Emprisonnement avec sursis pour Bill Pallot, expert-faussaire des sièges XVIIIe qui a arnaqué Versailles


On le surnomme « le Père La Chaise ». Ceux qui ont lu Balzac trouveront ce sobriquet particulièrement bien senti en apprenant que ce fabriquant de faux sièges dit par ailleurs s’identifier au personnage de Rastignac – cet ambitieux sans scrupules qui, du haut de la colline du cimetière du Père-Lachaise, se lance le défi de conquérir Paris !

Si tout, dans cette affaire, est digne d’un roman, rien ne l’est autant que son personnage principal. Georges Boris (dit « Bill ») Pallot a d’abord une allure sortie tout droit des pages de la Comédie Humaine : cheveux mi-longs, petites lunettes rondes sur le nez, cravate précieuse, costume trois-pièces au gilet boutonné d’un autre siècle, auquel il ne manque plus que la montre à gousset. Paradant avec un sourire conquérant, le dandy aux yeux bleus pose sur de nombreuses photographies en compagnie de belles dames et de personnalités du monde de l’art. De salles d’expositions d’art contemporain en salons chargés de dorures, cet expert connu et respecté était de tous les événements mondains : il faisait partie des meubles.

Talent et roublardise

Son ascension a été aussi fulgurante que sa chute. Le surdoué n’a que 23 ans lorsqu’il publie un ouvrage de référence mondial, L’Art du siège au XVIIIe siècle en France (1730–1775) (1987, ACR-Gismondi Éditeurs), préfacé par le couturier Karl Lagerfeld en personne, qui tirera plus tard son portrait. À 33 ans seulement, il est fait chevalier des Arts et des Lettres sous les ors du Louvre.

Pour réussir cet exploit, ce fils d’antiquaires bourguignons a combiné talent et roublardise. Après des études d’art et lettres classiques à Lyon, puis un doctorat d’histoire de l’art à la Sorbonne, il choisit, malin, de se spécialiser dans un domaine alors dépourvu d’experts : celui des sièges XVIIIe – un siècle dont raffolent certains grands collectionneurs fortunés, dont Lagerfeld et Maryvonne Pinault (épouse du milliardaire François Pinault), qu’il conseillera tous les deux.

« Ce que j’aime avant tout, c’est la patine. Rien ne peut égaler le passage du chiffon depuis un siècle d’une femme de ménage. »

Sa personnalité et son humour font le reste. Les mois qui précèdent la publication de son livre, en 1987, il entre à la galerie Didier Aaron, qui le considère comme son fils spirituel, au point de lui donner la place convoitée par son fils biologique. Sa jeunesse surprend, mais l’engouement du galeriste pour son protégé l’installe dans le milieu. Dès ses premiers salaires, Bill Pallot croque la vie parisienne à pleines dents : il sort chez Castel, s’habille en Kenzo et Yamamoto, se fait faire des costumes sur mesure, conduit une Porsche décorée par Victor Vasarely, dîne plusieurs fois par semaine à l’Hôtel Costes et se régale à la Maison du caviar.

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