Dans le Pas-de-Calais – Les agriculteurs impactés par les crues demandent un curage des canaux – Alimentation et fourrages, Météo et Aléas climatiques, Grandes cultures


En ce début d’année, plus de 50 communes du Pas-de-Calais se voient, à nouveau, impactées par les inondations. Certaines cumulent déjà près de 100 mm de pluie depuis le 1er janvier. Pour les agriculteurs, les conséquences sont lourdes et le curage des canaux, une priorité.

Météo France a levé ce vendredi l’alerte rouge aux crues, en vigueur pour le département du Pas-de-Calais depuis mardi, il reste toutefois en vigilance orange. Audomarois, Montreuillois, Calaisis… : « les secteurs touchés sont les mêmes qu’en novembre dernier et le phénomène s’est également étendu aux alentours », indique Lucie Delbarre, présidente de la FDSEA 62, faisant part du « désarroi des agriculteurs ».

« Pas de visibilité pour la suite »

La nouvelle année n’a, en effet, pas démarré sous les meilleurs auspices pour les éleveurs encore contraints de déplacer leurs bêtes dans la nuit de la Saint-Sylvestre. « Heureusement la solidarité se met en place, mais de nombreux agriculteurs sont confrontés à d’importantes pertes de production. »

« Le fonds de soutien exceptionnel annoncé en novembre dernier devrait être prochainement versé, il ne représente toutefois que 5 000 € par exploitation, bien loin des dégâts occasionnés, et ne concerne que les éleveurs », souligne la présidente de la FDSEA 62.

Avec de telles conditions climatiques, « le ramassage des betteraves sucrières se voit aussi compliqué. Il reste encore des surfaces à arracher : au 27 décembre, on comptait 3 000 ha pour la sucrerie de Lillers et 1 000 ha pour celle d’Attin, c’est du jamais vu à cette période ! La semaine dernière, certaines intégrales ont dû être remorquées à l’aide d’une grue. Quid de la culture suivante dans de telles conditions de récolte ? Et comment vont se comporter les blés sous l’eau avec la vague de froid annoncée », questionne également Lucie Delbarre.

À l’occasion de la venue d’Olivier Véran, porte-parole du Gouvernement, et de Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique, le syndicat départemental a remis en avant l’importance du nettoyage et curage des canaux. « Des demandes ont été faites en novembre, mais rien n’a avancé depuis… Emmanuel Macron avait pourtant missionné le préfet à ce sujet pour mettre tous les acteurs concernés autour de la table. Les réunions qui ont eu lieu laissent, pour le moment, place à beaucoup de questions en suspens. Ce manque de réactions inquiète les agriculteurs, nous n’avons pas de visibilité pour la suite ».

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Il faut préciser que le nord de la France dispose d’un réseau hydraulique bien spécifique, appelé les wateringues. Très commun dans les Flandres, le système, situé dans le triangle Saint-Omer – Calais – Dunkerque, se compose de 1 500 km de canaux et a été mis au point pour réguler le niveau des eaux de surfaces et, en cas de besoin, évacuer les excédents à la mer.  

Que sont les wateringues ?

Pour mieux comprendre, l’Institution intercommunale des wateringues compare la configuration du territoire à une baignoire. « Cette dernière se remplit avec les pluies et se vide au fur et à mesure par les canaux et stations d’évacuations à la mer. »  « Quant à l’évacuation à la mer (la bonde de la baignoire en quelque sorte), celle-ci est possible à marée basse avec des portes grandes ouvertes, et à marée haute avec des portes fermées en activant les pompes des stations. En effet, à marée basse, la mer recule, les portes peuvent s’ouvrir. A marée haute, la marée monte, il faut refermer les portes pour éviter que la mer ne rentre dans les terres. »

100 m3/s : c’est la capacité de pompage à la mer de ce système. Mais plusieurs éléments naturels peuvent perturber son fonctionnement : la marée (haute), les coefficients de marée (ceux inférieurs à 45), le vent (lorsqu’il pousse de la mer vers la terre), la surcote (niveau de la mer plus haut que celui prévu à marée haute) et, bien sûr, la quantité de pluie ».

« Une situation exceptionnelle »

Ainsi, la pluviométrie entre le 1er et le 14 novembre 2023 a été équivalente à trois mois de précipitations dans la région : « une situation exceptionnelle ». « Depuis cet épisode, ce sont plus de 150 millions de mètres cube d’eau qui ont été rejetés à la mer (environ 50 % en gravitaire et 50 % par pompage), soit plus de 60 0000 piscines olympiques », indique Bertrand Ringot, président de l’Institution intercommunale des wateringues.

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« Tout cela est rendu possible par l’entretien des réseaux secondaires tels que les fossés, wateringues et stations de pompage, gérés par les sections de wateringues. » Mais « avec ces épisodes de pluie intenses et successifs, le polder a été rempli plus et plus vite que ce pour quoi le système a été créé. Les sols sont restés gorgés d’eau, on n’avait pas vu les nappes phréatiques à de tels niveaux depuis 1977 », souligne Bertrand Ringot.  Force est de constater que « face au changement climatique, nous ne pouvons plus compter uniquement sur le système existant ».

Anticiper les effets du changement climatique et agir vite

« Il faut anticiper les effets du changement climatique (élévation du niveau de la mer, épisodes de pluie plus intenses…) et mener les adaptations nécessaires : entretien des canaux et des pompes, bassins de rétention, élargissement des ouvrages, etc. » L’étude Delta de l’Aa 2050 est d’ailleurs en cours à ce sujet.

« A court terme, la seule aide serait qu’il s’arrête de pleuvoir, ajoute Bertand Ringot. Ensuite, l’entretien des canaux est primordial : la majorité est gérée par les sections des wateringues. Il faut noter, par contre, qu’une partie reste plus ou moins abandonnée, encore sous le ressort de l’Etat. Ce dernier souhaite les repasser sous le giron de l’Institution intercommunale des wateringues (environ 150 km), mais comment financer leur entretien ? »

« Il faut les moyens en face »

« Ce qu’on veut, ce sont des décisions », a notamment fait savoir Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France, en déplacement jeudi à Thérouanne auprès d’Olivier Véran et de Christophe Béchu. « Pour la prochaine réunion qui doit se tenir mardi, il faut qu’on sache quels sont les travaux nécessaires, qui les commande, qui les paye, quelle entreprise les fait et quand cela démarre ? On a absolument besoin de ça maintenant. On ne peut pas attendre que cela démarre aux beaux jours ».

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« Depuis 2017, nous avons multiplié par 7 notre budget, aujourd’hui de l’ordre de 10 millions d’euros, précise Bertrand Ringot. La redevance wateringues a été augmentée par endroit à 40 €/an/habitant. On fait de notre mieux, mais il faut les moyens en face pour avoir un système performant. Il faudrait un grand plan d’investissements sur 10 ans. » Le président de l’Institution intercommunale des wateringues pointe aussi l’imperméabilisation des sols, « il faut mieux appréhender toute la politique de récupération des eaux pluviales sur notre territoire ».





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