Doris Salcedo : « Effacer les marques de violence et les soigner, c’est impossible, mais c’est mon idéal »


Elle a une crinière de lionne et des yeux noirs brillant de l’intensité des milliers de témoignages qu’elle a recueillis tout au long de sa vie, auprès de femmes, d’hommes, d’enfants. Tous traumatisés par la barbarie humaine en Colombie, pays où elle est née et vit toujours. Depuis près de trente ans, cette artiste invitée à exposer dans les plus grands musées du monde, lauréate des prix internationaux les plus prestigieux (Nomura Art Award, Velázquez…), développe une œuvre qui traite les questions de la souffrance, de la violence et de la mémoire, à partir des traumatismes vécus dans son pays d’origine.

Doris Salcedo, Atrabiliarios [détail]

Doris Salcedo, Atrabiliarios [détail], 1992–2003

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Chaussures, cloisons sèches, peinture, bois, fibres animales et fil chirurgical • dimensions variables • Coll. San Francisco Museum of Modern Art, San Francisco / Courtesy Doris Salcedo / Photo Ben Blackwell

Des œuvres qui témoignent de l’effroi sans jamais montrer directement l’horreur, mais en la suggérant dans des installations résolument belles, dont la réalisation demande un certain effort. Celui qui exprimera le temps de la souffrance, soit des centaines d’heures de travail qui impliquent les hommes et femmes victimes de ces barbaries. Doris Salcedo revendique la dimension collective de ses œuvres, fruit de son travail, de celui des victimes, mais aussi de celui de son équipe, mobilisée durant de longs mois de réalisation. Ainsi en est-il de sa série intitulée Tabula Rasa, composée de plusieurs tables rustiques en bois qu’elle a fait détruire et reconstruire millimètre par millimètre, en hommage aux femmes victimes de violences sexuelles pendant la guerre civile en Colombie [commencée au milieu des années 1960 et officiellement terminée en 2016]. Ces tables semblent porter des blessures, gardant la trace des douleurs subies. 

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Dans son atelier au cœur de Bogotá, rencontre avec une artiste majeure qui a su développer une œuvre à la fois unique et universelle. Où il est notamment question de migration et de dérèglement climatique, qu’elle juge indissociables. Des mots et un échange où la beauté s’exprime dans la gravité.

Doris Salcedo, Untitled

Doris Salcedo, Untitled, 2003

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1550 chaises • 8e biennale d’Istanbul • © Doris Salcedo / Photo Juan Fernando Castro

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