Américains libres.

À cette époque, la propriétaire des lieux, Cammie Henry, fréquente de nombreux artistes. En 1939, Clementine Hunter, alors quinquagénaire, emprunte le matériel d’une peintre de passage et l’utilise pour réaliser sa toute première œuvre sur des volets en bois. Dans un style naïf, l’autodidacte se met à signer des œuvres aux couleurs vives, souvent sur du bois de récupération.

L’incroyable succès d’une peintre autodidacte

Clementine Hunter chez elle

Clementine Hunter chez elle, 2014

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Coll. Schlesinger Library, RIAS, Harvard University

Outre des portraits et des natures mortes, elle compose des scènes témoignant avec fraîcheur de la vie quotidienne des Afro-Américains en Louisiane après l’abolition de l’esclavage, du travail dans les champs à la préparation des repas, en passant par la lessive et les cérémonies religieuses.

D’abord exposés à la plantation Melrose dans sa modeste case où elle les vend un dollar pièce, ces tableaux dits de « folk art » (art populaire) attirent peu à peu l’attention et prennent de la valeur. L’artiste finit par exposer au Delgado Museum (futur musée d’Art de La Nouvelle-Orléans) et se retrouve même invitée à la Maison-Blanche par le président américain Jimmy Carter. Moyennant un petit droit d’entrée, des visiteurs viennent la voir dans sa case et se faire prendre en photo avec elle. Décédée à l’âge de 101 ans, elle laisse derrière elle entre 4 000 et 5 000 peintures valant chacune plusieurs milliers de dollars.

Mais son travail, constitué d’aplats et de touches simples, fait d’elle une cible rêvée pour les faussaires. À partir des années 1990, des centaines de faux Hunter inondent le marché. Leur existence est découverte par un certain Tom Whitehead, professeur de journalisme à la retraite habitant à Natchitoches et très proche de l’artiste (qui le considérait comme son fils), au point d’être devenu un expert de son œuvre. Dans les années 2000, il tombe sur des « Hunter » achetés par des amis à un marchand d’antiquités de Louisiane, Robert Lucky. Immédiatement, ces œuvres lui paraissent louches…

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