Dès l’entrée, l’œil butine de trésor en trésor. Cadran solaire, sphère armillaire, compendium astronomique… De précieux instruments témoignant d’une curiosité raffinée vis-à-vis des mystères du monde côtoient des œuvres exquises où arts et sciences s’entremêlent. Parmi elles, une grande aquarelle virtuose représentant poil par poil un lièvre sur fond de plantes et d’insectes détaillés, de précieuses miniatures de poissons et de papillons, ou encore une scène des Métamorphoses d’Ovide divinement sculptée dans de l’ivoire, où s’immisce une petite souris à la signification érudite…
Les objets et œuvres présentés ici ont presque tous appartenu à une seule personnalité fascinante : l’empereur Rodolphe II de Habsbourg (1552–1612), qui régna à partir de 1576 sur le Saint Empire romain germanique et la Bohême, ainsi que sur les royaumes de Hongrie et de Croatie. Peu intéressé par les conquêtes et la gestion de ses affaires, ce fils de Maximilien II et petit-fils de Charles Quint était en revanche un prodigieux mécène, très ouvert aux sciences et aux arts, qui commandait de nombreuses œuvres. Un gouvernant insolite qui délaissait l’exercice du pouvoir politique pour se plonger dans la contemplation des étoiles, des fleurs et des insectes !
Attiré par l’alchimie, la magie et le surnaturel

Erasmus Habermel, Cadran solaire avec cercle équatorial, v. 1600
Laiton doré et gravé • 38,5 × 26,3 × 26,3 cm • Coll. Uměleckoprůmyslové museum, Prague • © Ondřej Kocourek, The Museum of Decorative Arts in Prague
Dans sa cour, d’abord installée à Vienne, puis à Prague à partir de 1583, Rodolphe II s’entoure d’hommes de sciences et d’artistes aux fortes personnalités et aux opinions diverses, venus de toute l’Europe, qui y débattent dans une ambiance foisonnante et informelle. « Beaucoup de clichés ont circulé sur lui. On racontait qu’il était un personnage neurasthénique, à moitié fou, qui régnait sur une cour décadente remplie d’alchimistes et de prostituées. Mais sa cour reflétait simplement les mutations à l’œuvre en Europe » expliquent les commissaires de l’exposition, Philippe Malgouyres et Olivia Savatier Sjöholm.
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