Huit États, trois fuseaux horaires et près de 4 000 kilomètres. Ouverte en 1926 entre Chicago (Illinois) et Santa Monica (Californie), la Route 66 traverse les États-Unis d’est en ouest comme aucune autre. Elle fut d’abord celle des migrants de la Grande Dépression, les « Okies » de John Steinbeck dans Les Raisins de la colère. Puis celle des beatniks, des motards d’Easy Rider, des familles en quête d’horizon et, aujourd’hui, des touristes.
Retirée du réseau fédéral en 1985 au profit des autoroutes, elle a pourtant conservé son pouvoir d’attraction. Sur son tracé, musées, architectures contemporaines et lieux de mémoire redessinent ses paysages. Cap à l’ouest.
À Chicago, l’Obama Presidential Center

Barack Obama Presidential Center à Chicago, 2026
Courtesy The Obama Foundation
Tout commence à Chicago, point de départ historique de la Route 66 et ancienne porte d’entrée vers l’Ouest. Depuis le South Side, là où Barack Obama dit avoir « appris à écouter », s’ouvre aujourd’hui une autre histoire. Ouvert en juin, l’Obama Presidential Center, conçu par l’agence Tod Williams Billie Tsien Architects, se déploie sur un campus de 7,8 hectares financé par 850 millions de dollars de fonds privés. Et pour la première fois, l’art contemporain n’y fait pas tapisserie. En façade, le vitrail monumental de Julie Mehretu, Uprising of the Sun, convoque l’histoire des luttes pour les droits civiques. Au total, une trentaine d’artistes, de Maya Lin à Mark Bradford, ont investi le campus, en écho aux combats portés par Obama. Une façon de poser la grande question : qui écrit l’Histoire ?
The Obama Presidential Center
Chicago
www.obama.org
À Oklahoma City, le First Americans Museum

Le FAM à Oklahoma City
© Jim West / Alamy / Hemis
Plus de la moitié de la Route 66 traverse des territoires autochtones. L’Oklahoma en est le cœur géographique, et sans doute la blessure la plus ancienne. Le First Americans Museum d’Oklahoma City, dont le toit en pente évoque un oiseau en plein vol, retrace l’histoire et la culture des 39 nations tribales reconnues de l’État. Wichitas, Apaches, Comanches, Osages, Séminoles… : ici, la conquête de l’Ouest n’est pas une épopée, c’est un déplacement forcé. Les collections, construites en dialogue avec les communautés concernées, retournent le récit comme un gant. On sort du musée avec l’impression désagréable d’avoir tout à réapprendre.
First Americans Museum
659 First Americans Boulevard • 73129 Oklahoma City
famok.org
À télécharger : le guide gratuit American Indians & Route 66
Plus d’informations sur le site d’American Indigenous Tourism Association
À Amarillo, le Cadillac Ranch

« Cadillac Ranch » d’Ant Farm, sculpture monumentale exposée en plein air à Amarillo, 1974
Dans les grandes plaines du nord du Texas, surgit l’une des œuvres les plus emblématiques de la Route 66. En 1974, le collectif californien Ant Farm plante dix épaves de Cadillac le nez dans la terre, à la sortie d’Amarillo, sur les terres du milliardaire Stanley Marsh 3. En libre accès, couverte de graffitis, l’installation change d’aspect au gré de l’actualité, arborant les couleurs de Black Lives Matter ou de la Gay Pride. Le même Marsh a aussi financé Amarillo Ramp de Robert Smithson, dernière œuvre de l’artiste, mort accidentellement en 1973 alors qu’il survolait le site, et achevée par Nancy Holt et Richard Serra. Altérée par l’érosion, elle est visible uniquement sur rendez-vous. Le mythe américain, côté pile et côté face.
Plus d’informations
À Santa Fe, O’Keeffe et le désert

« Indian Theater: Native Performance, Art, and Self-Determination since 1969 » curaté par Candice Hopkins, SITE SANTA FE, 2026
Entre 1926 et 1937, le tracé historique de la Route 66 passait par Santa Fe avant d’être raccourci via Albuquerque – le « Santa Fe Loop », aujourd’hui revendiqué comme tronçon originel par les passionnés. C’est ici que Georgia O’Keeffe (1887–1986) a choisi de vivre, conquise par la lumière et les ossements du désert. SITE Santa Fe prolonge cet héritage autrement. Fondé en 1995 pour créer la première biennale internationale d’art contemporain aux États-Unis, le centre d’art invite les artistes à dialoguer avec cette géographie singulière, un territoire de frontières, de migrations et de mémoires encore vives. Après Santa Fe, la route plonge dans le désert de l’Arizona. Plus d’institution, plus de panneau, juste l’immensité ocre et silencieuse.
Georgia O’Keeffe Museum
217 Johnson St • NM 87501 Santa Fe
www.okeeffemuseum.org
1606 Paseo De Peralta • 87505 Santa Fe
www.sitesantafe.org
À Los Angeles, le LACMA de Zumthor

Exposition inaugurale des « David Geffen Galleries » du LACMA
© Museum Associates/LACMA
La Route 66 s’achève à Santa Monica, au bord du Pacifique. Mais c’est sur Wilshire Boulevard que le voyage trouve sa conclusion la plus inattendue. Inaugurées en avril dernier, les David Geffen Galleries du LACMA transforment vingt ans de polémiques en coup d’éclat. Le ruban de verre et de béton du Suisse Peter Zumthor enjambe le boulevard sur près de 300 mètre. À l’intérieur, 6 000 ans d’histoire de l’art se déploient sur un seul niveau, sans hiérarchie, les océans comme fil conducteur – Hokusai face à Diego Rivera, Georges de La Tour entre un Matisse et des textiles africains. La Route 66 portait déjà en elle cette idée de circulation et d’horizon ouvert. Le LACMA, 100 ans plus tard, en propose une autre forme.
5905 Wilshire Boulevard • 90036 Los Angeles
www.lacma.org
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