La Sorbonne va retrouver sa chapelle restaurée et ouverte au public


C’est un joyau oublié du XVIIe siècle, en plein cœur de la capitale, qui s’apprête à renaître ! Fermée depuis 25 ans en raison de « problèmes structurels et de conservation », dixit la Ville de Paris, l’historique chapelle de la Sorbonne – de son vrai nom chapelle Sainte-Ursule – devrait enfin pouvoir être restaurée et rouvrir au public.

11 000 étudiants passent chaque jour devant son entrée à colonnades surmontée d’une fière coupole. Alors que cette dernière reste l’emblème de cette prestigieuse université du Quartier latin, et l’élément central de sa majestueuse cour d’honneur, seuls quelques visiteurs ont pu, durant ces 25 dernières années, y pénétrer lors des Journées européennes du patrimoine, soit deux jours par an.

Sélectionnée par le programme « World Monuments Watch »

La chapelle a urgemment besoin d’être restaurée afin de sauver ses voûtes, parements, décors et œuvres d’art.

Cette traversée du désert pourrait bientôt toucher à sa fin. Le 15 janvier, le World Monuments Fund (WMF), ONG américaine qui aide à préserver des lieux patrimoniaux dans le monde entier, a annoncé l’inscription de la chapelle sur sa liste 2025 du « World Monuments Watch », programme qui sélectionne tous les deux ans 25 sites à préserver. Si aucune date de démarrage du chantier n’a été divulguée à ce stade, le WMF a déclaré qu’il allait entreprendre de lever des fonds pour la restauration du bâtiment, et mettre en place, en partenariat avec la chancellerie de l’université et la Ville de Paris, un projet culturel pour le faire revivre.

Voûtes et parements de la chapelle de la Sorbonne

Voûtes et parements de la chapelle de la Sorbonne, 2024

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Humidité, murs couverts de taches sombres, coupole placée sous filets… Malgré les travaux menés suite aux dégâts causés par la tempête de 1999, et un colmatage de brèches réalisé en 2004–2008, la chapelle a en effet urgemment besoin d’être restaurée afin de sauver ses voûtes, parements, décors et œuvres d’art.

Cette restauration s’ajoutera à la liste des 700 projets menés dans 112 pays par le World Monuments Fund, qui a déjà remis sur pied d’importants sites français, dont l’église Saint-Eustache, le dôme de l’hôtel des Invalides, la bibliothèque de l’Arsenal et l’Opéra-Comique à Paris, le potager du Roi à Versailles, la cathédrale d’Albi et le château de Chantilly.

Une chapelle à l’histoire tumultueuse

Érigé en lieu et place de l’ancienne chapelle qui datait du Moyen Âge, cet édifice fut construit entre 1635 et 1648 par le cardinal de Richelieu, principal ministre du roi Louis XIII.

Jean Marot, Le grand portail et l’église de la Sorbonne

Jean Marot, Le grand portail et l’église de la Sorbonne, 1652–1661

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Estampe tirée du Recueil des plus beaux édifices et frontispices des églises de Paris, ed. Jacques van Merle • © The Trustees of the British Museum

Nommé proviseur de la Sorbonne en 1622, ce dernier a partiellement rebâti l’université, délabrée, avec son propre argent, et prévoyait d’être inhumé dans la fameuse chapelle – ce qui fut fait, dans un tombeau monumental avec cénotaphe, vasque en marbre blanc et figures allégoriques, conçu par le sculpteur François Girardon (1628–1715).

Philippe de Champaigne, Père latin et docteur de l’Église d’Occident, Saint-Augustin

Philippe de Champaigne, Père latin et docteur de l’Église d’Occident, Saint-Augustin, 1635–1642

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Pendentif de la coupole de la chapelle Sainte-Ursule de la Sorbonne • © Ville de Paris

Dessinée par l’architecte de Louis XIII, Jacques Lemercier (1585–1654), et surmontée de l’une des premières grandes coupoles de Paris, placée sur un tambour à huit fenêtres, la chapelle contient notamment des peintures murales de Philippe de Champaigne (1602–1674) – alors le peintre le plus réputé du royaume de France avec Simon Vouet – et de Louis Charles Timbal (1821–1880), ainsi qu’une crypte en hommage aux lycéens et enseignants martyrs de la Résistance.

En 1793, durant la Révolution française, la chapelle a été saccagée : plusieurs œuvres ont été détruites, tandis que le tombeau de Richelieu, vu comme un symbole de l’absolutisme, a été vandalisé, et son corps démembré. Après des années de désaffection, sa tête y fut replacée au XIXe siècle, inaugurant des décennies de messes universitaires célébrées en son honneur.

Un lieu qui sera dédié à la culture et aux idées

Devenue finalement un centre de débats pour les étudiants des facultés de théologie et de lettres, la chapelle avait été rendue au culte sous le régime de Vichy, avant que les messes soient de nouveau annulées suite à mai 1968. Une situation qui ne devrait pas changer à sa réouverture.

François Girardon, Tombeau du cardinal de Richelieu

François Girardon, Tombeau du cardinal de Richelieu, 1694

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Marbre • 205 × 460 × 170 cm • © Jean-Marc Moser / COARC / Ville de Paris

« Si nous ouvrons un lieu de pratique catholique dans l’université, il faudra faire la même chose pour les autres religions, ce qui n’est pas envisageable », explique la chancellerie de la Sorbonne. Pour renouer avec son passé d’effervescence intellectuelle, l’édifice accueillera en revanche des concerts, des débats, des conférences et des visites guidées.



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