Les grandes expos de ce printemps 2024 : Que valent-elles ? Notre avis !


À Paris, deux cartons annoncés viennent d’ouvrir leurs portes : d’une part, la rétrospective consacrée au sculpteur Constantin Brancusi au Centre Pompidou et, de l’autre, les 150 ans de la première exposition impressionniste avec « Paris 1874 – Inventer l’impressionnisme » au musée d’Orsay. Vous n’avez pas encore pu voir l’expo Invader ? Guettez la billetterie (affichant complet jusque début mai) : il se murmure que quelques créneaux pourraient ouvrir en nocturne !

Sinon, nous sommes aussi allés découvrir Jean Hélion au musée d’Art moderne de Paris et Théodore Rousseau au Petit Palais : des artistes qui gagnent à être connus ! De passage en Normandie ? C’est le moment de jouir de la foisonnante programmation du festival Normandie Impressionniste, grand temps fort du printemps et de l’été, et, en particulier, de l’invitation faite à Rouen au plus normand des Britanniques, David Hockney — l’entrée est gratuite !

« Brancusi » au Centre Pompidou

Vue de l’exposition « Brancusi » au Centre Pompidou. Au premier plan, trois sculptures intitulées « Le Coq »

Vue de l’exposition « Brancusi » au Centre Pompidou. Au premier plan, trois sculptures intitulées « Le Coq »

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© Centre Pompidou – Musée national d’Art Moderne © Succession Brancusi – ADAGP, Paris, 2024 / Photo Audrey Laurans Presse

Le pitch :
Grand maître de la sculpture ayant marqué l’histoire de l’art, Constantin Brancusi (1876–1957) est au centre d’une rétrospective très attendue, la dernière remontant à 1995. Le parcours de 400 œuvres comprend plus de 120 sculptures, mais aussi des photographies, dessins, films et documents d’archives. Un panorama de la carrière de l’artiste d’origine roumaine, de ses débuts à Paris en 1904 à l’âge de 28 ans, à ses succès, en passant par ses œuvres les plus controversées, telle sa Princesse X qui fit scandale en 1920.

Ce qu’on a aimé :
Scénographie de haute volée (signée Pascal Rodriguez) : on entre pleinement dans le processus de création de ce sculpteur novateur. En nous ouvrant les immenses portes de son atelier, que le musée reconstitue avant son déménagement, conséquence de la fermeture annoncée du musée pour cinq ans. Belle occasion donc d’admirer ce lieu de vie et de création (légué à l’État et conservé par Beaubourg depuis la mort de l’artiste), tel qu’il était impasse Ronsin dans le 15e arrondissement à Paris, jusqu’aux enceintes incrustées dans les murs pour garantir une bonne acoustique : une œuvre en soi ! Sublimées par le parti pris de la blancheur et de la clarté, les sculptures mythiques de l’artiste sont là : Le Baiser, La Muse endormie, La Prière… Posée sur un socle à roulement à billes, mue par un petit moteur, une version de Léda en bronze tourne sur elle-même. Pure poésie du mouvement. C’est là que l’artiste prend son envol… Avec sa ronde d’oiseaux qui semblent comme suspendus dans le ciel de Paris. Prenez le temps de respirer dans sa forêt de Colonne sans fin

Dommage :
Le Centre Pompidou réussit magistralement à jouer cette partition de l’épure. Seul regret du visiteur parisien trop pressé : manquer de temps pour apprécier un à un les nombreux documents, photographies, archives audiovisuelles… M.B.  

Du 27 mars 2024 au 1 juillet 2024

www.centrepompidou.fr

« Paris 1874 – Inventer l’impressionnisme » au musée d’Orsay

Claude Monet, Impression, soleil levant

Claude Monet, Impression, soleil levant, 1872

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Huile sur toile • 50 × 65 cm

Le pitch :
Il y a 150 ans, à Paris, se tenait sur le boulevard des Capucines à Paris, dans l’ancien atelier du photographe Nadar, la première exposition impressionniste. Parmi les 30 artistes exposés : Claude Monet, Paul Cézanne, Camille Pissarro, Auguste Renoir, Edgar Degas, Berthe Morisot et Alfred Sisley… Pour célébrer ce 15 avril 1874 qui fit date, le musée d’Orsay, qui détient la plus grande collection de ce mouvement pictural au monde, organise une exposition exceptionnelle, accompagnée d’une expérience de réalité virtuelle.

Ce qu’on a aimé :
Passé une intro sur le contexte de la guerre franco-prussienne de 1870, la Commune, et le Paris d’Haussmann, on est immédiatement happé par la somme de chefs-d’œuvre qu’on a vu maintes fois reproduits, dont de nombreux prêts exceptionnels venus de la National Gallery de Washington, coorganisatrice de l’expo. Le parcours cherche à déjouer les clichés sur l’impressionnisme, rappelant que l’expo fondatrice est à l’origine une modeste entreprise qui n’attira que 3 500 visiteurs et fut un échec commercial. Pour restituer l’ambiance, à défaut de photo et d’exhaustivité du catalogue originel de l’événement, les commissaires de l’exposition, Sylvie Patry et Anne Robbins, ont mené une véritable enquête.

Dommage :
Exit les period rooms à l’anglo-saxonne. Si vous vous attendiez à revivre la surprise des visiteurs en découvrant la première expo impressionniste de 1874 dans l’atelier de Nadar, il faudra repasser ! Ou plutôt, pour l’émoi, miser sur l’expérience de réalité virtuelle totalement bluffante qui accompagne cet événement (32 euros le billet avec accès à l’expo et aux collections permanentes). Car avec ses chefs-d’œuvre disséminés de salles en salles, on avoue perdre un peu le fil de notre reconstitution historique tant espérée – et ceci malgré la couleur rouge adoptée pour les cimaises, hommage trop subtil à l’expo de 1874. Le choix de nous surprendre avec une toute petite salle réservée à Impression, soleil levant (arrivant sur la fin du parcours) fait flop. On aurait aimé davantage entendre la voix de la critique, saisir le regard de l’époque (à peine esquissé) porté sur ces « révoltés » du tube de couleurs. Bien sûr, on aura senti le poids de l’écrasante peinture officielle dans la grande salle dédiée au Salon de la même année, celui qui « refusait » nos peintres d’avant-garde. M.B. 

« Invader Space Station », dans les anciens locaux de Libération

Le pitch :
Très attendue par ses (nombreux) fans, voilà la plus grande exposition jamais organisée sur le street artiste Invader. Ses célèbres petites créatures extraterrestres pixelisées qui, en 25 ans, ont conquis le monde, des rues des grandes capitales aux profondeurs sous-marines en passant par l’ISS (Station spatiale internationale), envahissent cette fois un immeuble parisien de neuf étages. Et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit des anciens locaux du journal Libération de la rue Béranger, installés dans un ancien garage automobile. Aujourd’hui en friche, l’édifice se transforme, sur 3 500 m2, en vaisseau spatial piloté par Fabrice Bousteau (rédacteur en chef de Beaux Arts Magazine et commissaire de l’événement) qui nous embarque pour un voyage dans l’univers foisonnant d’Invader.

Ce qu’on a aimé :
Le parcours jusqu’au sommet de l’immeuble en mode urbex, ludique et jalonné de surprises ! Tel un cosmonaute, le visiteur explore les vastes plateaux de béton brut comme autant de niveaux de jeu vidéo, chacun révélant un nouvel univers. Un étage est ainsi dédié à l’invasion des rues de Paris, retransmise en direct grâce aux images postées en continu par les utilisateurs de l’application FlashInvaders. Un autre est consacré aux clichés pris autour du globe des « Space Invaders » dans leur environnement ; un autre aux Kinder Toys, petites figurines que l’artiste collectionne compulsivement, ou un autre encore à ses réinterprétations d’images populaires en Rubik’s Cube. Au fil de la visite – plus riche qu’on aurait pu le croire –, se révèle une vue spectaculaire sur les toits de Paris qui, en prime, cache la 1 500e œuvre d’Invader. Perchée sur le Centre Pompidou, elles est visible grâce à une longue-vue touristique ! Point d’orgue de cette ascension cosmique, Invader a transformé, comme il l’avait fait en 2011 pour Libération, la terrasse dallée de l’édifice en mosaïque XXL visible depuis le ciel. On finit la tête dans les nuages !

Dommage :
Entre l’engouement pour l’événement, son tarif abordable et la jauge restreinte liée aux conditions de sécurité spécifiques à l’immeuble en attente de réhabilitation, tous les créneaux de réservation sont actuellement complets. Ne reste qu’à laisser ses coordonnées sur la billetterie en ligne dans l’espoir que de nouvelles places soient mises en vente prochainement… F.G.

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Invader Space Station

Du 17 février au 5 mai 2024

11 rue Béranger, 75003 Paris
11h à 19h en semaine ; vendredi jusqu’à 21h ; 10h à 20h le week-end
Tarif : 10 euros
Moins de 12 ans : gratuit
Si tous les créneaux de réservation de l’”Invader Space Station” sont déjà complets, vous pouvez laisser votre adresse mail sur ce lien afin d’être informés de la mise en vente éventuelle de nouveaux créneaux.

« Paolo Roversi » au Palais Galliera

Vue de l’exposition « Paolo Roversi » au Palais Galliera

Vue de l’exposition « Paolo Roversi » au Palais Galliera

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Le pitch :
Le Palais Galliera présente la toute première monographie parisienne consacrée au photographe de mode italien Paolo Roversi (né en 1947), qui a immortalisé les plus grands mannequins et créateurs. Un parcours de 140 tirages, dont certains inédits, tous soigneusement choisis en collaboration étroite avec l’artiste !

Ce qu’on a aimé :
Fruits d’expériences d’alchimiste en studio et en laboratoire, les photographies de Roversi transforment la réalité pour un résultat mystérieux qui se rapproche souvent de la peinture. La scénographie de l’exposition, alliant un accrochage aéré et une atmosphère feutrée, qui évoque celle de son studio, plonge le visiteur dans son univers magique, intime et hors du temps. La présentation non chronologique, faite de rapprochements poétiques, que ne perturbe aucun cartel (une absence compensée par un livret de visite très bien réalisé), contribuent à l’envoûtement général. La diversité des œuvres présentées est également appréciable : sa toute première photographie, prise alors qu’il était enfant, y côtoie un grand format coloré de 2016, des Polaroid des années 1980, son portrait iconique de Natalia Vodianova de 2003, un cliché très récent de 2023, et même quelques photographies sur lesquelles l’artiste textile Sheila Hicks a fait serpenter des fils qui s’échappent des cadres… Absolument superbe !

Dommage :
Rien à redire sur cette exposition, qui donne envie de se faufiler dans les archives de Paolo Roversi pour y dénicher d’autres trésors, le photographe n’ayant – fait assez rare pour être souligné – jamais jeté une seule image ! J.B.  

Du 16 mars 2024 au 14 juillet 2024

www.palaisgalliera.paris.fr

« David Hockney, Normandism » au musée des Beaux-Arts de Rouen

Vue de l’exposition « Normandism » de David Hockney

Vue de l’exposition « Normandism » de David Hockney, 2024

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© Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie

Le pitch :
C’est l’un des temps forts du festival Normandie Impressionniste, qui fête cette année les 150 ans du mouvement : le musée des Beaux-Arts de Rouen accueille au sein de ses collections une exposition gratuite consacrée au pétillant peintre octogénaire David Hockney (né en 1937). Un invité pertinent puisque l’artiste britannique, qui a exposé au musée de l’Orangerie en 2021, est très inspiré par les impressionnistes et vit depuis 2019 dans une ferme normande où il observe avec émerveillement les pommiers en fleurs, les meules de foin, le cycle des saisons et les changements de lumière sur la campagne.

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Ce qu’on a aimé :
La présence de trois superbes peintures dérivées de son travail sur iPad – en particulier de vibrants nymphéas flottant sur un miroir d’eau à Giverny, peints en 2023 – qui se rapprochent de l’impressionnisme par leurs cadrages et leurs motifs, tout en s’en éloignant par leurs couleurs pop, leurs aplats et leurs contrastes vifs, fruits d’autres influences. On apprécie aussi les écrans qui, en donnant à voir ses fameuses peintures sur iPad en train de se faire, soulignent la rapidité virtuose de l’artiste. Le point d’orgue de l’exposition restant la « Moon Room », une merveilleuse salle feutrée consacrée à des œuvres inédites à l’iPad tirées sur papier : des paysages normands au clair de lune, au fil des heures et des saisons, dans l’esprit des séries de Monet. Des œuvres poétiques aux tons bleutés qui rappellent tout autant les peintures nocturnes de René Magritte que la magie des estampes japonaises et du théâtre d’ombres.

Dommage :
Les rapprochements opérés avec les collections impressionnistes peinent à convaincre. La Jeune Femme au miroir de Renoir semble perdue au milieu d’un ensemble de portraits d’Hockney, tandis que les nymphéas stridents de David Hockney jurent avec les paysages brumeux de Monet qui les jouxtent, rendant ces derniers jaunâtres et fades – un dialogue inesthétique et peu pertinent. Enfin, la taille de l’exposition nous laisse sur notre faim… Tout comme son propos et sa construction. J.B.  

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David Hockney. Normandism

Du 22 mars 2024 au 22 septembre 2024

mbarouen.fr

« Jean Hélion – La prose du monde » au musée d’Art moderne de Paris

Vue de l’exposition « Jean Hélion, La prose du monde » au Musée d’Art Moderne de Paris

Vue de l’exposition « Jean Hélion, La prose du monde » au Musée d’Art Moderne de Paris

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© MAMVP Paris Musées – ADAGP, Paris, 2024 / Photo Pierre Antoine

Le pitch :
Le musée d’Art moderne de Paris (MAM) retrace la carrière épatante de Jean Hélion (1904–1987), l’un des pionniers oubliés de l’abstraction. Construite de manière chronologique, la rétrospective tisse le fil de la vie de ce touche-à-tout dont l’empreinte picturale n’aura eu de cesse de marquer notre imaginaire collectif. Entre ses compositions évoquant l’univers de Piet Mondrian et ses références figuratives aux peintures de Marcel Duchamp, l’exposition rassemble plus d’une centaine d’œuvres de l’artiste. Un hommage à cet incompris de l’histoire de l’art que l’on attendait avec impatience.

Ce qu’on a aimé :
« Mon art est absolument involontaire. Je cherche à comprendre moi-même », affirmait Jean Hélion. L’exposition rappelle la force de caractère du peintre moins connu que ses confrères. Se réinventer sans cesse : telle était sa devise ! Ce que la scénographie retrace dans une chronologie qui répond à toutes nos questions sur la carrière du peintre. De l’influence du discours de Theo van Doesburg à son retour à la figuration en passant par la rupture avec le mouvement Abstraction-Création, l’accrochage est riche, à l’image de la vie de l’artiste. Un voyage initiatique au cœur des songes du peintre : en route !

Dommage :
Si cette rétrospective relève de l’inédit — avec plus de 150 œuvres dont une cinquantaine de dessins, on regrette l’absence de liens avec les créations de ses confrères : Piet Mondrian, Auguste Herbin, Theo van Doesburg, Alexander Calder… On aurait aimé admirer un dialogue concret entre Composition orthogonale (1930) d’Hélion et Composition en blanc, rouge et jaune (1936) de Mondrian, ou encore entre Équilibre (1933) et le fameux Mobile (1932) de Calder. Pour trouver les similarités et dissemblances, il faudra faire appel à votre (bonne) mémoire. M.M.D. 

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Jean Hélion – La prose du monde

Du 22 mars 2024 au 18 août 2024

www.mam.paris.fr

« Théodore Rousseau. La voix de la forêt » au Petit Palais

Vue de l’exposition « La Voix de la forêt », au Petit Palais à Paris

Vue de l’exposition « La Voix de la forêt », au Petit Palais à Paris

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© Musée Petit Palais, Paris Musées / Photo Gautier Deblonde

Le pitch :
Méconnu, Théodore Rousseau (1812–1867) a pourtant révolutionné la peinture de paysage au milieu du XIXe siècle. Sous-bois, châtaigniers ou troncs d’arbres : le peintre, en fervent défenseur de la nature, les considère comme des sujets en eux-mêmes. Rebelle, il brouille les frontières entre esquisses et tableaux, dessin et peinture. Figure de proue de l’école de Barbizon, village à la lisière de la forêt de Fontainebleau devenu refuge d’artistes, il dénonce l’exploitation abusive du site forestier dont il se fait le porte-voix.

Ce qu’on a aimé :
Comprendre petit à petit comment ce révolutionnaire du pinceau a converti sa sensibilité artistique unique en engagement pionnier. Parce qu’il aimait profondément la nature, dans ce qu’elle a de plus capricieux et incontrôlable, Théodore Rousseau soigne à la feuille près les arbres dont il brosse le portrait, ou choisit au contraire de n’en garder que les contours. À contre-courant des évolutions de son temps, l’artiste impressionne par sa prise de conscience écologique en cohérence totale avec son œuvre. L’exposition tisse le parcours singulier de l’artiste tout en le replaçant dans un contexte artistique et historique. Un parcours clair et précis qui nous plonge au cœur des émouvantes forêts du peintre, qu’il défendra jusqu’au bout et bien au-delà de ses toiles. Dans la dernière partie de l’exposition, une passionnante chronologie retrace l’évolution de la forêt de Fontainebleau, de son exploitation à sa protection, dans laquelle l’artiste a occupé une place déterminante.

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Dommage :
Rien à redire. À la sortie, on aimerait prolonger la visite à Fontainebleau, comme happé par l’appel de la forêt ! J.C. 

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Théodore Rousseau – La voix de la forêt

Du 5 mars 2024 au 7 juillet 2024

www.petitpalais.paris.fr

Clôture imminente ! « Rothko » à la fondation Louis Vuitton

Le pitch :
Une fois encore, la fondation Louis Vuitton frappe fort ! Le bâtiment de Frank Gehry accueille la première rétrospective du grand maître de l’art abstrait Mark Rothko (1903–1970) en France depuis 1999. La prouesse est de taille puisque sont réunies, sous la houlette de Suzanne Pagé et de Christopher Rothko, fils de l’artiste, pas moins de 115 œuvres, des tout débuts figuratifs aux mythiques Color Field Paintings. Avec, en point d’orgue de ce parcours fleuve, la « Rothko Room » de la Tate, pensée par le peintre en 1969 et ici entièrement reconstituée.

Ce qu’on a aimé :
« Si les gens veulent des expériences sacrées, ils les trouveront, s’ils veulent des expériences profanes, ils les trouveront. » On ne peut que confirmer ces mots de l’artiste tant sa peinture incandescente, vibrante, continue d’exercer sur le visiteur sa force magnétique. Toutes les conditions, il faut le dire, sont réunies : la scénographie impeccablement aérée – et conforme aux souhaits de Rothko – plonge les pièces dans une pénombre qui invite à s’asseoir face aux œuvres, à prendre son temps, à se laisser happer. L’envie nous vient (et nous le conseillons !) d’accompagner ces moments de la musique de Mozart ou de Schubert que le peintre adulait. Outre la « Rothko Room » de la Tate, un autre moment fort du parcours est la confrontation de ses toiles avec les sculptures filiformes de Giacometti – un projet inachevé pour l’UNESCO –, dans une haute salle cathédrale : magistral !

Dommage :
L’affluence, comme on pouvait s’y attendre, altère quelque peu l’expérience sensorielle. L’institution nous y a certes habitué, mais on peut aussi parfois regretter le manque de clés de compréhension et de contexte. F.G.

Du 18 octobre 2023 au 2 avril 2024

presse.fondationlouisvuitton.fr

Plus que quelques jours ! « Chéri Samba, dans la collection Jean Pigozzi » au musée Maillol

Vue de l’exposition Chéri Samba, dans la collection Pigozzi, au musée Maillol

Vue de l’exposition Chéri Samba, dans la collection Pigozzi, au musée Maillol, 2023

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© Tempora / © N. Lobet – PRYZM

Le pitch :
Né en 1956 au Congo, Chéri Samba est le peintre africain le plus célèbre de sa génération, révélé à Paris en 1989 dans l’exposition culte du Centre Pompidou « Magiciens de la terre ». Pour sa première rétrospective, couvrant quarante ans de carrière, le musée Maillol rassemble cinquante tableaux issus de la collection Jean Pigozzi, la plus importante en matière d’art contemporain africain au monde, constituée depuis plus de trente ans.

Ce qu’on a aimé :
Un parcours clair qui sillonne les thématiques chères à Chéri Samba telles que l’autoportrait, l’histoire de l’art, la géopolitique et l’environnement. Très mordant, son style satirique est unique ! On aime la peinture lisible, très actuelle, et le symbolisme accessible des grands formats colorés et pailletés de cet artiste autodidacte. Le dialogue autour de la femme, instauré avec les œuvres d’Aristide Maillol, est aussi réussi.

Dommage :
Que dire ? Si vous ne connaissez pas la peinture populaire de Kinshasa, c’est le moment de prendre votre billet ! M.B.

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Chéri Samba, dans la collection Jean Pigozzi

Du 17 octobre 2023 au 7 avril 2024

museemaillol.com

Dernière chance pour « Le Paris de la modernité » au Petit Palais

Le pitch : Dans le sillage de « Paris romantique, 1815–1848 » et « Paris 1900, la Ville spectacle », le Petit Palais poursuit son exploration de l’histoire artistique et culturelle de la capitale avec « Le Paris de la modernité, 1905–1925 ». Riche de 400 œuvres, cet ambitieux parcours revient sur deux décennies marquées par l’avènement des avant-gardes et de considérables progrès techniques (automobile, aviation, cinéma…), mais aussi profondément meurtries par le traumatisme de la Grande Guerre.

Ce qu’on a aimé : Peinture, mode, photographie, danse, architecture, industrie…, le Petit Palais orchestre ici un réjouissant dialogue entre les arts à la façon d’un plaisant voyage dans le temps. Mention spéciale pour l’époustouflant aéroplane présenté au cœur du parcours.

Dommage : Le Petit Palais promettait une exposition « ambitieuse, inédite et trépidante ». Pour l’« inédit » et le « trépidant », on repassera ! On cherche encore, dans ce parcours on ne peut plus académique à la scénographie austère, la joyeuse impertinence des avant-gardes… I.B.

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Le Paris de la modernité (1905-1925)

Du 14 novembre 2023 au 14 avril 2024

www.petitpalais.paris.fr



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