De Marie à Mohamed, l’histoire agitée des prénoms français qui dessine un nouveau visage de la société


RÉCIT – Le choix des prénoms donnés aux nouveau-nés depuis deux siècles révèle les révolutions sociologiques et même civilisationnelles qui ont traversé notre pays. Et sa fragmentation contemporaine croissante.

Jusqu’au milieu du XXe siècle, les Français ont puisé principalement dans la littérature liturgique, le calendrier des saints et les grands textes de la culture classique pour donner le ou les meilleurs prénoms possibles à leur descendance. Un choix intime, à la fois conformiste et profond, lié à l’enracinement du christianisme dans la société et à l’application consciencieuse de la loi du 11 germinal an XI (1er avril 1803), qui a longtemps servi de guide à l’état civil.

Promulguée dans un contexte de réaction contre les « exubérances révolutionnaires » et les fantaisies du calendrier républicain imaginé par le poète Fabre d’Églantine, soucieux de remplacer les noms des saints par des végétaux, des animaux, des outils ou des objets agricoles, cette loi dite « de Napoléon  » a établi en effet que seuls pouvaient être donnés « les noms en usage dans les différents calendriers », et ceux des « personnages connus dans l’histoire ancienne ». Adieu donc aux Liberté, Révolution, Constitution, Bouton-d’or…

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