Jack Lang démissionne de la présidence de l’Institut du monde arabe


La pression était devenue trop forte. Après l’ouverture, vendredi 6 janvier, d’une enquête du Parquet national financier (PNF) concernant ses liens avec l’homme d’affaires américain, trafiquant sexuel, violeur et pédocriminel Jeffrey Epstein, l’ancien ministre de la Culture Jack Lang, qui semblait encore déterminé à rester en poste quelques jours plus tôt, a finalement « proposé » sa démission de la présidence de l’Institut du monde arabe (IMA), fonction qu’il occupait depuis 2013.

L’Élysée et le ministère des Affaires étrangères, principal financeur de l’institution, ont « pris acte » de cette décision et engagé la procédure de succession, avec la convocation sous sept jours d’un conseil d’administration chargé de désigner un président ou une présidente par intérim. Plusieurs noms circulent déjà, dont celui de l’ancienne ministre de la Culture Audrey Azoulay.

Une enquête ouverte la veille de sa démission

Cette photo, diffusée par le département américain de la Justice, montre Jeffrey Epstein et le ministre français de la Culture, Jack Lang, au Louvre à Paris

Cette photo, diffusée par le département américain de la Justice, montre Jeffrey Epstein et le ministre français de la Culture, Jack Lang, au Louvre à Paris




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© U.S. Department of Justice via AP / SIPA

Si aucune charge ne pèse à ce stade sur Jack Lang, la mention de son nom à 673 reprises dans les millions de documents de l’affaire Epstein rendus publics depuis le 30 janvier dernier par le ministère de la Justice américain le plonge dans la tourmente. Des échanges de mails entre 2012 et 2019 révèlent en effet des liens amicaux, d’intérêt et financiers entre Lang et Epstein, lequel s’est pendu dans sa cellule en août 2019 après son inculpation pour avoir dirigé un réseau international de trafic sexuel systématisant le viol sur mineures – une affaire tentaculaire où les plus jeunes victimes était âgées d’à peine 12 ans, et où est notamment cité le président des États-Unis, Donald Trump.

La démission de Jack Lang a été annoncée samedi 7 février, au lendemain de l’ouverture d’une enquête préliminaire le concernant pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » et alors qu’il devait être convoqué le lendemain au quai d’Orsay à propos de ses liens avec Epstein. Elle ne vaut toutefois pas aveu de culpabilité. « Le climat actuel, mêlant attaques personnelles, soupçons et amalgames, par ailleurs tous infondés, est délétère », écrit l’ex-ministre de 86 ans dans sa lettre, affirmant préparer « sereinement » sa défense.

Une société offshore fondée par sa fille avec l’homme d’affaires

Les courriels accessibles au public montrent également Jack Lang sollicitant Epstein comme mécène, empruntant son jet privé et sa voiture.

Selon des documents publiés, Jack Lang aurait proposé en 2015 à Epstein un prix de 5,4 millions d’euros « offshore » pour l’achat d’un riad. Sa fille, Caroline Lang, citée environ 2 000 fois dans les documents, a pour sa part quitté le 2 février son poste de déléguée générale du Syndicat des producteurs indépendants. Il a été révélé qu’elle avait fondé en 2016 avec Epstein une société offshore aux îles Vierges — après avoir bénéficié en 2014 du prêt de sa villa de Palm Beach — et que cette structure avait été créditée de 1,4 million de dollars pour l’achat d’œuvres d’art. Des faits qu’elle a reconnus auprès de Mediapart, invoquant la « naïveté ».

L’Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris

L’Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris




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© Bertrand Gardel / hémis

Partiellement caviardés, les courriels accessibles au public montrent également Jack Lang sollicitant Epstein comme mécène, empruntant son jet privé et sa voiture. Sur une photographie datée de mars 2019 les deux hommes posent ensemble, quelques mois avant l’inculpation d’Epstein. Si ces liens ne sont pas illégaux, certains y voient une « faute morale ». Lang assure toutefois qu’il ignorait tout des activités criminelles d’Epstein, déjà condamné en 2008 pour avoir recouru à des prostituées mineures, et dit avoir rompu, dès la révélation de ses crimes en 2019, toute relation avec cet homme « passionné par l’art », rencontré vers 2011.

Un échange par mail qui interroge

Un échange de courriels de 2013, autour d’un texte de Lang sur l’éducation des enfants intitulé « Petit Prince », suscite enfin des interrogations : « L’enfant doit-il être initié aux nouvelles sexualités ? Testé ? », lui écrit Epstein. Sans qu’aucune preuve d’implication dans des crimes sexuels ne soit établie, l’affaire ravive de vieilles polémiques : la signature en 1977 d’une pétition défendant des relations sexuelles entre adultes et enfants – « une connerie », reconnaîtra Lang en 2021 – ainsi que des accusations anciennes, notamment liées à l’affaire du Coral de 1982 (dans laquelle il fut innocenté) ou à des récits concernant des garçons mineurs à Marrakech, que l’ancien ministre a toujours dénoncées comme « immondes » et destinées à le déstabiliser politiquement.





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