Le Louvre toujours secoué après le braquage révélant de nombreuses failles


Depuis le vol sidérant au Louvre de huit bijoux mythiques de l’histoire de France survenu ce dimanche 19 octobre, le pays tout entier est en émoi. Le musée parisien vient d’évaluer le préjudice à 88 millions d’euros, un chiffre spectaculaire mais sans commune mesure avec leur valeur patrimoniale. Si l’établissement est resté portes closes depuis dimanche matin (ce mardi étant son jour habituel de fermeture), une porte-parole indique qu’il devrait rouvrir ses portes mercredi 22 octobre, pendant que l’enquête menée tambour battant se poursuit, dévoilant au compte-goutte des éléments supplémentaires.

En parallèle, un grand débat national fait rage sur la sécurité au musée du Louvre – l’établissement (et par extension l’État) s’est-il rendu coupable de manquements graves ayant permis ce vol ? –, et plus largement dans les musées français. Un sujet de discussion dont la légitimité vient d’être renforcée par la découverte d’un autre vol (qui s’ajoute à une liste ne cessant de s’allonger ces derniers mois) constaté le lundi 20 octobre au musée de la Maison des Lumières Denis Diderot de Langres (Haute-Marne), où des pièces d’or et d’argent se sont volatilisées d’une vitrine retrouvée brisée…

On nous l’assure : l’enquête menée par la BRB (Brigade de répression du banditisme) et l’OCBC (Office central de lutte contre le trafic de biens culturels), qui mobilise des effectifs considérables, avance. Si des éléments sont pour l’instant gardés secrets afin de préserver son bon déroulement, quelques informations ont été divulguées. Ainsi, on sait que les caméras de vidéosurveillance ont permis de suivre la trajectoire des voleurs, et que ces derniers sont partis en direction de l’A6.

Le monte-charge volé à Louvres via Leboncoin

Le camion monte-charge ce lundi 20 octobre

Le camion monte-charge ce lundi 20 octobre

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© Houpline-Renard / Sipa

Lundi 20 octobre, Le Parisien a révélé que le monte-charge utilisé pour accéder à la fenêtre de la galerie aurait été dérobé à son propriétaire, basé dans la ville de… Louvres, dans le Val-d’Oise, près de Roissy – un détail qui ne manque pas de piquant. Auditionné, l’homme, qui dit avoir reconnu son bien à la télévision, a affirmé avoir été violenté par les malfaiteurs, qui lui auraient donné rendez-vous pour l’acheter après avoir vu son annonce sur le site Leboncoin, et seraient repartis avec sans le payer.

En parallèle, la remise en cause de la sécurité au musée du Louvre, et plus largement dans l’ensemble des musées français, est devenue un sujet aussi brûlant qu’inévitable. En premier lieu, la présidente-directrice du musée, Laurence des Cars, sera auditionnée  ce mercredi 22 octobre par la commission de la Culture du Sénat pour « avoir des explications », a dit à l’AFP son président, le centriste Laurent Lafon. Le même jour, son homologue à l’Assemblée nationale, Alexandre Portier (LR), proposera à ses collègues la création d’une commission d’enquête sur la « sécurisation des musées » et la « protection du patrimoine ».

Des moyens insuffisants et des failles de sécurité

Le Louvre représente un défi de taille à sécuriser avec ses 73 000 m², ses 2 410 fenêtres et ses 14 kilomètres de couloirs, ainsi que son architecture ancienne protégée.

Dans un communiqué de presse publié lundi, la CGT-Culture a de son côté appelé en « urgence » à une « sécurisation » des musées grâce à une dotation de « moyens à la hauteur des missions du service public culturel et de ses biens nationaux ». Dénonçant un budget de la Culture et des effectifs sans cesse en baisse, le syndicat demande « la réunion sans délai des instances de représentation des personnels du Louvre et au ministère », « l’ouverture d’une enquête de l’inspection générale des affaires culturelles sur le financement de l’État et le modèle économique actuel des musées nationaux », « le réengagement de l’État dans le financement de ses établissements », et « un plan massif de création d’emplois », notamment dans le domaine de « la surveillance ».

Certes, sécuriser le plus grand musée du monde, visité par neuf millions de visiteurs par an, n’est pas aisé. Le Louvre représente un défi de taille avec ses 73 000 m², ses 2 410 fenêtres et ses 14 kilomètres de couloirs, ainsi que son architecture ancienne protégée, empêchant l’installation de grilles aux fenêtres. Lorsqu’une alarme y retentit, la police est immédiatement prévenue et intervient directement, mais le temps que les forces de l’ordre arrivent, les voleurs ont souvent le temps d’agir et de repartir.

François-Régnault Nitot, Parure de Marie-Louise

François-Régnault Nitot, Parure de Marie-Louise, 1810

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Or, diamant, émeraude • 43 × 7 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Afp

« Nous avons failli », a cependant reconnu avec gravité le ministre de la Justice Gérald Darmanin, qui a ajouté que ce vol avait donné « une image déplorable de la France ». Plusieurs failles de sécurité anormales, qui auraient pu être évitées, ont en effet été soulignées. Dans un pré-rapport que plusieurs médias ont pu consulter lundi, la Cour des comptes pointe ainsi le « retard considérable dans la mise aux normes des installations de sûreté » au Louvre.

D’abord, 60 % des salles de l’aile Sully et 75 % de celles de l’aile Richelieu ne disposent d’aucun équipement de vidéosurveillance – des chiffres qui laissent le public et les commentateurs abasourdis. Ensuite, les équipements vidéo existants seraient « en partie obsolètes », selon Christian Galani de la CGT-Culture, en poste au musée. Enfin, le personnel ne serait pas assez nombreux. Ainsi, les syndicats soulignent que le nombre d’agents chargés de l’accueil et de la surveillance – 1 366 – serait largement insuffisant, d’autant que près de 200 emplois ont été supprimés ces quinze dernières années, alors que la fréquentation a été multipliée par 1,5. En cause, « des budgets insuffisants et peu transparents », affirme Galani.

Des vitrines récentes mais plus fragiles ?

La présidente-directrice Laurence des Cars a déclaré aux équipes de TF1-LCI qu’elle avait « alerté les autorités » sur les manques en matière de sécurité « dès sa prise de fonction » et avait « demandé un audit » à la préfecture de police. De nombreuses voix s’élèvent cependant pour critiquer les priorités budgétaires de la présidente, qui a par exemple dépensé 497 000 euros, soit près d’un demi-million, pour une cuisine-salle à manger réservée à son usage personnel et celui de son état-major.

Pour couronner le tout, le Canard enchaîné a affirmé dans un article choc que le changement des vitrines de la galerie d’Apollon en 2019 aurait facilité le vol. En effet, les précédents « caissons » installés dans les années 1950, décorés de moulures dorées, qui étaient entourés de barrières et présentaient des vitres plus petites, étaient équipés d’un dispositif permettant, en cas de tentative de forçage, de faire disparaître instantanément les bijoux dans un coffre-fort intégré. Un atout de poids dont n’étaient pas dotées les nouvelles vitrines de style moderne.

La galerie d’Apollon du Louvre

La galerie d’Apollon du Louvre, 2021

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© Bertrand Gardel / hémis

Dans ces situations, les voleurs ne rencontrent aucune résistance, et sont déjà loin à l’arrivée des forces de l’ordre.

« Les vitrines installées en décembre 2019 représentaient un progrès considérable en termes de sécurité tant le degré d’obsolescence des anciens équipements était avéré et aurait mené, sans remplacement, à retirer les œuvres de la vue du public », a rétorqué ce mardi la direction du Louvre. Celle-ci assure que le système ancien d’escamotage dans un coffre-fort, qui avait été doté d’un nouveau mécanisme dans les années 1980, « était devenu inopérant et obsolète, avec des phénomènes de blocage dans la descente des volets latéraux ». «  Plusieurs accidents ont été déplorés », mettant « en danger les œuvres », selon le musée.

Quel système de sécurité pour éviter de futurs vols ?

Mais une question demeure : davantage d’effectifs et de caméras changeraient-ils réellement la donne face à des voleurs armés ou équipés d’outils susceptibles de blesser ou tuer ? Le constat est là : dans ces situations, les voleurs ne rencontrent aucune résistance, et sont déjà loin à l’arrivée des forces de l’ordre. Des gardiens armés, spécialement formés, seraient-ils donc la seule solution viable pour dissuader ou contrer les malfaiteurs ?

En attendant le jour où pourraient être installés des systèmes de sécurité basés sur l’IA capables de détecter les comportements suspects autour d’objets, comme ceux actuellement développés par le ministère italien de la Culture, voire d’agir via des robots à la place d’agents de sécurité en chair et en os, il faut songer à d’autres dispositifs. Mais la plupart, comme des fenêtres et portes blindées ou grillagées, ou encore des grilles rétractables permettant de piéger les voleurs, comme cela existe dans certaines banques, sont impossibles à mettre en place dans un bâtiment ancien classé comme le Louvre.

Autre possibilité, des diffuseurs de fumée opaque conçue pour désorienter les intrus, les empêchant de poursuivre leur action et même de trouver la sortie, laissant à la police le temps d’arriver – un système innovant récemment mis en place dans certains musées comme l’Hôtel départemental des expositions (HDE) du Var à Draguignan. Mais, comme toujours, l’accès aux dispositifs de sécurité dépend aussi des moyens des musées, les moins dotés restant les plus vulnérables.





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