Jane Jin Kaisen, l’artiste féministe qui marche pour la paix en Corée


C’est une longue bande de terre entre deux pays : la DMZ ou « zone coréenne démilitarisée » (en réalité surveillée par plus d’un million de soldats) sépare la Corée du Nord et celle du Sud sur 248 kilomètres de long et quatre de large, où demeurent enfouies des centaines de milliers de mines. Cet étrange vestige de la Guerre froide, créé en 1953 pour l’armistice de Panmunjeom, a intéressé l’artiste danoise Jane Jin Kaisen (née en 1980 en Corée du Sud), qui présente sa première exposition monographique française au Bicolore, centre d’art gratuit de l’avenue des Champs-Élysées. Trois œuvres s’y découvrent, réunies dans une même salle : une vidéo, sept boîtes contenant différents objets et archives, et un triptyque de photographies. Toutes racontent le besoin de l’artiste de se confronter à l’histoire de son pays d’origine, et son interrogation face aux frontières et aux traces d’une guerre sans paix véritable (aucun traité de paix n’ayant été signé à la fin de la guerre de Corée).

Of Specters or Returns, Charlottenborg Kunsthal

Of Specters or Returns, Charlottenborg Kunsthal, 2020

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Photo de David Stjernholm

En 2015, l’artiste a été invitée à participer à la Women Cross DMZ, une marche réunissant trente femmes (dont la féministe américaine Gloria Steinem) dans la traversée périlleuse et symbolique de la DMZ. En écho, elle a créé un puzzle mémoriel prenant la forme de sept boîtes qui conservent différents objets récoltés au fil de ses recherches : des munitions américaines, un nécessaire de couture, des obus, un casque sud-coréen tâché de sang… Jane Jin Kaisen a également découvert qu’une marche similaire avait été organisée en 1951 dans cette même zone… avec dans ses rangs une journaliste danoise nommée Kate Fleron, autrice d’un ouvrage à ce sujet. La plasticienne a alors souhaité unir leurs visions, séparées de plus d’un demi-siècle, en incluant dans l’une de ses boîtes le livre de Kate Fleron, ainsi que des citations de la journaliste. Au mur, le grand triptyque associe leurs photographies respectives (prises en 1951 et 2015), documente leur passage en Corée du Nord et crée un panorama à deux voix.

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Of Specters or Returns, Charlottenborg Kunsthal

Of Specters or Returns, Charlottenborg Kunsthal, 2020

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Photo de David Stjernholm

Plongée dans une atmosphère écarlate, la salle du Bicolore est également emplie d’une bande-son singulière, celle de la vidéo Sweeping the Forest Floor (2020), tournée au cœur de la nature sauvage de la DMZ. La caméra suit un démineur en action, dont l’outil bipe lorsqu’il détecte une mine ; on voit à plusieurs reprises un homme plonger les mains dans la terre, et déterrer avec un doigté délicat quelques-unes de ces petites bombes terrifiantes, dont on estime aujourd’hui le nombre à 1 voire 1,2 millions. Cette vidéo, à l’instar des autres œuvres de Jane Jin Kaisen, met en évidence le fait que la guerre, dévastatrice et larvée, reste encore très présente… tout au long de cette frontière indélébile.

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JANE JIN KAISEN : Of Specters or Returns

Du 17 février 2023 au 23 avril 2023
Entrée libre et gratuite

lebicolore.dk



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