Fête des mères : 5 artistes qui rendent hommage à leur mère


Être mère d’un artiste ne doit pas être aisé tous les jours ! Demandez à la maman du tourmenté Vincent van Gogh ou à madame Whistler, ou encore aux parents du provocateur-né Michel Journiac… Toutes ont néanmoins en commun d’avoir été gâtées en étant au centre de l’attention de leur enfant, le temps d’un portrait intime.

Avec émotion, rigueur et pudeur, mais aussi avec plus ou moins de messages cachés… Chacun à leur manière, les cinq artistes que nous avons retenus ont souhaité représenter celle qui les a mis au monde.

James Abbott McNeill Whistler, mère en noir et gris

James Abbott McNeill Whistler, Arrangement en gris et noir n°1

James Abbott McNeill Whistler, Arrangement en gris et noir n°1, 1871

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Huile sur toile • 144,3 × 163 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris

Quelle froideur… C’est pourtant cette rigueur linéaire et ce chromatisme sourd, une palette du gris au noir, qui témoignent pour James Abbott McNeill Whistler (1834–1903) de son attachement à sa mère. Intitulée Arrangement en gris et noir n°1 (1871), la toile peinte par cet Américain menant carrière entre Paris et Londres, prolonge ses explorations menées autour de la gravure. L’une d’elle trône au centre de la toile et accroche nos yeux. Née en 1804, en Caroline du Nord, Anna Mathilda McNeill a épousé George Washington Whistler, ingénieur de chemins de fer, en 1831, avant de donner naissance à leur premier fils trois ans plus tard. Après avoir rejeté dans un premier temps les aspirations artistiques de son fils, elle en sera l’une des plus ferventes admiratrices. Au point de quitter l’Amérique pour s’installer avec lui à Londres. Dans son atelier de Chelsea, le fils a fait le portrait de sa mère, assise parce que trop fatiguée pour tenir la pose debout. Critiqué lors de sa présentation en 1872 à la Royal Academy de Londres, le tableau fut précieusement conservé par l’artiste qui dut néanmoins s’en séparer à cause de difficultés financières. Acquis par l’État français en 1891 pour le musée du Luxembourg, ce portrait a été transféré au musée d’Orsay en 1986.

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Vincent Van Gogh, une mère à soi

Vincent van Gogh, Portrait de la mère de l’artiste

Vincent van Gogh, Portrait de la mère de l’artiste, 1888

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Huile sur toile • 40,5 × 32,5 cm • Coll. Norton Simon Museum, Pasadena

En 1888, lors de son séjour à Arles, Vincent Van Gogh (1853–1890) reçoit de la part de sa sœur une photographie en noir et blanc : c’est sa mère, Anna Cornelia Carbentus (1819–1907), aquarelliste passionnée ayant élevé six enfants, qu’il a laissée derrière lui en Hollande. Cette image terne l’ennuie : « Je t’écris en toute hâte ; je travaille à un portrait. Je fais le portrait de mère pour moi-même. Je ne supporte pas la photographie incolore », confie-t-il dans sa correspondance avec son frère Théo. Ce que veut Van Gogh, c’est peindre « une harmonie de couleurs ». Sa mère apparaît en honnête femme de pasteur, dans une palette aux teintes vert, bleu et jaune, avec des nuances rose tendre pour la chair.

Suzanne Valadon, célibataires de mère en fille

Suzanne Valadon, La mère de l’artiste

Suzanne Valadon, La mère de l’artiste, 1912

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Huile sur carton • 82 × 62 cm • Coll. Mnam, centre Pompidou, Paris • © aurimages

Madeleine Valadon a 34 ans quand, en 1865, à Bessines-sur-Gartempe en Haute-Vienne, elle donne naissance à sa fille Marie Clémentine Valadon, plus connue comme Suzanne Valadon (1865–1938). Elle exerce le métier de fille de salle et reconnaît seule l’enfant. Pour l’époque, être fille-mère, c’est une honte, un scandale. D’autant qu’en 1853, Madeleine a donné naissance à sa première enfant, Marie-Alice, demi-sœur de Suzanne. Elle était en ce temps-là mariée à Léger Coulaud, qui allait mourir au bagne en 1856, laissant son épouse sans le sou. Madeleine trouve du soutien auprès d’une cousine éloignée, avant de gagner Paris. Ainsi Suzanne va grandir à Montmartre, côtoyer les artistes et devenir la peintre qu’on (re)connaît aujourd’hui. Le 26 décembre 1883, Suzanne Valadon donne naissance à son fils, Maurice. Comme elle, il est de « père inconnu ». Suzanne confie souvent l’enfant à sa mère, Madeleine. Alcoolique, elle influence son petit-fils et le fait sombrer dans cette addiction.

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Michel Journiac, thérapie filiale

Michel Journiac, 24 heures de la vie d’une femme ordinaire

Michel Journiac, 24 heures de la vie d’une femme ordinaire, 1974

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tirage • Coll. musée d’art moderne, Paris • © GrandPalaisRmn / image ville de Paris / ©ADAGP, Paris 2024

Michel Journiac (1935–1995), figure de l’art corporel en France, a souvent utilisé le travestissement, que ce soit dans ses performances ou pour ses photographies. Parmi les costumes féminins qu’il endosse, celui de sa mère tient le rôle-titre. Dans une série de photographies de 1972, l’artiste se grime en papa et en maman Journiac. Ils se sont aussi travestis : « Robert Journiac travesti en Robert Journiac » ; « Renée Journiac travestie en Renée Journiac ». « Ras-le-bol des identifications freudiennes de l’homosexualité », disait Journiac, militant homosexuel, qui affiche l’assentiment de ses parents. Une photo qui déjoue tous les clichés.

Louise Bourgeois, une « Maman » tricoteuse

Louise Bourgeois, Maman

Louise Bourgeois, Maman, 1999

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Bronze, marbre et acier inoxydable • 895 × 980 × 1,160 cm • Coll. Guggenheim museum, Bilbao • © The Easton Foundation / © Adagp Paris 2014

La maternité est l’un des fils rouges de l’œuvre de la plasticienne américaine Louise Bourgeois (1911–2010). Outre ses « femmes-maisons », où l’architecture fait corps avec l’acte de procréation, parmi ses œuvres les plus célèbres, on ne saurait oublier la fameuse araignée baptisée Maman (1999), une gigantesque sculpture en bronze. Si l’artiste a choisi un arachnide pour rendre hommage à sa mère, c’est parce que Joséphine Bourgeois était tapissière. Dans l’atelier de restauration textile de son père à Paris, la jeune artiste la regardait travailler, fascinée. Louise Bourgeois fait de l’araignée une gardienne protectrice. Lorsque l’artiste a perdu sa mère à l’âge de 21 ans, le deuil fut très douloureux.

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