Gamekyo : [TEST] Mafia : The Old Country


Conditions de test : effectué à partir d’un code review Xbox Series, et heureusement terminé juste avant le début de la canicule.

Si ce n’est du point de vue de non-renseignés qui aiment comparer tout et n’importe quoi, la franchise Mafia n’a jamais été un GTA-like et chacun des épisodes fut là pour le prouver. Le monde PC a rapidement vanté les mérites de la série dès son premier chapitre, bien moins remarqué sur consoles la faute à des graphismes très en-deça sur Xbox (et immondes sur PS2), avant de commencer à vraiment percer chez le grand public avec l’excellent Mafia II. Puis ce fut le silence pendant plusieurs années, 2K Czech étant empêtré dans une restructuration et le départ de son principal scénariste (un certain Daniel Vavra, aujourd’hui responsable de la saga Kingdom Come pour info), avant qu’une ultime fusion pour former la nouvelle bulle Hangar 13 permette l’accouchement d’un Mafia III décevant. On y retrouvait l’essence, mais encore plus étirée que 5 minutes sur Namek et alors que tout espoir semblait perdu en dépit de « Definitive Edition » bienvenues pour les deux premiers, Hangar 13 voulait prouver qu’ils savaient encore faire un Mafia. Et d’une certaine façon, c’est vrai…

Comme je le dis souvent, vous avez lu la note, peut-être même la conclusion mais pour ceux qui ont envie de lire, des explications s’imposent. Le problème de Mafia : The Old Country, c’est qu’il a tout d’un très vieux jeu. Alors on n’a absolument rien contre les expériences old-school et on remarquera que la majorité du public vante plus que jamais les retours aux sources quand on voit quel fut le GOTY 2023 (Baldur’s Gate III), le pendant 2024 (Astro Bot) et le plus gros candidat de 2025 (Clair Obscur : Expedition 33), chacun n’ayant pas l’odeur du progrès mais l’envie de faire parler des sensations d’un autre temps… sans pour autant en rester là. Car tous ces excellents jeux ont su apporter leur propre pierre à l’édifice, soit en faisant évoluer un genre sans jamais en trahir les bases, soit en se débarrassant d’une majorité des problèmes d’antan. Mafia : The Old Country n’a rien de tout cela. Hangar 13 a clairement réussi son pari de revenir au style de base, celui des deux premiers épisodes, mais la poussière sur le pourtant neuf est tellement présente que ce jeu tout juste sorti prend des allures d’un simple remake graphique d’un jeu PS360 oublié dans une cave de 2K Games.

Et pourtant tout était bien parti. Le jeu a une plutôt belle gueule notamment dans les panoramas tandis que trop d’effets et animations semblent dater d’un autre moteur que l’Unreal Engine 5 (en plus de quelques belles chutes de frame-rate par moment) et on avait effectivement ce que l’on voulait : un jeu d’action purement narratif, et dont le monde ouvert n’est pas un terrain de jeu mais un simple cadre. Inutile d’aller se promener hormis pour ramasser quelques collectibles en passant, inutile de chercher la moindre quête annexe (il n’y en a pas) : ici, c’est le scénario qui mène le jeu avec un enchaînement de missions sans temps mort, sans remplissage de bases à nettoyer ou de prime à débusquer. C’est un pur produit d’époque avec une durée de vie d’une dizaine d’heures, où les instants de calme sont légions, les cinématiques nombreuses, mais qui sait placer quand il faut du gameplay. Et c’est là qu’on aborde donc l’un des principaux problèmes.

En dehors des phases en véhicule assez sympathiques (sauf pendant la course, totalement scriptée), il n’y a en gros que 3 types de séquences de gameplay. Le pan-pan, l’infiltration, et les « combats de boss ». Et en résumé, pour le premier cas, c’est à la limite du tir aux pigeons devant les failles de l’IA incapables de nous toucher si on ne reste pas plus de 2 secondes à découvert, tandis que l’infiltration s’en sort mieux, pas parce que c’est complet, juste parce que ça évite d’être chiant tellement c’est facile, et il y a donc les boss. Vous vous souvenez de ceux de The Order qui n’étaient que du recyclage ? Là c’est pareil, mais en mode combat aux couteaux à base de QTE maquillés (parade ou esquive puis attaque). Et croyez bien que même pas arrivé au premier tiers du jeu, enchaîner une séquence grande spectacle façon Uncharted (davantage le 1 que le 2, on ne va pas se mentir) et voir un mec sortir son couteau nous fait aussitôt souffler.

Et c’est comme ça d’un bout à l’autre, à vivre cela sans ennui ni éclat, mais on a envie de se dire que ce n’est pas si grave si Mafia parvenait à atteindre son principal objectif, donc celui d’une excellente narration. Et ici, il va y avoir débat. Alors indéniablement, le casting est une totale réussite, la majorité des personnages sont incroyablement charismatiques avec mention spéciale au parrain de votre famille tout comme votre mentor, les cinématiques sont agréables, certains séquences sont diablement fortes, l’ambiance y est et on peut même pousser le trip jusqu’au bout en optant pour un doublage sicilien (mais la VF fait très bien l’affaire). Malheureusement, ce qui entache la belle affaire, c’est qu’à trop vouloir prouver qu’ils pouvaient encore faire un vrai Mafia, Hangar 13 n’a pris aucun risque sur le scénario. On n’a même pas besoin d’essayer de vous spoils puisqu’il vous suffira d’une heure pour deviner la totalité du déroulé (sauf certains points du final), et ce malgré d’évidentes coupes dans le développement qui rendent brutales le changement de comportement chez certains. Et je ne vous mens pas : j’ai demandé pour le fun à l’IA Grok de me résumer ce que pourrait être le scénario classique d’un film sur la mafia. C’est à 90% celui du jeu.



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