On la pensait vieillotte et dépassée, remisée au placard car trop traditionnelle et décorative, mais depuis une douzaine d’années la tapisserie revient en force sur la scène artistique. Elle est à n’en pas douter la vedette de cette rentrée culturelle, où elle se révèle sous toutes ses formes et dans tous ses états, résolument inclassable, à travers pléthore d’expositions.
Il y a les paysages sublimes tissés par Otobong Nkanga au musée d’Art moderne de Paris, les sculptures textiles de Magdalena Abakanowicz pour une première rétrospective au musée Bourdelle, les folies de laine et de coton signées Sheila Hicks mises en regard des pièces textiles précolombiennes du musée du quai Branly qui l’ont tant inspirée, l’installation lumineuse faite de fils de cuivre imaginée par Lygia Pape, acmé du parcours sur l’art minimal à la Bourse de Commerce, la grande tenture d’Olga de Amaral au cœur des nouveaux espaces de la fondation Cartier à Louvre-Rivoli…
Une valeur sûre du marché de l’art
La tapisserie était déjà de la partie pour la réouverture du Grand Palais, en juin dernier, qui déployait dans ses vastes espaces seize pièces dessinées par des artistes danois et tissées par les artisans du Mobilier national, temple des métiers d’art – une proposition qui aurait été impensable pour un tel événement il y a encore quelques années.
Nouvelle valeur sûre du marché de l’art, la tapisserie a brillé par sa présence à Londres lors des foires 1–54 et Frieze (avec une immense pièce inédite signée Otobong Nkanga et des fragments psychédéliques tout droit sortis de l’esprit délirant de Grayson Perry), à Paris durant la semaine Art Basel au Grand Palais et dans ses manifestations off (pour le salon Private Choice, rien que la galerie In Situ – Fabienne Leclerc présentait des pièces signées Renaud Auguste-Dormeuil ou Joana Hadjithomas & Khalil Joreige), après une année des plus fastes où ses éminentes représentantes que sont Sheila Hicks et Olga de Amaral ont battu des records de vente. Même tendance lors de la foire Art Paris 2024 portée par la thématique « Art & Craft ».

Grayson Perry, The Adoration of the Cage Fighters, 2012
tapisserie en laine, coton, acrylique, polyester et soie, • 200 × 400 cm • © Bond Photography / Alamy via Hemis
On attend avec impatience de découvrir ce qu’Hélène Delprat a imaginé comme suite à la tapisserie de Bayeux, dont la scène manquante devrait trouver un heureux dénouement lors de la tombée de métier prévue par les ateliers des Gobelins.
Comme sa cousine la céramique, la tapisserie suscite un engouement généralisé sur le marché. Elle a aussi raflé quelques-unes des plus importantes commandes publiques : les artistes Miquel Barceló et Michael Armitage se sont ainsi vu confier les cartons des sept tapisseries destinées aux chapelles de Notre-Dame de Paris, réalisées sous autorité du Mobilier national par les manufactures nationales des Gobelins et de Beauvais ainsi que l’atelier privé d’Aubusson, les trois principales maisons dans le domaine.
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