le Parlement européen épinglé pour son inaction depuis deux ans face au cas Rima Hassan


EXCLUSIF – Un rapport de l’ONG EU Watch dénonce le silence persistant du Parlement européen face aux prises de position controversées de l’eurodéputée LFI depuis 2024. L’institution, elle, se défend, invoquant les limites de ses prérogatives.

Les élections européennes semblent déjà appartenir à un autre temps. Et pourtant, elles ne remontent qu’à 2024. Deux ans à peine, mais suffisants pour que l’une de leurs révélations, l’activiste pro-palestinienne Rima Hassan, élue sous les couleurs de LFI, prenne une envergure nationale, sur fond de guerre entre Israël et le Hamas à Gaza depuis le 7 Octobre. Mais aussi d’un embrasement régional impliquant ces derniers mois l’Iran et le Hezbollah au sud du Liban. Suffisants, aussi, pour que l’égérie de la gauche radicale multiplie les sorties controversées, avec une intensité accrue. Au point qu’elle doive désormais répondre en France devant les tribunaux le 7 juillet pour «apologie du terrorisme» ainsi que le 16 septembre pour des faits qualifiés d’«apologie publique de crime ou délit» et de «provocation publique et directe non suivie d’effet à commettre un crime ou délit». Des procédures dont Rima Hassan minimise la portée, persuadée d’être «l’objet d’un véritable harcèlement judiciaire et politique en raison et exclusivement en raison de (ses) opinions politiques». À l’en croire, «la temporalité de cette dynamique de harcèlement a commencé dès (son) entrée en politique». 

Il n’empêche : compte tenu de ce tournant judiciaire, le Parlement européen, auquel appartient Rima Hassan, se trouve face à ses responsabilités. Or, si le comportement jugé problématique de l’Insoumise n’embarrasse pas le mouvement mélenchoniste – bien au contraire -, il ne suscite pas davantage de réactions disciplinaires de l’institution strasbourgeoise, caractérisée par son inaction en la matière. Y compris sur la question de l’immunité parlementaire de l’eurodéputée. C’est cette inertie qui est au cœur d’un rapport de l’ONG EU Watch, équivalent bruxellois de l’ONG UN Watch, consulté en exclusivité par Le Figaro. «Ce n’est pas tant pour pointer du doigt Rima Hassan que le silence parlementaire. Le Parlement européen est parfois capable de réagir. Mais s’il explique pourquoi il réagit, il ne dit pas pourquoi il ne réagit pas», fait savoir son directeur exécutif, Samuel Madar, très actif sur les réseaux sociaux dans la lutte contre l’antisémitisme, en particulier celui lié à l’importation du conflit israélo-palestinien en France.

Dans la tourmente après sa garde à vue, Rima Hassan dénonce un « harcèlement judiciaire »

Pour étayer ce constat, le rapport s’appuie sur une accumulation de faits. Il se fonde sur 21 faits matériels publics – déclarations, publications ou séquences numériques – ainsi que sur 7 procédures pénales en cours. Sans prétendre à l’exhaustivité ni se substituer à la justice, l’ONG entend démontrer que les polémiques entourant Rima Hassan ne sont pas des «éléments isolés», mais bien une «dynamique traçable dans le temps», restée sans réaction du Parlement européen. Si elle remonte au printemps 2024, avant même l’élection de Rima Hassan – pointant sa participation, le 10 mai, au Forum Maghreb-Machrek à Tunis, où étaient présents des représentants du Hamas, du FPLP et du Jihad islamique, ainsi que sa première convocation par la police le 30 avril -, le silence du Parlement européen prend une autre dimension à partir du 16 août.

Des initiatives restées lettre morte

À cette date, Rima Hassan, élue depuis à peine deux mois, se rend à une manifestation en Jordanie en hommage à Ismaïl Haniyeh, chef politique du Hamas tué fin juillet dans une frappe israélienne. Quelques jours plus tard, le 22 août, elle refuse de qualifier l’attaque du 7 Octobre – ayant fait 1200 morts civils et entraîné la prise en otage d’environ 250 personnes – de terroriste. Il n’a pas fallu plus de quatre jours pour que plusieurs eurodéputés français adressent un courrier à la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, accompagné d’une demande d’ouverture d’enquête parlementaire formulée par leur collègue belge Assita Kanko. Deux initiatives restées lettre morte. S’ensuivent d’autres déclarations controversées de Rima Hassan, entre légitimation de la violence armée et relativisation d’actes terroristes, sans entraîner de réaction de Strasbourg.

Deux mois plus tard, elle affirme que la «résistance armée est légitime et même indispensable», des propos interprétés comme une légitimation de l’action du Hamas. Le rapport estime alors que «le dossier atteint un seuil de gravité discursif en documentant une légitimation explicite de la violence armée». Le 18 décembre, l’élue va jusqu’à suggérer que «tout Franco-Palestinien puisse rejoindre la résistance armée». Dans le même registre, elle n’hésite pas à s’adresser à un autre public sur Instagram en janvier 2025, où elle rend notamment hommage musicalement à Yahya Sinwar, l’un des cerveaux du 7 Octobre, ou partage des stories à tonalité pro-Intifada. Autant de contenus dont le «sens demeure inaccessible en dehors du public arabophone», passant donc, une nouvelle fois, hors des radars du Parlement européen.

« Le silence de l’institution devient lui-même un fait », alors que la stratégie de Rima Hassan ne relève, aux yeux de l’ONG, plus de la « simple critique », mais d’un « basculement »

Rapport de l’ONG EU Watch

Rien ne bouge non plus en juillet 2025, lorsqu’elle décrit le sionisme comme une «idéologie raciste et colonialiste», ni en mars 2026, où elle assure que «détester Israël est signe de bonne santé mentale et militante». «Le silence de l’institution devient lui-même un fait», s’alarme l’ONG. Et pour cause : la stratégie de Rima Hassan ne relève, à ses yeux, plus de la «simple critique», mais d’un «basculement». Son cas prend une dimension nationale fin février 2025, quand le ministre de l’Intérieur d’alors, Bruno Retailleau, saisit le parquet à la suite de propos évoquant la «légitimité» de l’action du Hamas «du point de vue du droit international». Pour autant, le Parlement européen n’active aucun de ses outils : ni mesures disciplinaires ni levée d’immunité de l’eurodéputée LFI, pourtant réclamée par ses détracteurs. Même absence de réaction lorsque l’Insoumise prend à partie la macroniste Prisca Thévenot sur X, une attaque suivie de menaces de mort en ligne contre la députée des Hauts-de-Seine.

De quoi inquiéter EU Watch, qui évoque une radicalisation du discours de Rima Hassan au regard des faits établis ces douze derniers mois, susceptible d’encourager le cyberharcèlement, voire le passage à l’acte. En juin 2025, la diffusion virale d’une vidéo exposant deux salariés d’Orpi, suspectés d’avoir tenu des propos hostiles à l’égard de Rima Hassan et de la question palestinienne, en offre une illustration, avec, dans les jours suivants, deux incendies criminels visant des agences. Un point de bascule pour l’ONG : «Même en l’absence de causalité juridique établie, une institution peut être attendue sur sa capacité à apprécier un risque devenu visible.» «À partir de ce moment, l’inaction du Parlement européen n’est plus une hypothèse. Elle devient une question sans réponse», assène-t-elle. L’appel au blocus de l’usine Eurolinks à Marseille le 10 septembre 2025, ciblée en raison de ses livraisons de composants d’armes à Israël, puis celui à un rassemblement à l’aéroport Charles-de-Gaulle le 2 octobre suivant, s’inscrivent dans une logique identique.

Pourquoi le placement en garde à vue de Rima Hassan n’est pas «illégal», malgré son immunité parlementaire

Certes, entre-temps, le Parlement européen a adressé un blâme à Rima Hassan le 10 mars dernier. Mais il relevait d’un fait accessoire (elle avait enregistré un collègue à son insu), au regard des dérapages répétés de l’Insoumise. Depuis, la pression s’accentue sur l’institution. Fin mars, le Canada a interdit l’entrée de l’eurodéputée sur son territoire, après Israël. S’y ajoute sa garde à vue très médiatisée, à nouveau pour «apologie du terrorisme», les 2 et 3 avril, après un tweet citant Kōzō Okamoto, membre de l’Armée rouge japonaise impliqué dans le massacre de l’aéroport de Lod, à Tel-Aviv, en 1972. Tandis que Rima Hassan sera jugée le 7 juillet pour cet hommage, l’ONG y voit le signe d’une «escalade procédurale sans précédent», en contraste avec la passivité du Parlement européen. Du côté du gouvernement, on surveille la situation comme le lait sur le feu. «L’immunité ce n’est pas l’impunité, ça doit être le cas pour le Parlement national et pour le Parlement européen. La justice doit pouvoir faire son travail : chaque élu doit répondre de ses actes comme de ses propos, surtout si ceux-ci tombent sous le coup de la loi», assure au Figaro Benjamin Haddad, le ministre délégué chargé de l’Europe.

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