huit bijoux dérobés dans la galerie d’Apollon


La nouvelle paraît invraisemblable. Ce dimanche 19 octobre au matin, la ministre de la Culture Rachida Dati a annoncé que le musée du Louvre avait été braqué entre 9h30 et 9h40, une demi-heure après son ouverture. En plein jour, au cœur de la galerie d’Apollon (salle 705), fameux écrin des joyaux de la Couronne française situé au premier étage de l’aile Denon, neuf bijoux « d’une valeur patrimoniale inestimable », a précisé le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez au micro de France Inter, ont été dérobés. L’un d’entre eux, la couronne de l’impératrice Eugénie, a finalement été retrouvée brisée aux abords du musée, tandis que les coupables sont toujours en fuite.

Le résumé des faits est d’une simplicité déconcertante. Depuis un camion stationné quai François-Mitterrand au pied du bâtiment, quatre hommes casqués, vêtus de gilets jaunes, ont rapidement déposé des cônes de chantier et déployé (sous les yeux d’un cycliste qui a témoigné sur LCI) un monte-meubles de déménagement qui les a menés directement à l’une des fenêtres de la galerie, qu’ils ont aussitôt fracturée. Armés d’une disqueuse, ils ont ensuite découpé deux vitrines : celle des bijoux du Second Empire (1852–1870) et celle des joyaux des souverains (1800–1852). Ils y ont raflé neuf bijoux (soit près de la moitié des 23 exposés dans la galerie) avant de disparaître sur des scooters avec leur butin, laissant derrière eux une couverture, des gants, un gilet jaune et des radios portatives. Réalisée sans faire de blessés, l’opération n’aura duré au total que sept minutes.

Une couronne retrouvée brisée

Sans doute tombé accidentellement pendant la fuite des malfaiteurs, l’un des trésors a cependant été retrouvé brisé à l’extérieur de l’établissement : il s’agit de la couronne de l’impératrice Eugénie (1826–1920), épouse de l’empereur Napoléon III – un rutilant objet d’art conçu par Alexandre-Gabriel Lemonnier (1808–1884), constitué d’aigles en or, de 2490 diamants et de 56 émeraudes montés sur or jaune.

Alexandre-Gabriel Lemonnier, Couronne de l’impératrice Eugénie, avec son écrin

Alexandre-Gabriel Lemonnier, Couronne de l’impératrice Eugénie, avec son écrin, 1855

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Coll. musée du Louvre, Paris • © 2016 GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Décorée de peintures et d’ornements dorés, la galerie d’Apollon, longue de 60 mètres, était le précieux écrin (que l’on supposait inviolable) de ce qui restait de la collection des Diamants de la Couronne. Soit une sélection de quelques pièces très précieuses, car celle-ci, fondée en 1532 par François Ier, puis transmise et enrichie de règne en règne, avait été vendue presque entièrement par l’État en 1887, après la chute de l’Empire.

François Kramer, Grand noeud de corsage de l’impératrice Eugénie

François Kramer, Grand noeud de corsage de l’impératrice Eugénie, 1855

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Coll. Musée du Louvre, Paris /Département des Objets d’art du Moyen Age, de la Renaissance et des temps modernes • © 2015 GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Dans la vitrine des bijoux du Second Empire (1852–1870), les voleurs se sont emparés de quatre ornements inestimables de l’impératrice Eugénie : sa couronne susmentionnée, finalement retrouvée mais endommagée ; son diadème serti de 212 perles, dont 17 très grosses en forme de poire, et 1998 diamants, vendu en 1887 par l’État, puis racheté 6 millions d’euros en 1992 par les Amis du musée du Louvre (et qui devait rejoindre le 10 décembre prochain l’exposition « Joyaux dynastiques » à l’Hôtel de la Marine) ; son spectaculaire Grand nœud de corsage (1855), œuvre du joaillier François Kramer, orné de 2438 diamants ; et enfin sa broche-pendentif (dite broche-reliquaire) en diamants par Alfred Bapst. Non cité dans la liste des biens dérobés transmise par le ministère de la Culture, un seul objet y a semble-t-il été épargné : sa broche d’épaule en perles et diamants signée François Kramer.

Une parure en saphirs et diamants parmi les objets pillés

Dans la vitrine consacrée aux joyaux des souverains de 1800 à 1852, également pillée, les cambrioleurs ont fait main basse sur le collier serti de 32 émeraudes et 1138 diamants et les boucles d’oreilles assorties de l’impératrice Marie-Louise, conçus en 1810 par François Régnault-Nitot ; ainsi que le diadème, le collier et l’une des deux boucles d’oreilles issus de la parure de saphirs et diamants de la reine Marie-Amélie (épouse du roi Louis-Philippe) et de la reine Hortense. Également exposés dans cette vitrine, les pendants d’oreille en perles et diamants de Joséphine de Beauharnais, première épouse de Napoléon Ier , ainsi que les bracelets de rubis et le diadème (orné de 40 émeraudes et 1031 diamants brillantés) de la duchesse d’Angoulême, œuvres des joailliers Jacques-Evrard et Christophe-Frédéric Bapst (1819–1820), n’ont quant à eux pas été volés.

Galerie d’Apollon

© Arnaud Chicurel / hemis.fr

Les voleurs n’ont, d’après les informations fournies, pas forcé la troisième vitrine contenant les joyaux de la Couronne de France de 1530 à 1789, où brille notamment « le Régent », diamant exceptionnel de 140,64 carats (connu comme le plus beau d’Europe), qui avait orné la couronne de Louis XV et de Louis XVI, présentée à ses côtés.

Des voleurs « très chevronnés »

Une enquête pour « vol en bande organisée et association de malfaiteurs en vue de commettre un crime » a été confiée à la brigade de répression du banditisme de la police judiciaire (BRB) avec le soutien de l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC). Le préjudice est en cours d’évaluation. « C’est un braquage très important. Manifestement ils ont fait un repérage, ils semblent très chevronnés » et pourraient être « étrangers », a indiqué le ministre de l’Intérieur. « L’ensemble des brigades centrales de la préfecture de police vont être mobilisées pour retrouver ces auteurs. Le taux d’élucidation de cette brigade est très élevé, supérieur à un sur deux pour les vols de cette nature. […] J’ai bon espoir », a-t-il précisé. Comme première preuve de l’avancée de l’enquête, l’un des scooters a déjà été retrouvé.

Dimanche, vers 16h15, le journaliste Didier Rykner, directeur de la rédaction de La Tribune de l’Art, a révélé sur LCI un élément étrange qui pourrait également fournir une nouvelle piste aux enquêteurs. Selon une source anonyme, la porte-fenêtre par laquelle sont entrés les voleurs aurait présenté un problème depuis plusieurs mois : « l’alarme se déclenchait sans arrêt de manière intempestive, si bien qu’elle avait fini par être désactivée » rapporte Rykner. Celle des vitrines serait donc la seule à avoir sonné, ce qui soulève des interrogations sur d’éventuelles complicités au sein du musée. Mais le ministère de la Culture a de son côté assuré que l’alarme de la porte-fenêtre avait bel et bien retenti…

Une inquiétante série de vols dans les musées français

Plat au « Baizi » (animal fabuleux) à décor bleu et blanc volé au musée national Adrien Dubouché de Limoges

Plat au « Baizi » (animal fabuleux) à décor bleu et blanc volé au musée national Adrien Dubouché de Limoges, Milieu du XIVème siècle (Dynastie Yuan)

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Porcelaine dure, manufacture de Jingdezhen (Chine) • Coll. musée national Adrien Dubouché, Limoges

Les musées français ont récemment connu plusieurs braquages et vols spectaculaires. En septembre, de précieuses porcelaines ont été dérobées au musée national Adrien Dubouché de Limoges, tandis que des spécimens d’or natif ont été volés avec effraction au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. En novembre 2024, au musée du Hiéron à Paray-le-Monial, des braqueurs munis d’armes à feu et d’une tronçonneuse avaient dépouillé de ses ornements précieux l’œuvre Via Vitae (1894–1904) de l’orfèvre-joaillier Joseph Chaumet, trésor national estimé entre 4 et 7 millions d’euros dont une partie, très abîmée, a été retrouvée au fond d’une rivière en février dernier.

Également en novembre 2024, sept tabatières du XVIIIe siècle, ornées de pierres précieuses, prêtées par le Louvre, les collections royales anglaises et la collection Rosalinde & Arthur Gilbert (en dépôt au Victoria & Albert Museum), avaient été dérobées lors d’un violent braquage au musée Cognacq-Jay, par quatre hommes cagoulés armés de haches et de battes de baseball. Cinq d’entre elles viennent d’être retrouvées mi-octobre suite à une enquête de police.

Si cette victoire laisse entrevoir une lueur d’espoir pour les trésors de la galerie d’Apollon, ces vols en série amènent cependant à s’interroger sérieusement sur la sécurité dans les musées français, qui semble présenter des failles indignes des trésors conservés. Ce qu’ont reconnu ce dimanche le ministre de l’Intérieur et la ministre de la Culture, qui admettent « une grande vulnérabilité » de nos établissements…





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