Biennale de Venise 2024 : 5 pavillons à ne pas manquer


Le palmarès a été dévoilé samedi 20 avril, jour d’ouverture officiel de la Biennale de Venise 2024 : à la surprise générale, c’est le pavillon australien qui remporte le Lion d’or, tandis que la République du Kosovo a reçu une mention spéciale. La rédaction de Beaux Arts a quant à elle été bluffée par d’autres propositions parmi les 90 pavillons nationaux présents à Venise cette année.

Pour sa première participation, le pavillon du Bénin n’a pas déçu, évoquant les forces et les fragilités humaines. L’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas et l’Égypte nous ont également impressionnés avec des espaces où affleurent les brûlantes questions du colonialisme ou de la guerre.

Le pavillon de l’Égypte : les soubresauts de l’histoire en comédie musicale

Wael Shawky pour le pavillon égyptien

Wael Shawky pour le pavillon égyptien, 2024

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Photo Jean-Michel Pancin pour BeauxArts.com

Une comédie musicale à la mise en scène sophistiquée pour conter un épisode dramatique de l’histoire égyptienne : tel est l’idée originale et poétique de Wael Shawky (né en 1971). Ce conte à la chorégraphie fantasque que l’artiste décrit comme « une peinture en mouvement », où les interprètes chantent en arabe classique et miment les faits avec une légèreté feinte devant un décor qui évolue au ralenti, relate la révolution nationaliste d’Urabi menée contre le monarque égyptien et écrasée en 1882 par les Britanniques qui occupèrent ensuite le pays jusqu’en 1956. Des vitrines, sculptures et peintures, dessins et miroir de Murano complètent ce film pour évoquer aussi bien les questions identitaires et les bouleversements politiques agitant le monde que la manière dont leur histoire s’est écrite.

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Pavillon de l’Égypte – Giardini

“Drama 1882”, de Wael Shawky

Pavillon des Pays-Bas : la violence du passé sculptée dans le cacao

Pavillon Pays Bas, les sculptures de Renzo Martens et le curateur Hicham Khalidi avec le collectif d’artistes du Cercle d’art des travailleurs des plantations congolaises (CATPC)

Pavillon Pays Bas, les sculptures de Renzo Martens et le curateur Hicham Khalidi avec le collectif d’artistes du Cercle d’art des travailleurs des plantations congolaises (CATPC), 2024

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Photo Jean-Michel Pancin pour BeauxArts.com

C’est l’une des propositions les plus fortes de la Biennale. Le pavillon des Pays-Bas célèbre « le blasphème et le sacré » dans un projet qui traverse le temps et les frontières. Créé par le plasticien Renzo Martens (né en 1973) et le curateur Hicham Khalidi avec le collectif d’artistes du Cercle d’art des travailleurs des plantations congolaises (CATPC), il vise à régénérer les terres de Lusanga, ravagées par la culture du cacao et de l’huile de palme initiée il y a plus d’un siècle dans le cadre de la colonisation du Congo par une entreprise anglo-néerlandaise. Concrètement, le pavillon est hanté par des figures à l’énergie brutale sculptées en cacao, qui dénoncent les violences du passé et portent en elles les graines d’un futur possible et de nouvelles initiatives écologiques. Celles-ci germent au sein du White Cube de Lusanga, musée et lieu de recherche inauguré en 2017 par le CATPC dont des vidéos diffusent les images. Le temps de la Biennale, il devient le sanctuaire d’une figure sacrée, le Balot, créée à l’effigie d’un officier colonial belge tué en 1931 dans le cadre d’une révolte, pour contenir la colère de son esprit et la mettre au service du peuple Pende. En prise directe avec la réalité, cette proposition impressionnante montre tout ce dont l’art est capable pour réenvisager le monde.

Le pavillon de l’Allemagne : spectacle apocalyptique

L’Oeuvre de Ersan Mondtag dans le pavillon allemand

L’Oeuvre de Ersan Mondtag dans le pavillon allemand, 2024

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Photo Jean-Michel Pancin pour BeauxArts.com

Le tas de terre qui déborde du pavillon allemand, comme s’il avait été frappé par une catastrophe dont on ignore la cause, n’est rien à côté de ce qui attend le visiteur à l’intérieur. Dans un décor post-apocalyptique digne d’un film de science-fiction, Ersan Mondtag (né en 1987) a édifié un monument tellurique comme un site archéologique abritant les restes d’une usine industrielle, hantée par les morts et fantômes d’ouvriers sacrifiés (présents physiquement à travers des performances où ils reprennent la routine d’un quotidien fictif sans prêter la moindre attention aux spectateurs). Un autre scénario est envisagé au sein du même espace par Yael Bartana (née en 1970) qui, dans des vidéos futuristes, montrent les nouvelles migrations humaines à bord d’un vaisseau spatial se dirigeant vers des galaxies inconnues pour échapper à une planète détruite par les catastrophes écologiques… La proposition à couper le souffle se prolonge sur l’île voisine de La Certosa où des installations sonores interagissent avec la nature environnante et aiguisent nos sens pour percevoir le monde autrement.

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Pavillon de l’Allemagne – Giardini, île de La Certosa

« Thresholds », de Yael Bartana et Ersan Mondtag

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Le pavillon de l’Espagne : le récit colonial en question

Sandra Gamarra pour le pavillon espagnol

Sandra Gamarra pour le pavillon espagnol, 2024

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Photo Jean-Michel Pancin pour BeauxArts.com

La Péruvienne Sandra Gamarra (née en 1972), première artiste non née en Espagne à représenter le pays à la Biennale de Venise, interroge les récits coloniaux et modes de représentation historiques à travers un parcours savamment élaboré. Elle s’est inspirée de peintures et gravures du XVIIIe siècle représentant les territoires de l’Empire colonial espagnol (l’un des plus grands de l’Histoire) pour déconstruire leurs clichés et la violence qu’elles portent en elles contre les cultures autochtones. Associées à des citation d’écrivains et penseurs écoféministes, des fac-similés d’archives illustrées et des images de plantes exotiques envahissantes évoquant la migration, les œuvres au service de ce scénario sophistiqué s’apprécient aussi pour elles-mêmes. À l’image du grand panneau The Framing of the Landscape IV, tableau de laine au charme trouble, agrémenté de petites graines cousues et fendues en son centre pour laisser deviner la gravure d’un mystérieux paysage qu’il reste à découvrir.

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Pavillon de l’Espagne – Giardini

« Pinacoteca Migrante » de Sandra Gamarra Heshiki et Agustín Pérez Rubio

Le pavillon du Bénin : éblouissement sacré

Vue du pavillon du Bénin. Au fond, une photographie d’Ishola Akpo

Vue du pavillon du Bénin. Au fond, une photographie d’Ishola Akpo, 2024

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Photo Andrea Avezzu / Biennale di Venezzia

Promesse tenue pour la première participation du Bénin à la Biennale de Venise. Déployée dans l’artillerie de l’Arsenale, la proposition éblouit – au sens propre comme au figuré – dès que l’on découvre l’installation de Chloé Quenum (née en 1983).

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Chloé Quenum dans le pavillon du Bénin

Chloé Quenum dans le pavillon du Bénin, 2024

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Photo Jean-Michel Pancin pour BeauxArts.com

L’artiste a traduit en verre translucide des instruments de musique conservés au musée du quai Branly, à Paris, objets déracinés porteurs d’histoire, qui flottent dans les airs selon une scénographie subtile reprenant l’architecture des lieux. Après la lumière, Romuald Azoumè (né en 1962) invite les spectateurs à s’incliner, physiquement et symboliquement, pour pénétrer dans l’obscurité d’une tente sacrée au ciel étoilé, faite de centaines de bidons d’essence invoquant la géomancie divinatoire vodu. En sortant, on peut consulter les ouvrages de la bibliothèque-fresque réalisée par la peintre Moufouli Bello (née en 1987), en compagnie de sa galerie de portraits féminins d’un bleu lumineux ou de l’immense photographie d’Ishola Akpo (né en 1983) à l’effigie d’une figure matriarcale protectrice. Chacun à sa façon nous révèle ici les forces et fragilités humaines.

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Pavillon du Bénin – Arsenale

« Everything Precious is Fragile », Chloé Quenum, Moufouli Bello, Ishola Akpo et Romuald Hazoumè

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60e édition de la Biennale de Venise

Du 20 avril 2024 au 24 novembre 2024

www.labiennale.org



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