« Entrepreneuses : il faut être entourées »


Quelles différences observez-vous entre les entrepreneuses et les entrepreneurs ?

Sur l’audace, sur l’expertise, sur la prise de risque… Il n’y a vraiment aucune différence ! Je vois de nombreuses femmes qui se lancent souvent sans réseau, sans financement, sans soutien… Et elles osent ! Je trouve qu’elles ont une audace incroyable.

Les chiffres montrent que les femmes se lancent souvent plus tard que les hommes. Ce qu’on observe, c’est que l’entrepreneuriat porté par des femmes est généralement de la reconversion, après une première vie professionnelle, avec une recherche de sens, d’utilité, d’intérêt général. Cela intervient souvent après un événement majeur, comme un divorce, un burnout, un licenciement… Il y a une envie d’avoir un impact positif sur le bien commun.

Il est un peu logique, en conséquence, que les dirigeantes d’entreprise soient très souvent en avance sur la façon de faire du « business » autrement. J’observe qu’elles ont en général des pratiques RSE (responsabilité sociétale des entreprises) beaucoup plus poussées que leurs congénères parce qu’elles sont très écoconscientes.

À quels obstacles sont encore spécifiquement confrontées les femmes entrepreneuses ?

En France, l’entrepreneuriat porté par des femmes est aujourd’hui en déficit. Il y a beaucoup moins de femmes que d’hommes à la tête des entreprises. Ainsi, 61 % des entreprises, tous secteurs confondus, sont dirigées uniquement par des hommes contre 21 % uniquement par des femmes. 

Et, c’est un point très important, l’entrepreneuriat féminin reste encore très précaire. Selon la dernière étude de Bouge ta Boite, 48% des dirigeantes ne se rémunèrent pas du tout quand elles sont isolées.
Pour encourager l’entrepreneuriat porté par les femmes, il faut faire évoluer certains biais culturels liés à notre histoire. Les femmes ont en effet finalement été admises assez récemment dans le monde économique, et plutôt en catimini

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Il reste donc des obstacles systémiques à faire évoluer, comme évidemment la répartition de la charge domestique et parentale. Il convient de mieux partager les tâches pour que les entrepreneuses aient un temps équivalent à consacrer à leur activité professionnelle.

Le fait de parler d’argent reste également compliqué. C’est dans la culture française d’être pudique sur ce point, mais c’est particulièrement exacerbé chez les femmes, qui, rappelons-le, n’ont le droit d’avoir un compte en banque que depuis quelques décennies seulement. 

Nous avons aussi un côté « bonne élève » qui attend que la récompense arrive d’en haut. Or ça ne marche pas comme cela. Il est indispensable d’afficher son juste prix, de négocier, de parler de rentabilité… Ce sont des compétences d’entrepreneur, qui s’acquièrent.

Enfin, culturellement, les hommes vont réseauter plus facilement que les femmes, de façon formelle ou informelle. Les femmes n’ont pas du tout la culture du réseau. Là encore, c’est un héritage historique, et une conséquence de la charge mentale car le réseautage est souvent perçu comme du temps perdu par les femmes qui jonglent avec leur double journée professionnelle et personnelle. C’est pour cela par exemple que nos réseaux donnent leurs rendez-vous pendant l’heure du déjeuner et non le soir.

Forte de votre expérience, quels conseils donneriez-vous aux entrepreneuses ?

Un autre élément important, c’est qu’il faut être entourée, tout au long de la vie entrepreneuriale. Avoir un réseau rend plus facile d’entreprendre et d’en vivre. C’est là qu’on rencontre ses pairs, qu’on est recommandée, qu’on est orientée vers des aides, qu’on affine sa stratégie…

Qu’apporte « Elles ont osé », le podcast que vous animez avec les Échos ?

Pour entreprendre, nous avons besoin de personnalités qui nous inspirent et qui nous ressemblent. Avec la rédaction des Échos, nous mettons en avant des personnalités auxquelles nous pouvons nous identifier pour contribuer à changer le monde

Dans le podcast, nous entendons des moments clés de leur vie. Parce que nous avons toutes et tous des opportunités qui passent devant nous, mais il faut être en capacité de les voir, de les saisir ou de les provoquer, ce qui n’est pas toujours le cas. Quand elles nous tombent dessus de manière parfois un peu brutales, nous avons la possibilité de les transformer en quelque chose de positif

Les personnalités qui interviennent dans le podcast racontent ces moments-là pour nous aider toutes et tous à faire des choix. Toutes les femmes – et les hommes ! peuvent y puiser des mécanismes et de l’inspiration pour aller plus loin sur leur chemin entrepreneurial ou professionnel.



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